LA PERFECTION
Je ne le pense pus. Car, si c’est la vérité elle-même qui parle dans les faits et dans les considérations que nous venons de présenter en ce qui concernele degré de perfection qu’il convient d’exiger de l’homme, ce n’est plus du tout elle qui parle dans les conclusions qu’on en prétend tirer. Au contraire, au lieu d’abaisser la morale, il faut la mettre d’accord avec la moralité qu’il nous est possible d’atteindre, c’est-à-dire élever celle-ci au niveau de la morale conçue dans les limites que permettent nos facultés, et que, par-là même, elles indiquent comme voulant être atteintes et comme devant l’être.
Sans nul doute la perfection d'un être fini n’est pas du tout celle de l'Être infini. Il y a perfection absolue et perfection relative. Nul de nous ne peut, sans une inconséquence extrême, aspirer à celle-là, ni sans une abdication coupable de lâcheté renoncer à celle-ci ; mais la perfection relative ou humaine est exigible de chacun. Quelle que soit entre le fini et l’infini l’infranchissable distance, il est dans le monde moral trois vérités fondamentales qui le constituent et qui sont des évidences : la première, c’est qu’il a une loi ; la seconde, c’est qu’il ne peut en avoir qu’une; la troisième, c’est que, dans la sainteté de l’Etre infini, la moralité de tous les autres trouve sou type suprême. Voilà ce que la raison veut, puisqu’elle nous dit que Dieu est le Bien, et ce que la révélation, qui est la raison suprême, exige lorsqu'elle nous dit : Soyez parfaits comme Dieu lui-même est parfait. Certes , cela ne veut pas dire, soyez égaux à Dieu ; mais cela veut dire : De même que vous êtes faits à l’image de Dieu, prenez son image pour type de votre perfection à vous. Et en effet, la nature humaine a bien son