‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 31 sur 360 · INSPIRATIONS · texte numérisé non relu

INSPIRATIONS

visions, qui se réalisent ; apparitions graduées, et enfin inspiration.

Dans l’ordre des apparitions, c’est Martinez lui-méme qui , après sa mort , lui apparaît le premier.

Ce sont ensuite les parents de l’élève et sa sœur, avec un être supérieur , tous conduits par le maître.

C’est enlin Jésus-Christ lui-même en ses trois états les plus décisifs.

En matière d'apparitions , on n’est pas plus favorisé que ne le fut le jeune clerc , ni plus discret. Sur cet être supérieur, qui ne fut ni un trépassé , ni le Christ, il ne dit pas un mot.

Le degré sur lequel il donne le plus de détails après celui des apparitions , c’est celui de Y inspiration. « Il écrivit alors, par la yriîce que Dieu lui accorda , la première partie de sou traité avec une rapidité extrême. » Cette rapidité est l’effet d’un pouvoir supérieur qui, toutefois, ne dicte pas mais suggère ce qu’il faut écrire, et avec une vivacité telle qu’il fait négliger la forme.

Cela s’explique, ce me semble, par le désir de l’auteur de consigner ce qu’il a vu et entendu pendant que sa mémoire en est encore la pure et ferme dépositaire. Mais ce qui se comprend moins, c’est qu’il ait, plus tard, fait donner des soins au style et à la tournure de phrase de la première partie de son traité, au lieu de lui laisser sa naturelle rudesse et sa pure originalité. 11 paraît que la première rédaction en était défectueuse au point d’être inintelligible.

« D’après ce que j’ai annoncé de ma complète ignorance des sciences humaines, nous dit l’auteur, on jugera bien que le traité, tout imparfait qu’il est encore

CHOSES HÉSF.HVÉES.

par rapport à la tournure des phrases , était , lorsque je l’écrivis , bien différent, mais quant au style seulement, de ce qu’il est aujourd’hui. Pour le rendre intelligiblfe , il m’a fallu trouver et j’ai trouvé, moyennant la grâce de Dieu , un homme qui s’est assujetti à rendre exactement le sens de mes paroles et les idées telles qu’elles sont énoncées dans mon premier écrit , ne changeant que certaines expressions absolument vicieuses , et les tours de phrases qui choquaient trop ouvertement les règles du langage les plus usitées parmi les hommes. » Dans une note écrite sur mon exemplaire du rare écrit de Fournie, de la main de M. d’IIerbort de Berne, l’ami d’un des plus chers correspondants de M. de Saint- Martin , je lis ce curieux renseignement :

« D’après une relation certaine que j’ai eue de l’abbé Fournié, par M. de V..., qui a été à Londres en juin 1819, et l’y a vu bien des fois, il n’a pas jugé à propos de faire paraître le second volume, vu qu’il contenait bien des choses qu’on ne peut point publier. » Qu’était-ce que ces choses?

C’était le rare privilège, mais la prétention commune de toute l’École, d’avoir reçu des communications ou plutôt des manifestations qu’il n’étidt pas permis de rendre publiques.

L’abbé Fournié avait-il eu, pour être tenu au silence, plus que des visions et des apparitions?

Ou bien veut -il parler de ces détails sur les opérations théurgiques dont nous regrettons l’absence ; de ces indications sur les vertus et les puissances invoquées qui eussent mis celles-ci à la portée du vulgaire?

Quoi qu’il en soit, que ceux qui ont eu des relations

ENTKETJENS CÉLESTES.

avec les héritiers de l’abbé Fournié veuillent bien donner quelques soins à la recherche de son manuscrit. 11 doit exister. Cette seconde partie de son livre était évidemment rédigée, puisqu’elle contenait, selon la déclaration de l’auteur, des choses qu’on ne peut point publier .

Ce qui me fait pencher vers l’opinion que les choses confisquées par l’auteur lui-même n’étaient ni des pratiques , ni des théories, mais bien des récits de visions avec révélations, c’est qu’en ceci l’abbé Fournié, plus sobre que le trop prodigue Swedenborg, reculait devant le détail , si courageux qu’il fût pour le fait général. Voici à ce sujet une de ses remarquables confidences.

« J’ajoute à ce que j’ai déjà dit concernant la première vision que j’eus de M. de Pasquallys, mon directeur, de mon père et de ma mère , que je ne les ai pas seulement vus une fois, de la manière que j’ai rapportée , ou seulement une semaine, ou un mois, ou un an; mais que depuis ce premier moment je les ai vus pendant des années entières et constamment , allant et venant ensemble avec eux, dans la maison, dehors, la nuit, le jour , seul et en compagnie, ainsi qu’avec un autre être qui n’est pas du genre des hommes , nous parlant tous mutuellement et comme les hommes se parlent entre eux .

« Je ne puis ni ne dois rien rapporter ici de ce qui s’est fait, dit et passé dans mes visions quelconques, depuis le premier moment jusqu’à aujourd’hui. Malheureusement on se moque dans le monde de toutes ces choses ; on en nie la réalité , et on plaisante ou on veut bien avoir pitié de ceux qui les attestent, comme si c’étaient des fous absolument incurables. Il semblerait

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