‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 299 sur 360 · LA PAIX · texte numérisé non relu

LA PAIX

Son assurance n’est pas un hymne de jubilation , mais c’est un véritable Te Deum de la paix.

« Je me suis senti tellement né pour la paix elle bon- * heur, et j’ai eu de si. fréquentes expériences que l’on m’avait, même dès ce monde, comme environné du lieu de repos, que j’ai eu la présomption de croire que dans tous les lieux que j’habiterais, il n’arriverait jamais de bien grands troubles, ni de bien grands malheurs. Ceci s’est vérifié pour moi non-seulement dans plusieurs époques de ma jeunesse, mais aussi dans mon Age avancé, lors de la révolution de la France. J’écris ceci l’an IV de la liberté, le 23 juillet 1792. Jusqu’à ce moment , je n’ai été témoin d’aucun des désastres qui ont désolé ma patrie dans cette circonstance, -quoique je n’aie pas voulu quitter le royaume, malgré les instances qui m’ont été faites, notamment par madame de Rosenberg, qui voulait m’emmener avec elle à Venise. J’ai traversé en outre trois fois presque tout le royaume pendantccs temps de trouble, et la paix s’est trouvée pattout où j’étais (excepté l’aventure du Champ de Mars de l’été de 1791, pendant laquelle j’étais à Paris). Tout cela me fait croire que, saus me regarder comme un préservatif pour mon pays, U sera cependanf garanti de grands maux et de désastres absolus tant que je l’habiterai ; non pas, comme je viens de le dire, que je me croie un préservatif, mais c'est parce que je crois que l’on me préserve moi-même, attendu que l'on sait combien la paix m’est chère, et combien je désire l’avancement du règne de mon Dieu. »

Ce qui donnait à Saint-Martin une paix si complète, • c’était son complet détachement de lui-même. Il ne tenait qu’à Dieu. Et Dieu, nous dit-il, avait charge

l’assurance.

de son Ame; il « pouvait la prendre à tel moment qu’il lui plairait, et cela non pas demain, mais tout à l’heure. » (Portr., 821.)

On n’est pas aussi prêt que cela sans l’être presque trop. Saint-Martin avait le mal du pays, ce qui est de trop même dans un mystique, nu point que la vue de la nature la plus belle, décorée de tous les attraits et pleine de recueillement, celle d’Aunay par exemple, lui donnait « des pleurs comme la vue du nouveau temple en donnait aux vieillards d’ïsraël qui avaient connu l’ancien. » (Portr., 1100.)

Comment ne pas pleurer d’être loin de Dieu , quand l’Ame est à ce point unie à Dieu et Dieu uni à l’Ame qu’il « ne pourrait pas la rejeter sans se rejeter luimême? » (232, 290.)

Saint- Martin pensait sérieusement que Dieu ne pouvait que le bien recevoir, puisque, tout compte fait, il trouverait encore en lui de quoi se consoler (799).

Le mot, disons -le bien, serait leste, il serait intolérable dans une autre bouche. Il est parfaitemeut compris et très -sensé dans celle de Saint- Martin. Mais n’allez pas le mal lire et mettre contenter en place de consoler ; l’écriture s’y refuse et le tact de l’auteur aussi. En effet, il n’a pas la prétention de contenter Dieu; mais il a la certitude que, malgré toutes les douleurs que sa vie a pu causer à son divin Maître qui a pleuré sur Jérusalem, il restera néanmoins en lui de quoi consoler ses afflictions paternelles au sujet de toutes les infidélités de son enfant.

Voici, au surplus, la tradüction bien fidèle et bien régulière que Saint-Martin fait lui-même de l’expres-

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