‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 277 sur 360 · SAINT-MARTIN ET KANT · texte numérisé non relu

SAINT-MARTIN ET KANT

en naît dans sa pensée. Elle est grave. Car cette conception-mère fausse sa théorie sur Dieu, sur l’homme, sur le monde, et jusque sur le bien lui-même. Elle fausse sa pensée sur Dieu , car il substitue Dieu dans l’homme à l’homme lui-même. Elle la fausse sur l’homme, car elle lui ôte sa sève et sa vie propres pour les donner à Dieu l’une et l’autre. Elle la fausse sur le monde, car il confond le monde avec le mal (Portr., 651), dont le monde n’est ui l’auteur, ni l’œuvre, ni même le théâtre exclusif, puisque le bien y tient sa place. Enfin cette erreur fausse sa pensée jusque sur le bien lui-même, car il le dénature singulièrement, puisqu’il substitue au bien la loi, et à l’amour du bien conçu en lui-même l’amour de la loi divine. C’est-à-dire qu’il commande la soumission de la volonté humaine à une autre volonté. Or cela amène et cela implique même, qu’on en convienne ou non, l’abdication du libre arbitre, qui est l’unique fondement de toute moralité et sa seule garantie possible.

Ce n’est pas, certes, que par sa conception fondamentale le penseur mystique veuille sciemment abaisser, l’homme. S’il le prive ainsi de ce qui fait sa gloire et sa dignité, en sacrifiant sa volonté propre à la volonté de Dieu, c’est au contraire qu’il veut trop l’élever. Voilà ce qui l’égare. Moraliste sublime, mais malheureux, il se perd comme son plus illustre contemporain , Kant. Seulement le théosophe et le philosophe pèchent en sens contraire : l’un soumet la raison à une loi qui n’est pas la sienne, l’autfe la fait à la fois créatrice de la sienne et de celle du monde moral tout entier.

Saint-Martin se livre à une série d’erreurs non moins graves, c’est-à-dire qu’il se laisse entraîner dans tout

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