SWEDENBORG
de pair ses progrès dans le monde spirituel avec ses progrès dans le monde matériel.
J’ai lieu de croire que les deux jeunes curieux, loin de borner leurs expériences à des recherches thérapeutiques, visaient aux découvertes pneumatologiques les plus hautes. La physiologie empirique ou rationnelle elle-même n’était à leurs yeux qu’une élude vulgaire. Ils étaient d’une école de théurgie, et le vrai but des théurgistes est moins la science de l'ème que celle des esprits. Saint-Martin était à ce sujet d’une exigence fabuleuse. Il trouvait Swedenborg lui-même, ce grand interrogateur du monde spirituel, plus fort dans la science des âmes que dans celle des esprits. Quand il conférait il Lyon avec d’Hauterive, on était loin encore des révélations qui se sont annoncées sous nos yeux, à l’Amérique et au monde moderne par la famille Foster; on était loin de la variété des procédés de communication inventés parles uns, perfectionnés par les autreo, puis rendus inutiles par la généreuse impatience des esprits, par leurs dictées, par leurs écritures directes. Toutefois on se persuade peut-être avec trop de complaisance qu’on est aujourd’hui très au delà de l’ancienne connaissance du monde spirituel. D’abord le commerce des esprits a toujours été la passion de l’homme. Ensuite l’antique théurgie a sur le spiritisme moderne une supériorité incontestable. Celui-ci, réduit dans ses communications aux individualités de l’espèce humaine, à des parents et à des amis, s'adresse à des personnages éminents, sans doute, mais à de simples créatures qui ont appartenu à la sphère terrestre. La théurgie ancienne, beaucoup plus ambitieuse, se met-
1)ES THÉUHGISTES.
tait hardiment en rapport avec les êtres les plus élevés de la grande et universelle famille des cieux.
C’est à ces hautes régions que s’élevaient les aspirations des deux théurgistes qui nous ont laissé des procèsverbaux trop discrets de leurs séances de Lyon. Je ne tire pas ces inductions positives de leurs notes si laconiques que j’ai sous les yeux, mais je vois dans leur correspondance qu’ils allaient réellement jusqu’à la recherche de rapports avec des esprits supérieurs à l’humanité. C’était la prétention de l’École de Pasqualis. Fournié nous dit positivement qu’il voyait son maître, ses parents et sa sœur, tous défunts, et quelqu’un qui n’appartenait pas à ce cycle purement terrestre. Il voyait aussi le tils de Dieu; et il supprime toute la deuxième partie des révélations qu’un instant il avait destinées au public.
Saint-Martin et d’IIauterive ne disent pas ce qu’ils virent; mais, plus discrets, ils ne furent pas moins ambitieux que Fournié. Les lettres de Saint-Martin ne laissent aucun doute à ce sujet en ce qui le regarde. Quant au comte d’IIauterive il restait si peu en arrière, que Saint-Martin se vit obligé de rectifier la tradition qui disait que son ami, non-seulement conversait avec le monde spirituel, mais allait trop loin quand il s’y élevait.
L’ambition de l’un et de l’autre était haute, en efTet, et ils faisaient tous deux très-peu de cas des Agents intermédiaires, des Puissances subalternes, de la région astrale. Une personne digne de confiance qui rencontra le comte d’ITauterive dans l’émigration à Londres, vers 1790, apprit à un correspondant de Saint-Martin que nous citerons plus d’une fois, que le comte parvenait,^