‹ Saint MartinChapitre 114 sur 317 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

en scène, et donne à entendre, par quelques mots discrets, qu'il sut directement de la bouche du saint une partie des traits dont sa relation est émaillée'. Ce serait donc tomber bien mal que d'alléguer à ce propos son défaut d'informations et l'insuffisance de son témoignage -.

Nous avons vu que, malgré sa faute et malgré son insuccès premier, Martin avait finalement remporté auprès de Maxime une victoire décisive, la victoire de la charité : au lieu de quelques victimes, des milliers de tètes fussent peut-être tombées sous le glaive sans la sublime défaillance de cette grande âme. Sublime est le mot, car son dévouement lui coûta quelque chose de plus précieux que l'honneur ou la vie : la pureté d'une conscience vierge. Mais dans l'Église, quelles furent les suites de sa courageuse opposition au système d'Ithace? Laquelle des deux doctrines fut ratifiée par l'autorité spirituelle? Les historiens protestants, l'école rationaliste n'ont pas manqué de se prévaloir de cette querelle pour avancer que le christianisme avait alors changé de voie, que la tendance des ithaciens était devenue celle de tout le clergé orthodoxe, que les persécutés d'hier s'étaient érigés en persécuteurs, en un mot, pour opposer l'esprit de saint Martin à l'esprit du catholicisme du moyen âge; on a même inventé, pour désigner le régime de l'inquisition ou la résistance armée aux hérétiques, le vilain nom d'ithacianisme. Or ce fut, au contraire, le parti antimartinien qui reçut un solennel désaveu, et ce fut l'influence de l'évêque de Tours qui l'emporta , comme le redoutaient ses adversaires. Déjà ,

i Quod propler temporum notam semper occuluil , sed nos celare non potuit... Subinde nobis cum lacrimis falebatur, etc. (Sulp. Dial. III, 13.) =

C'est ce que fait cependant l'auteur d'une étude sur » la légende de saint Martin », dont l'allure générale est, du reste, plutôt celle du pamphlet que celle de l'iiistuire. (V. Albert, Variétés morales et littéraires, p. 89.) Jamais ((légende n n'a revêtu aulaiit qu'ici le caractère d'une biographie authentique, et jamais légendaire n'a donné autant de place à l'élément historique que Sulpice ne le fait dans celte partie de son récit.

durant son dernier séjour à Trêves , il n'était plus tout à fait seul à défendre la cause du droit. Avant son arrivée, un prélat dont le siège est inconnu, Théognite, s'était séparé de ses confrères : nous l'avons entendu avouer à l'empereur lui-même. Une autorité plus considérable vint ensuite appuyer celle de Martin. Le grand évêque de Milan, saint Ambroise, se rendit aussi vers cette époque à la cour de Maxime. Une chronique postérieure assure même qu'il s'y rencontra avec son vénérable collègue et joignit ses efforts aux siens ' : le fait n'a rien que de très vraisemblable, si l'on rélléchit à l'amitié qui les unissait, amitié dont nous trouvons la trace dans la révélation qu'Ambroise obtint plus tard de la mort de l'évêque de Tours, aussi bien que dans le présent d'une notable portion des reliques découvertes à Milan, qu'il lui fit peut-être durant ce même séjour à Trêves. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il arriva dans cette ville au moment où les ithaciens étaient réunis autour du prince; qu'il refusa, lui aussi, de communiquer avec eux, et dut pour ce motif s'éloigner de la cour : il nous l'apprend lui-même dans la relation de son ambassade, adressée à Valentinien II ^ Mais ce n'est pas tout : la décision officielle de l'Eglise, exprimée par les deux plus hautes autorités qu'elle reconnaisse, le saint-siège et le concile, vint flétrir tous les adhérents de cette faction, et jusqu'à ce nouvel archevêque, Félix, qui n'avait que le tort d'avoir été consacré par elle. Rejetés de la communion catholique, ils ne purent y rentrer qu'en se séparant ouvertement de ces prélats indignes, c'est-à-dire en faisant ce qu'avait fait saint Martin : des lettres du pape Sirice et les canons du concile de Turin stipulèrent cette condition essentielle ^ Imagine-

1 Gesla Treverorum, dans Pertz, VIII, lo5. = Ambr., op. 50. Cf. Paulin, Vita S. Ambrosii , n» 19. = ^ Illud prxterea decrevit sancla synodus ut, quoniam legalos episcopi Galliarum qui Felici communicant deslinarunt , si qui ab ejus communione se voluerint sequeslrarc , in nostrse pacis consortium suscipianlur, juxla lileras venerabiUs memoriw Ambrosii episcopi ud Romanx

Page 1