CHAPITRE XXIV
La vie intérieure de Saint-Martin, — Sa lutte entre la philosophie critique cl la spéculation mystique. — Les grandes ambitions du mysticisme et de la Ihéosophie : Les lumières et les révélations extraordinaires.
Saint-Martin n’est pas simplement un des types de cette haute moralité qui est la grande aspiration comme elle est le grand devoir de l’espèce humaine, c’est un des types de la moralité la plus ambitieuse qui se trouve dans l’histoire : il aspire à la sainteté, au nom de la philosophie comme au nom de la religion.
« Depuis que j’existe et que je pense, nous dit-il dans son Portrait (1030), je n’ai eu qu’une seule idée, et tout mon vœu est de la conserver jusqu’au tombeau; ce qui fait que ma dernière heure est le plus ardent de mes désirs et la plus douce de mes espérances. »
Il ne faut pas prendre cette belle prose pour de la poésie , c’est de l’idéalité , il est vrai , mais de l’idéalité sérieuse. Et c’est cette idéalité qui donne à la vie de Saint- Martin un cachet qui ne passe pas, qu’on y trouvera toujours, qu’on n’en effacera jamais et qui ne se rencontre à ce degré dans nulle autre vie contemporaine.
Ce cachet, il faut bien le dire, tient essentiellement au
LES DEDX
mysticisme, à la théosophie, à la théurgic elle-même. 11 faut donc, pour nous en rendre raison, examiner cette vie sous le point de vue de ces aspirations et de ces tendances, de tout cet ensemble d'avantages, de dons spirituels et de moyens extraordinaires, qui ne sont que des prétentions pour le sceptique , mais qui sont les plus grandes des réalités, si ce n’est les seules, pour l’initié •et même pour le simple adepte.
11 ne peut point entrer dans ma pensée de juger, à propos de la vie d’un seul , tout le mysticisme, toute la théosophie et toute la théurgie. Ce qui seul doit être mon dessein, c'est d’apprécier le rôle que ces trois puissances ont joué dans cette vie, autant que me le permettra la variabilité de la pensée de celui qui m’occupe, pensée humaine sans doute, très-imparfaite et trés-personnelle, mais pensée hardie, généreuse et pure, pensée que j aime, et à qui je ne mesure pas mes respects aux sévères exigences d’une critique absolue, sachant bien qu’on n’est jamais assez juste, même pour l'homme le meilleur, quand on n’est pas trop bienveillant.
Le mysticisme allant au delà de la science positive et de la spéculation rationnelle , a tout autan t de formes diverses qu’il y a de mystiques éminents. Mais sous toutes ses formes il a deux ambitions qui sont les mêmes : celle d’arriver dans scs études métaphysiques jusqu’à l’intuition, et dans ses pratiques morales jusqu’à La perfectiou. La science la plus haute et la moralité la plus haute, voilà en deux mots ce qu’il cherche, ce qu’il a la volonté bien arrêtée de conquérir, et la prétention, sinon d’enseigner, car ses conquêtes ne s’enseignent guère, du moins de laisser entrevoir.