ART DE LA RENAISSANCE (XV''-XV1« SIÈCLE) ÉCOLE ALLEMANDE
« Le Manteau partagé. » (Voy. la notice de la pl. IV.)
Gravure d'Albert Diirer (l^i71-1528), dont un excellent exemplaire est conservé au cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale (Œuvre d'Albert Diirer, t. I, f»17).
Dessin de Sellier, grave par Pannetier.
SAINT MARTIN ÉVKOHE
l'avoir enseveli, il fit une courte harangue aux fidèles assemblés ; « Il ne faut pas, dit-il, que je m'en retourne en laissant votre Église désorganisée (i)arole qui marque bien sa suprématie); cherchons un nouveau titulaire, qui, élu par vous, puisse la gouverner avec une vertu éclatante. » Et tous de répondre : « Ce que vous voudrez faire sera fait, car le Seigneur est avec vous. » Alors il leur présenta un homme qu'il avait rencontré aux environs travaillant dans les vignes, et qu'il avait amené secrètement jusqu'à la ville. Cet homme, nommé Victor, était un disciple de Liboire; il avait même reçu de sa main, paraît-il, l'ordre du sous-diaconat. Martin, en conversant avec lui, avait deviné la sainteté de son âme et s'était dit à l'avance : J'ai trouvé un évêque. « Voilà, fit-il en le montrant au peuple, celui que le Seigneur vous destine. — Comment cela se peut-il? s'écria Victor tout surpris. Je suis marié et père de famille. » Il disait vrai; en effet, l'obligation du célibat ne fut rigoureusement étendue aux sous-diacres qu'un peu plus tard, par le pape saint Léon le Grand On fait venir son épouse; Martin (détail remarquable) demande à cette femme si elle consent à ce que son mari devienne évêque. « Mes yeux ne sont pas dignes, répond-elle en tremblant , de contempler les merveilles divines. Qu'il soit pour moi un frère, et je serai pour lui une sœur. » Alors le pontife adresse aux électeurs une seconde allocution pour leur recommander de chérir leur nouveau pasteur. Us protestent de leur attachement; le candidat est acclamé, béni , consacré. Sa femme se retire du monde; son fils est baptisé par Martin, qui lui donne le nom de Victorius, en souvenir de celui du père, et l'emmène ensuite à Tours pour en faire son disciple, en attendant que cet enfant succède lui-même à Victor-. La
1 s. Léon, Ep. 84. = Anciens actes de S. \'icl.or du Mans, dans les Ado SS. aug., V, 146 et suiv. D. Piolin, Hisl. de l'È(,lisc du Mans, 1, 75. Ce ivcil est confirmé par la vie de S. Victorius, par Bède, Raban, etc. Aucun argument sérieux n'a été produit contre son autorité, au dire des Bollandistes.
CIIAPITHR IV
mort de Liboire est placée par les uns vers 394, par les autres un peu avant 389'. Dans les deux cas, elle est postérieure à la fin du règne de Gralien : par conséquent, l'évêque de Tours pouvait alors agir légalement comme métropolitain.
Sa suprématie sur les diocèses de Bretagne n'apparaît pas aussi clairement que sur l'Anjou et le Maine : elle fut reconnue au v" siècle, ainsi que l'a prouvé, contre Augustin Thierry, le savant Gorini; un concile la consacra en 5G7, et elle fut depuis, comme l'on sait, l'objet d'une longue querelle ^ Mais, au temps de saint Martin, si elle existait en droit, elle ne semble pas, du moins, avoir étiî exercée de fait; car les légendes qui lui font consacrer de ses mains et Corentin de Quimper, et Arisius de Nantes, et Rictisme de Rennes, ne sont guère dignes de confiance. Il suffît toutefois, pour la solution de la question qui nous occupe, que son autorité se soit affirmée dans une por'tion de la province ecclésiastique de Tours. On ne peut nier, après cela , qu'il ait réellement possédé la qualité de métropolitain, non pas seulement dans les deux ou trois dernières années de sa vie, mais durant une bonne partie de son épiscopat ; du reste, les traditions et les monuments figurés sont d'accord pour la lui attribuer. Je serais même tenté de croire que son mérite personnel et sa haute influence à la cour impériale ne furent pas tout à fait étrangers à la mesure administrative qui, par une dérogation presque unique à la règle générale, érigea en chef-lieu de province une simple civitas. Cette induction paraîtra moins téméraire si l'on réfléchit aux relations du saint avec l'empereur Valentinien , relations auxquelles j'arriverai tout à l'heure, et surtout à la fidélité, à la reconnaissance qu'il gardait à la mémoire de Gratien sous l'usurpateur Maxime. Les maîtres de la Gaule durent certainement apprendre de lui à estimer et à favo-
' Acia SS.j,d., V, 39G; awj., V, l'i'i. = 2 Défense de VÈuUse, II, 2(111. GaU. chrisl., XIV, 2, 3.
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riser les Turones. 'Il les patronna, il défendit leurs intérêts, il fit parler d'eux de tous les cotés. 11 nous est donc permis de penser que Féclat do sa majestueuse figure rejaillit assez sur sa ville épiscopalo pour en accroître subitement l'impor-tance et la renommée.
Vie. -M. ~ France : Normandie. — Saint -Martin d' Argentan