‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 99 sur 360 · LA PRÉVENTION · texte numérisé non relu

LA PRÉVENTION

surtout le monde aristocratique et quelques hommes d’études. Mais avec un peu plus d’attention on voit très-bien que. ce qui l'intéresse réellement, c’est ce qu’il appelle ailleurs ses objets.

Son premier point de vue est d’ailleurs assez morose et son jugement général sur les personnesavec lesquelles il se trouve en rapport à Strasbourg, un peu sévère, je ne dis pas injuste.

« J’ay vu des hommes qui n’étoient mal avec personne, mais dont on ne pouvoit pas dire non plus qu’ils y étoient bien ; car ils n’avoient pas assez de mesures développées (termes favoris de Saint-Martin) pour être saisis de ce qui est vrai et vif, ni choqués de ce qui est mal et faux. C’est à Strasbourg où j’ay fait cette observation. »

Cela est dur. Je dois même faire remarquer que si telles sont les premières lignes du voyageur, rien ne m’autorise réellement à dire que les sentiments qu’il y exprime ne furent que ses premières impressions.

Fussent-elles transitoires ou permanentes, qu’est-ce qui a pu les motiver?

Strasbourg, il y a soixante-dix ans, et avant les trois ou quatre révolutions essentielles qui en ont fait une ville française de mœurs comme de langue et de nationalité, avait conservé des habitudes de froideur et de réserve très-propres à nous expliquer les rudes appréciations de l’observateur. Je ne veux pas même rappeler, pour le justifier, que c’est le commun penchant des voyageurs de généraliser leurs rapides observations. En effet, chacun se passe à son tour le privilège de s’y laisser aller, et si tous se moquent de ce coureur de chaises

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