LES OMBRES
Je ne le crains pas. Il n’est pas de mortel qtii supporte constamment l’application d’un niveau trop flatteur, et Saint-Martin ne fait pas exception à la règle ; mais si, en le suivant de près, on ne le trouve pas toujours à la hauteur idéale qu’on s’est créée pour lui , jamais on ne regrette de la lui avoir appliquée, et en fin de compte ou se félicite de l’avoir fait constamment et sincèrement.
Telle est ma pensée, et si je n’ai pas hésité dans le détail, je n’hésiterai p.as un instant non plus dans mon appréciation générale. Et même je marquerai d’autant plus fortement les ombres qui se trouvent dans cette belle vie que les lumières eu ressortent plus éclatantes. Dans une étude aussi intérieure et aussi sérieuse, analysant une âme à la fois si énergique et si tendre, toujours sincère, même dans ses plus grandes erreurs, il ne faut chercher qye le vrai. Chercher des effets, ce serait créer un faux Saint-Martin ; et un théosophe flatté, un mystique fardé et musqué serait intolérable. L’image vraie de cette vie est plus belle avec les ombres qui la voilent un peu , qu’elle ne le serait avec un jour uniforme. Elle est d’autant plus belle qu’elle est plus instructive, et elle est instructive surtout par les ombres.
Ne nous alarmons pas d’ailleurs de celles-ci ; quelque fortes qu’elles Soient, elles ne déparent pas, car elles ne dégradent pas.
La première de toutes, et celle qu’il faut signaler le plus, ‘comme la grande source de la plupart de ses aberrations et de ses fautes, n’est qu'une erreur. C'est la conception même de son idéal éthique, c’est l’exagération qu’il y apporte^ c’est l’obscurité pleine d’illusions qui