‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 248 sur 360 · UNE CLARTÉ · texte numérisé non relu

UNE CLARTÉ

plus frappant, que Saint-Martin admettait, pour son propre compte et pour son avancement personnel , des dons d’intelligence et des clartés de conception extraordinaires.

En effet, eu parlant d’une de ces découvertes qu’il fait jaillir si aisément du sein des nombres, il dit à Liebisdorf, qui le presse un peu à ce sujet, comme à son ordinaire, une chose à remarquer :

« Je n’en ai trouvé aucune trace dans Bœhme, et j’avoue que c’est une clarté qui m’a été donnée personnellement lors des instructions que je faisois à Lyon, il y a vingt ans. »

C’était donc depuis 1782 qu’il recevait des clartés , et depuis 1767 qu’il avait du physique. On a souvent qualifié Saint-Martin d’illuminé, et, certes, dans ce texte, comme en une infinité d’autres, il admet une illumination d’en haut; mais d’abord, en l'état où il est parvenu, c’est là un fait tout naturel; ensuite, ici encore, Saint- Martin reste bien au-dessous de Philon et de beaucoup d’autres, qui attribuent à des illuminations extraordinaires des vues ou des solutions qu’ils ont obtenues, et font cet honneur même à des inductions dont l’origine est assurément beaucoup plus simple que ne le feraient croire leurs paroles.

J’aime à le dire, il y eut toujours dans la vie de Saint- Martin deux côtés très-distincts : le côté exotérique ou la parole qu’il communiquait, et le côté ésotérique ou la pensée qu’il réservait. Celle-ci était à la fois trèscroyante et très-hardie, mais essentiellement portée vers le surnaturel, ultra -cosmique, et ennemie de la matière comme il convenait au Robinson de la Spiritualité.

l’antithèse.

C’est toujours ainsi qu’elle se révèle et qu’elle se dessine surtout dans quelques-unes de ses lettres, dans son traité des Nombres et dans les écrits encore inédits qui demandent à être traités avec une délicate intelligence. Sa parole, au contraire, très-rationnelle dans ses allures, et aussi logique qu’il convient à un disciple de Descartes et de Bacon, se tient aussi constamment qu’il lui est possible dans les limites de la simple philosophie, trèscroyante, à la vérité, mais essentiellement respectueuse pour les droits d’une saine critique.

Il en résulte une antithèse qu’il ne faut pas vouloir nier; et il est certain que ce n’est pas dans la parole destinée à tout le monde, que c’est, au contraire, dans la pensée réservée qu’il faut savoir prendre le secret du théosophe; car si la forme de sa doctrine est à la philosophie, le fond en est au mysticisme et à la théosophie. Saint-Martin dit plus d’une fois à son ami le plus intime, que, dans la question la plus haute, dans celle de nos rapports avec Dieu et de notre communion avec Lui, tout est personnel; nul ne peut rien donner ni enseigner à aucun autre.

Or, c’est là non plus seulement le vrai mysticisme, c'est la vraie théosophie, c’en est le fond.

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