‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 79 sur 360 · LE MONDE CNE VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LE MONDE CNE VOLONTÉ

préseute le monde comme une volonté, de cet étrange Schopen'nauer, qui vient de terminer une carrière à laquelle la renommée n’a pas fait défaut, si excentrique que fût sa marche.

On a dit de Saint-Martin que sa philosophie de la nature était l'idéalisme. Soit; mais ce fut le sien , et son idéalisme ne ressemble à celui de personne. C'est comme son panthéisme : on s’y heurte partout, mais toujours on y touche à l'idée d’un Dieu personnel; c'est comme sa théocratie, où domine toujours l’idée que le vrai sacerdoce est celui du vrai théosophe, mais que l'Église doit rester étrangère aux affaires de ce munde. En effet, il aime à la distinguer toujours de la religion, et pour lui l Eglise est bien le spirituel sans le temporel.

Plus cette publication tranchait avec celles de l’époque à laquelle elle parut, plus elle pouvait faire de bruit et soulever de critiques. Il n’en fut rien. Dans le monde des lettrés nul ne voulut s’y attaquer, nul n’osa en faire l’éloge. Mais ce fut autre chose dans la sphère des intimes ou des initiés. Telle fut, aux yeux des rnartinézistes, l'importance de cette publication, qu’elle mit son auteur hors ligne, et qu’en 1784 la Société desphilalèthes de Paris, considérant Saint-Martin comme le successeur naturel de Martinez, l’invita à s’unir avec elle pour l’achèvement de l’œuvre commune. Les travaux de cette Société avaient pour objet apparent la conciliation des idées de Swedenborg, qui voyait si familièrement les esprits, et celles de Martinez, qui ne disposait de leur puissance qu’au moyen de certaines opérations. Mais ces travaux étaient, en réalité, moins

LES Si IEXVES OCCULTES»

des études de pneumatologie que des recherches pour la découverte de quelques-uns de ces grands mystères dont se préoccupent si volontiers certaines associations plus ou moins secrètes. Le but réel des philalèthes était, suivant M. Gence, que nous avons encore connu, la recherche du grand œuvre. Les pages que j’ai sous les yeux, pages sauvées des divers naufrages de cette Société, ne justifient pas cette assertion; mais puisque ces sortes de choses ne s’écrivent pas, il est évident que le silence ne prouve rien. Au point de vue de ses études, de ses sympathies et de sa mission toute spiritualiste, l’appel des philalèthes ne pouvait guère flatter Saint- Martin, et il refusa de s’y rendre. Ses vues étaient à la fois autres que celles de dom Martinez, celles de Swedenborg, et même celles des conciliateurs de l’un et de l’autre. On voit, par son Tableau naturel , la gravité et la portée de ses études, et l’on comprend que si Swedenborg lui-même, qui était homme d’une science si haute, cessait dès lors de le satisfaire, bien qu’il étudiât eucore, il ne pouvait plus désormais se souvenir des opérations de l’école de Bordeaux qu’avec quelque antipathie, ni prendre la moindre part à celles de l’école de Paris. S’il ne méprisait pas absolument les recherches alchimiques, il les mettait du moins bien au-dessous des opérations théurgiques, qui déjà l’intimidaient et lui répugnaient dans sa jeunesse. A l’époque où nous le suivons , il ne rompait pas encore avec les amis des sciences occultes , mais ce n’était pas dans leurs rangs qu’il cherchait ses partisans , et quelques succès que ses publications aient trouvés là, ils le flattèrent peu. 11 demandait, au contraire, ceux du

LE GHAKD MONDE.

monde qu’il fréquentait, et ceux du public qu’il voyait avec douleur suivre ses adversaires.

Adversaires est le mot; car, se considérant lui-même comme le principal représentant de la spiritualité, il regardait les incrédules comme ses ennemis personnels.

Aussi, bien loin de songer à se dérober au grand public ou au grand monde, en se jetant au sein des associations secrètes et des œuvres mystérieuses de sa personne et avec ses lumières, avec celles auxquelles il aspirait si sérieusemen! , dans les sciences mathématiques comme dans les sciences morales, — loin de s’enfouir là, disons-nous, il cherchait le plus grand jour et suivait les travaux des plus illustres compagnies. Pour satisfaire son ambition la plus ardente, celle de trouver la clef de toutes les études humaines, il avait besoin d’en embrasser, d’en examiner au moins les sommités, et il tenta tout à coup très-résolument d’aborder le monde savant, dont les préoccupations étaient les seules qui lui inspirassent un sérieux intérêt.

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