ON INQUISITEUR
ville que nous voyions devant nous ; il me répondit en français, mais en idiome italien : Ils sont dics lieues. Quand nous fûmes près de Gènes, il m’engagea beaucoup d’aller le voir à Turin, où je devais aller. Sur mon refus, il me pressa de dire pourquoi ; je ne me défendis que par des raisons d’affaires et par des honnêtetés. Mais depuis , réfléchissant sur nos conversations et sur les dangers que j’aurais pu courir à me trop approcher de cette sainte personne, il me vint dans la pensée que j’aurais pu lui répondre : Ils sont dics raisons. » (P. 3o5.)
M. de Saint-Martin avait donc été très-libre sur certaines personnes ou se croyait bien peu orthodoxe sur certains objets. 11 craint et cache ses craintes sous les formes de l’enjouement. Mais ses craintes étaient exagérées. 11 est vrai que dans les Étals pontificaux la peine de mort était suspendue sur la tête des adeptes de toute société secrète et en particulier sur la tête des francs-maçons ; il est vrai que cette loi , si étrange vers la fin du dix-huitième siècle , s’appliquait réellement de temps à autre ; mais ces égarements de la justice étaient rares. On ne sévissait que dans des circonstances extraordinaires et quand l’opinion , émue par des faits extraordinaires, y poussait l’autorité. Le procès d’un homme trop fameux et dont la vie est encore enveloppée de trop de fables, le procès de Gagliostro , qui fut une de ces exceptions sur la fin du siècle , ne doit pas nous induire en erreur à ce sujet. Saint-Martin, qui ne pouvait pas donner à la cour de Rome le moindre ombrage, n’avait pas à redouter le moins du monde l’inquisition de Rome, et encore moins son compagnon de voyage l’inquisiteur de Turin. Rome et Turin différaient de Madrid.