SECONDAIRES
d’une âme toute consacrée à Dieu, et dont les belles facultés, les grandes aspirations, disciplinées et soumises à l’action divine, vont toutes au même but. Rien de plus imposant à la fois et de plus suave que la vie d’un homme ainsi animé d’une sorte d’irradiation divine : tout y est tempérance et modération , calme et sérénité ; la vigilance est sans effort, et le recueillement plein de douceurs; l’austérité la plus sérieuse u’exclut pas les gaietés, même railleuses quelquefois et volontiers épigrammatiques ; la parole, toujours originale, souvent éloquente, sert constamment la même cause que les affections et la pensée; la pensée, étrangère aux vulgaires intérêts et aux communes préoccupations, toujours haute, s’échappe aisément sublime; les affections intimes, tendres et dévouées, se concentrent toutes en une seule, qui est suprême et les absorbe toutes; les préjugés de caste et les préventions de religion ne trouvent pas plus d’accès que les intrigues de l’ambition ou les passions du désordre ; l'enthousiasme qui règne toujours ne peut lui-même troubler cette paix constante que l’opinion relègue souvent dans le pays des chimères de la philosophie. Eu un mot, le portrait de Saint-Martin que j’ai sous les yeux me semble répondre, comme sa vie et ses écrits, de la fidélité de cette esquisse.
Une telle paix est rare comme une telle vie; elle n’échut pas à ce degré aux plus religieux contemporains du philosophe, à ceux que ma pensée a souvent rapprochés de lui. Eu ce point, il les surpassa tous. S’ils aspirèrent, eux aussi, au même degré de foi ou de certitude par toutes les lumières données à l’humanité, aucun d’eux ne parvint à la même assurance.