‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 230 sur 360 · L INSPIRATION · texte numérisé non relu

L INSPIRATION

hautes révélations métaphysiques, on se tromperait encore. Sous ce point de vue encore il était trop philosophe et trop de son siècle pour vouloir s’assimiler à Jane Leade et à Jacques Bœhme qui écrivent, .pour ainsi dire, sous la dictée du ciel. En effet, si la première a rempli toute une série de volumes des visions , des inspirations et des révélations qui étaient venues s’imposer à son esprit; et si le second s’est cru, non pas précisément dans un état d'illumination permanente, mais appelé de temps à autre à mettre par écrit ce qui lui était inspiré (son traité de l’Incarnation, par exemple), jamais Saint-Martin n’eut l’idée de les imiter en ceci le moins du monde. Loin de là, ses amis d’Angleterre et de Suisse avaient beau lui parler des révélations de Jane Leade, jamais il ne voulut s’en préoccuper; et quelque culte qu’il eût pour Jacques Bœlime, jamais il ne vouluthdmettre sérieusement ses prétentions à l’inspiration.

Cette attitude prise vis-à-vis des quatre ordres de révélation qui semblent épuiser les nuances de la théopneustie exceptionnelle, est-elle celle d’un critique rationaliste?

Non. Saint-Martin ne s’attribua jamais ni révélations ni inspirations , et pourtant il se sentait en jouissance de dons très-analogues.

Ce qu’il sentait, était-ce cette révélation naturelle ou cette inspiration commune à toutes les intelligences inférieures qui sont illuminées par l’intelligence suprême , comme les globes du système solaire sont illuminés par celui qui est leur commun centre d’attraction et qui en est le feu, la lumière, la source de la vie,

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puisqu’il est celle de leur mouvement et de leur animation?

Cette révélation-là, il pouvait l’admettre en pur rationaliste. Car il en est une que peut reconnaître tout philosophe. Il se fait dans tout esprit humain une série permanente d’intuitions, internes ou externes; il s’y présente sans cesse des idées et s’y opère des débats d’après des lois que nous n’avons pas faites. Ils nous est donné des vérités dont nous ne sommes pas les créateurs, et qui viennent d’une source dont nous ne connaissons pas l’origine. Or, cette source, ces vérités et ces lois étant universelles, absolues, suprêmes, il est évident qu’elles ne peuvent nous arriver que du suprême. C’est donc ici l’induction la plus légitime possible, puisqu’elle est forcée, que, de même que dans le monde matériel toute lumière vient à notre œil du soleil central et par conséquent est une , de même dans le monde spirituel toute vérité est une et vient à notre esprit de l’esprit suprême. De là il résulte évidemment aussi que toute intelligence normale est dans un état d’inspiration ou de révélation permanente, dans un état à ce point merveilleux ou inconcevable que quiconque demande un miracle plus grand que celui-là ne sait ce qu’il dit, et que quiconque refuse d’y croire ne sait ce qu’il fait.

Est-ce là ce qu’admet Saint-Martin? est-ce cette révélation naturelle?

Sans nul doute. Mais il y ajoute quelque chose de plus, de très-particulier, de tout individuel : car nul ne s’est jamais cru le favori de Dieu à un plus haut degré que lui. Seulement n’allons pas plus loin qu’il ne l’a fait lni-même.

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