‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 40 sur 360 · MADAME DE LA CROIX · texte numérisé non relu

MADAME DE LA CROIX

La marquise de la Croix avait des dispositions mystiques qui se développèrent jusqu’à la mettre assez habituellement dans un état qui tenait le milieu entre la . vision et l’extase, ce qu’on appellerait aujourd'hui un état de communication très-familière avec les esprits. Saint-Martin raconte lui-même qu’elle avait «des manifestations sensibles. » Cela veut dire qu’elle voyait des esprits ou qu’elle les entendait et leur parlait. Elle avait avec eux des rapports à ce point involontaires qu’on la voyait interrompre la conversation pour ces audiences hors ligne. Or, d’une part cela fascinait singulièrement le jeune enthousiaste et l’attachait, mais d’autre part son esprit, façonné par la lecture de Bacon et de Descartes, trouvait les preuves de la réalité de ces manifestations « négatives plutôt que positives. »

Toutefois, l’affinité des aspirations amena l’intimité des habitudes entre Saint-Martin et madame de la Croix, que nous retrouverons dans sa vie plus d’une fois encore.

Sa liaison avec le comte d’Hauterive fut également intime, surtout à Lyon.

Dès 1774, et très-probablement avant cette époque,

M. de Saint-Martin s’était rendu à Lyon, l’une des grandes stations de son maître. A cette époque les Loges étaient considérées par les uns comme une sorte de sanctuaires de mysticité , par les autres comme un moyen d’honnêtes distractions, moyen un peu relevé par la bienfaisance. Beaucoup de Loges se décoraient du nom de cette vertu, nom assez récemment créé et substitué au mot de charité qu’on trouvait trop peu philosophique. Saint-Martin fit à la Loge de la Bienfaisance de

D HAITERIVE.

Lyon un cours dont quelques leçons ou plutôt quelques fragments ont été publiés dans ses œuvres posthumes (Tours, 1807). Elles ne sont remarquables que par les idées morales ; il ne s’y trouve rien de tranché comme doctrine.

Dans les années qui suivirent celle que nous venons de nommer, Saint-Martin se livra, dans la môme ville, avec le comte d’IIauterive à une série d’expériences dont.il existe des procès-verbaux encore inédite, rédigés par Saint-Martin dans un style à ce point laconique qu’on ne voit pas aisément quel en était l’objet, des expériences mesmérienncs ou des études théurgiques. Le laconisme étudié des procès-verbaux , qui souvent se réduisent à deux lignes insignifiantes ou bien à des formules énonciatives de quelque vérité générale, ne permet pas d’induction positive. Les conférences continuèrent pendant les années 1774, 1773 et 1776. A cette époque le mesmérisme en était encore à ses premières phases, aux fluides thérapiques et au magnétisme minéral. Mais il commençait à se transformer. On imposait la main depuis 1773. Mesmer ne fonda qu’en 1778 la société des magnétiseurs de Paris, et les succursales de Lyon, d’Ostende et de Strasbourg ne s’ouvrirent que plus tard ; toutefois la clairvoyance se recherchait déjà. Seulement elle bornait ses prétentions à la vue de l’état physique des malades. De cette autre illumination, de ces visions surnaturelles et de ces perceptions lointaines qui furent l’ambition et la passion des phases suivantes, il n’en était pas question. Nul ne s’élançait encore dans ces régions supérieures où d’autres ont vu, depuis, tant de merveilles, et nul ne publiait de ces pérégrinations

Page 1