LA VOIX D’EN HAUT
Ainsi , l’on a dit que sa théologie reposait sur une révélation personnelle , qu’il n’y a pas un dogme de religion révélée ou naturelle que cet esprit hardi n'ait touché à sa manière. La seconde de ces assertions est fondée. Mais en cela Saint-Martin n’exerçait qu’un droit commun, droit sinon de foi, du moins de raison. Quant à la première de ces assertions, qui a plus de portée, je n’en trouve pas de preuves. Saint-Martin s’assimile aux prophètes et aux apétres, cela est vrai, et c’est trop sans doute, mais c’est pour les œuvres seulement qu’il se lance dans ce parallèle; ce n’est pas pour la théopneustie. 11 s’attribue des lumières spéciales sur chaque dogme, cela est encore vrai ; mais c’est de ses maîtres ou de la bénédiction divine qu’il tient ces lumières, nous dit-il. Jamais il n’alFecte des prétentions à une théopneustie miraculeuse, qui aurait pour but de développer ou de modifier d’anciens dogmes, et encore moins celui d’en établir de nouveaux.
Toutefois, Saint-Martin est bien convaincu qu’une voix d’en haut, « venue du Verbe jaloux des affections qui lui sont dues, des affections exclusives de Saint- Martin, » se charge de l’instruire de ses desseins et de ses sentiments. Cette voix vient l’arrêter au moment où, à Toulouse, il va contracter une alliance avec quelque chose qui est de ce monde, cela est vrai; mais ce n’est que d’un mariage, ce n’est pas d’un dogme qu’il s’agit; c’est un avertissement et non pas une révélation qui lui est donnée. 11 y a loin de cette preuve d’affection venue d’en haut à une illumination; un fait de direction n’est pas un enseignement.
Toutefois, rien ne saurait établir plus nettement que