‹ Saint MartinChapitre 104 sur 317 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

mais rien ne prouve qu'il ne fût pas déjà chrétien, car à cette époque les païens étaient à peu près exclus des fonctions publiques, notamment des emplois militaires, et malheureusement la vertu ne s'unissait pas toujours, chez les Romains corrompus, à la qualité de disciples du Christ. Sa femme, tout au moins, n'était pas païenne, puisqu'elle envoyait au saint évêque de l'huile à bénir, pour l'employer ensuite, selon l'usage, à guérir des malades K

En face des souverains, Martin déploya un zèle et une fermeté plus admirables encore. On eût dit que sa résolution grandissait avec les obstacles. Dès le début de son épiscopat, il eut affaire à l'empereur Valentinien P'" pour lui demander quelque grâce. Ce prince, comme l'histoire nous l'apprend, s'était fixé à Trêves en 368, et ne quitta cette résidence que cinq ans plus tard, pour se rendre à Milan et de là en Pannonie, où il devait rencontrer la mort en 37o. Plusieurs de ses constitutions, datées de la métropole des Gaules, attestent la continuité du séjour qu'il y fit dans cet intervalle. C'est donc en vain que certains écrivains du x*' ou du xii" siècle voudraient nous faire croire que le palais de Valentinien qui reçut la visite du pontife se trouvait à Tours même. Il s'est établi d'assez bonne heure dans cette ville une tradition, d'après laquelle l'édifice en question {aula Valentiniani) aurait été situé sur l'emplacement de l'ancienne église Saint- Martin de la Basoche : la chronique de Tours a reproduit cette version, tantôt comme un simple bruit populaire, tantôt comme un fait ^ Mais, quand même il y aurait eu là une résidence impériale remontant au règne de Valérien, ainsi qu'on le prétend, ce ne serait nullement une raison suffisante pour y placer la scène qui va suivre. Gervaise et l'ancien éditeur de Sulpice Sévère ne s'y sont pas trompés comme le moderne historien de saint Martin. Quant à ceux qui écrivent que l'évèque de Tours alla cher-

1 Sulp., DiaL III, 3. = 2 Salmon, Chroniques, p. 69,97.

cher Valentinien en Italie, leur opinion ne vaut guère la peine qu'on s'y arrête'. Tout en ne désignant pas la ville où il se rendit, Sulpice nous donne suffisamment à entendre qu'il ne peut s'agir que de Trêves; car il se sert, en parlant de ce voyage, de la même expression que pour celui que Martin fit plus tard dans la métropole gauloise auprès de l'empereur Maxime ^ et il met l'événement presque aussitôt après son élection à l'épiscopat. Ainsi donc, nous devons nous transporter dans cette grande cité, où le disciple d'Athanase retrouvait les souvenirs de sa jeunesse, et en l'an 372, suivant la date la plus probable.

Valentinien eût peut-être été personnellement bien disposé à l'égard d'un des représentants les plus renommés de l'Eglise des Gaules; mais il avait une femme arienne, au caractère fier et impérieux, dont il subissait, comme il arrive en pareil cas, l'ascendant dominateur. L'impératrice Justine, qui avait été l'épouse du tyran Magnence, professait pour le catholicisme et tous ses défenseurs une haine dont saint Ambroise devait un jour éprouver la violence. Si elle ne put détacher son mari de l'orthodoxie, elle sut du moins le prévenir adroitement contre Martin, un des plus redoutables adversaires de sa secte, et le détourner de lui donner audience. Injure grave pour un homme revêtu d'une si haute magistrature ! L'évêque pourtant ne s'en émut pas. Il eut recours au moyen qui lui réussissait si bien : à l'instar des vieux prophètes d'Israël qui voulaient pénétrer jusqu'à la personne des rois, il se couvrit d'un ciliée, il se mit des cendres sur la tête, il jeûna, il pria le jour et la nuit, et, au bout d'une semaine, sur l'avis d'un ange, il se présenta audacieusement à la porte du palais. Nul garde ne lui barra le chemin: il entra sans obstacle, et parvint ainsi jusque dans l'appartement oii se tenait l'empereur. Celui-ci, le

1 V. Gervaise, p. 116. Do Pralo, I, 373. Dupuy, p. 36. P. Guérin, les Pelits Dollandisles , XI , 212. = 2 ,1,/ corniOilum iir. aller à la cour. Cf. Dial. 111, 11.

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