ROUSSEAU
à Saint-Martin, dans un style entraînant, le développement philosophique des nobles théories qui le charmaient dans les ouvrages de l’érudit professeur. Les Confessions , qui parurent pendant les derniers loisirs de garnison du jeune officier, dans les années 1766 à 1770, achevèrent de le remplir d’enthousiasme pour un observateur aussi ingénieux de la vie intérieure, sans l’éblouir sur la lacune qu’on remarquait dans les aspirations morales de Rousseau. Dans tous ces volumes, écrits d’un style d’inspiration où les élans de l’Ame semblaient avoir plus de part encore que ceux de la spéculation abstraite, il se retrouvait avec joie. C’était la peinture fidèle de cette même lutte morale, de ces mêmes combats, de ces mêmes défaites, de toutes ces alternatives de plaisir et de confusion, d’excès d’indulgence et d’excès de sévérité pour soi, qui formaient sa vie àlui. Saint- Martin voyait dans l’Ame de Rousseau ce rayon d’en haut qui forme la vraie vie de tout homme dont le perfectionnement sérieux de soi est la grande affaire.
« A la lecture des confessions de J.-J. Bousseau, nous dit-il, j’ai été frappé de toutes les ressemblances que je me suis trouvées avec lui, tant dans nos manières empruntées avec les femmes, — la femme se rencontre volontiers sous la plume de Saint-Martin, — que dans notre goût tenant à la fois de la raison et de l’enfance, et dans la facilité avec laquelle on nous a jugés stupides dans le monde, quand nous n’avions pas une entière liberté de nous développer.
« Notre temporel a eu quelque similitude, vu nos positions différentes dans ce monde; mais sûrement, s’il s’était trouvé à ma place avec ses moyens et mon