CHAPITRE IV
t-on une condamnation plus éclatante? Non; en voici une cependant. Le chef du parti, le redoutable Ithace, fut déposé de l'épiscopat; après la défaite de Maxime, il fut exilé et s'en alla mourir loin de son pays. Son principal complice, Idace, dut se démettre Et pendant que l'Église universelle proclamait vénérable et sainte la mémoire de l'évêque de Tours , elle continuait de maudire celle de ses adversaires. Si parfois le clergé dut invoquer l'appui du bras séculier contre certains hérétiques incorrigibles, dont les excès tombaient sous le coup de la loi civile, ce fut avec cette réserve expressément formulée que le sang ne serait point versé, de peur de contracter la souillure des ithaciens Si quelques docteurs imitèrent par la suite saint Augustin, qui, après avoir été opposé à l'intervention de l'autorité temporelle lorsqu'il se plaçait au point de vue théorique, l'approuva, au contraire, à partir du jour oii il eut sous les yeux le bien qui en résultait dans son diocèse, ce fut toujours en n'admettant comme lui que les peines modérées et en protestant contre les mesures trop rigoureuses. « Réfléchissez, écrivait l'évêque d'Hippone au proconsul d'Afrique, que, si vous traitez d'une manière cruelle ces malheureux, vous empêcherez qu'on ne les défère à votre tribunal; et alors ils deviendront plus audacieux, se persuadant avec raison que nous aimerions mieux souffrir la mort que de jamais la prononcer contre eux » — « Tuez l'erreur, s'écrie- t-il ailleurs, mais aimez les égarés. » Ces deux belles paroles renferment tout l'esprit de TEglise. En vain nous objecterai t-on ici les pratiques de l'inquisition. L'inquisition, tant qu'elle demeura une institution purement ecclésiastique, eut précisément l'avantage de faire prévaloir
Ecclesiae sacerdotis dudum lalas, quse in concilio letjatis prsesentibus recilaUv sunt. [Conc. Taur., caii. 6. Labbe, II, ■1137.) M. l'abbé Dupuy place ce concile à Milan, en 388, sans en donner la raison. {Vie de S. Martin, p. 182.)
1 Sulp., Chron., II, 31. Isid., de Vir. ilhislr., 1. = 2 V.Baroniiis, an. 386, n" 33. = 3 August., éd. bénéd., Il, 269.
la procédure régulière sur le régime de l'arbitraire, la douceur sur la violence; et si elle commit à son tour des excès regrettables, c'est surtout, on le sait à présent, parce qu'elle devint un instrument au service de l'avidité des seigneurs et des princes. D'ailleurs, ces excès furent l'ouvrage des particuliers, et ne reçurent jamais la sanction de l'autorité suprême. Ouvrons les registres de la chancellerie apostolique : nous y trouverons des bulles , des rescrits pontificaux prescrivant aux inquisiteurs de modérer leur zèle, adoucissant la peine des coupables, prenant leur défense contre la puissance civile; nous n'y trouverons pas une seule lettre admettant qu'un prêtre puisse participer à l'application des châtiments matériels, et surtout à une condamnation capitale. Parcourons les lois canoniques : nous y verrons des dispositions très sévères contre les ecclésiastiques convaincus d'avoir poursuivi la mort des criminels; ils sont déclarés déchus du sacerdoce, et l'accès des ordres sacrés est à jamais fermé aux laïques soupçonnés d'en avoir fait autant. Ecdesia abhorret a sanguine; cette maxime a toujours été la règle, elle est devenue presque une banalité. Et si nous jetons les yeux sur les temps plus rapprochés de nous, sur notre époque même, que voyonsnous? La rigueur et la barbarie devenues l'apanage des ennemis acharnés du christianisme; la mansuétude et la tolérance réfugiées, au contraire, dans le sein de l'Eglise catholique : non pas toutefois cette tolérance aveugle, déraisonnable, qui n'est, au fond, que la liberté illimitée du mal, mais cette tolérance intelligente et juste, qui permet aux ministres du Seigneur l'emploi des seules armes spirituelles et veut établir le règne de la vérité sur la base solide de la conviction. Voilà la constante, la saine tradition chrétienne. Qu'on dise si elle est conforme à la doctrine d'Ithace ou à celle de saint Martin, si l'Église est ithacienne ou martinienne ! Non , grâce à Dieu , la funeste théorie de quelques évèques espagnols du iv*" siècle n'a jamais