‹ Saint MartinChapitre 1 sur 317 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

'hagiographie n'occupe pas dans les hautes études de notre époque la place qu'elle devrait avoir, parce qu'on ne la considère pas assez comme une science rigoureusement historique et éminemment sociale.

Les saints sont les vrais grands hommes, et la plupart ont été

les vrais héros populaires ; c'est le suffrage universel qui les proclamait à l'origine. Leur immense influence doit donc être mise en lumière, et au premier plan, si l'on veut avoir un tableau sincère et justement proportionné des siècles passés. Ils ont droit à une large place au soleil de l'histoire ; mais ils n'ont besoin que de la vérité, et j'ajouterai même que, la plupart du temps, leur physionomie apparaît plus belle et plus noble quand on la débarrasse des voiles brodés de la légende

VI 11 l'RKFACH

|)Our la contempici' an i:i;iii<l jour de la criti(iuo. La société acluello na pas moins à gagner que Texactitude historique à 1 étude ai)profondie de leurs actions. On nous iiisliiiit hcaucou)) Iroj) longuement, j^allais dire trop exclusivement, des faits et gestes des hommes célèbres qui ont conquis des royaumes ou administre'^ des États. Qu'en résulte-t-il? C'est cpie chacun se croit appelé à régir les affaires de son i^ays , et que le moindre collégien émancipé, ne voyant pas de métier plus glorieux, prétend se mêler de leur conduite : aussi les ambitieux, les disciples de Machiavel, les politiciens de deuxième et de troisième catégorie sortent-ils de terre par milliers. Insensés, qui prétendent diriger un peuple, et ne savent même pas gouverner leur âme! Qu'ils aillent donc à l'école des saints, et ils apprendront ce rudiment, cette base essentielle de toute science; et au lieu de ces légions de génies incompris, incapables d'organiser quoi que ce soit, nous aurons des légions de chrétiens, infiniment plus aptes à former une société durable, bien disciplinée et vraiment civilisée.

Ce double intérêt historique et social se trouve à un rare degré dans la vie de saint Martin, J'ai cherché à le dégager de mon mieux, et je me suis surtout placé à ce point de vue, si conforme aux aspirations et aux idées de notre temps, en retraçant l'étonnante carrière du grand apôtre sans lequel nous ne serions aujourd'hui, sans doute, ni catholiques ni français. Sa figure si populaire, et cependant si peu connue en réalité, se présentera ainsi, je l'espère, sous un aspect nouveau, ou, pour mieux dire, sous son véritable aspect. Afin d'en étudier les différents côtés avec tout le soin

(|irils méritent, je les exposerai aux yeux du lecteur séparément et Tun après l'autre. Dans une première partie, consacrée à la vie terrestre du saint, j'envisagerai d'abord l'état de la société gallo-romaine au moment de son arrivée dans notre pays, et l'admirable mission que Dieu lui avait réservée; puis je montrerai en lui le soldat, le moine, Tévèque, l'apôtre, sans pour cela m'écarter de l'ordre chronologique des faits (sauf dans le dernier chapitre), car il a rempli ces divers rôles successivement, ou du moins chacun de ces caractères a dominé tour à tour dans son existence. Une seconde partie renfermera l'histoire du culte de saint Martin, c'est-à-dire sa vie posthume, vie plus merveilleuse encore et plus |)leine d'événements que la première. Cette matière exige plutôt l'ordre méthodique : après avoir suivi les destinées du corps, des reliques et du tombeau de l'illustre thaumaturge, j'entraînerai le lecteur dans un véritable tour du monde martinien, pour visiter les innombrables sanctuaires ([ui ont propagé de tous côtés son nom et son influence; enfm je demanderai aux monuments littéraires de nous raconter sa gloire, et, tout le long du chemin, une foule de monuments artistiques viendront nous prouver d'une autre manière que l'humanité n'a cessé de rendre hommage à sa haute vertu, à ses bienfaits multipliés. Tel est le plan fort simple du présent ouvrage, qui sera complété par un appendice contenant un éclaircissement sur la chronologie si obscure de la vie de saint Martin, la liste des églises de France placées sous son invocation, et quelques documents d'un intérêt majeur, presque tous inédits.

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