‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 77 sur 360 · LES PUISSANCES SUPÉRIEURES · texte numérisé non relu

LES PUISSANCES SUPÉRIEURES

faveur d’une cosmologie essentiellement théiste, essentiellement corrective d’une cosmologie purement matérialiste.

C’est pour des fins un peu différentes, mais très-élevées encore, que le théosophe présente la belle série des idées que nous venons d’enténdre, et il s’empresse de passer à une théorie qui lui. tient fort à cœur, celle de puissances ou d’êtres supérieurs qui gouvernent les puissances ou les forces matérielles du monde comme notre âme gouverne notre corps. C’est pour lui une théorie de prédilection, qu’on peut lui laisser, mais une théorie fort ancienne et qui fait comme le fond de toute sa doctrine.

Voici comment il présente ses inductions en faveur de l’existence des puissances supérieures si nécessaires dans son système.

« De tous ces faits, il résulte que, si les œuvres matérielles de l’homme ont démontré en lui des facultés invisibles et immatérielles, antérieures et nécessaires à la production de ces œuvres, et que, par la même raison, l’œuvre matérielle universelle ou la nature sensible nous ait démontré des facultés créatrices, invisibles et immatérielles, extérieures à cette nature, et par lesquelles elle a été engendrée, de même les facultés intellectuelles de l’homme sont une preuve incontestable qu’il en existe encore d’un ordre bien supérieur aux siennes et à celles qui créent tous les faits matériels de la nature. C’est-à-dire, qu’indépendamment des facultés créatrices universelles et de la nature sensible, il existe encore hors de l’homme des facultés intellectuelles et pensantes , analogues à son être , et qui pro-

l’émanation continuelle.

duisent en lui les pensées ; car, les mobiles de sa pensée n’étant pas à lui, il ne peut trouver ces mobiles que dans une source intelligente, qui ait des rapports avec son être ; sans cela, ces mobiles n’ayant aucune action sur lui, le germe de sa pensée demeurerait sans réaction, et par conséquent sans effet. »

J’ai dit qu’on peut lui laisser cette théorie et en faire abstraction. Et en effet, il la corrige par celle que veut la raison et qu’il professe avec beaucoup de netteté : le gouvernement absolu d’une seule volonté, d’une loi unique, d’un principe suprême.

« Le principe suprême, dit-il, source de toutes les puissances, soit de celles qui vivifient la pensée dans l’homme, soit de celles qui engendrent les œuvres visibles de la nature matérielle ; cet être nécessaire à tous les êtres, germe de toutes les actions, de qui émanent (mot fatal, plume qui trahit) continuellement toutes lés existences; ce terme final, vers lequel elles tendent, comme par un effort irrésistible, parce que toutes recherchent la vie; cet être, dis-je, est celui que les hommes appellent généralement Dieu. »

Telles sont les considérations fondamentales par lesquelles Saint-Martin prouve que c’est bien l’homme et ce qui est en lui qui explique l’univers ou la nature des choses, que ce n’est pas celle-ci qui explique l’homme. L’homme est supérieur à la nature, tient aux puissances supérieures et plus essentiellement au principe suprême , de qui émanent continuellement toutes les existences.

Telle est en substance toute la théorie de Saint-Martin sur le rapport de l'homme avec Dieu et avec l’uni-

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