‹ Saint MartinChapitre 133 sur 317 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

rapporte que, depuis quelque temps, un bourg de ces parages était dévasté chaque année jaar une grêle terrible. Les habitants, désespérés, prirent enfin le parti de recourir au puissant thaumaturge, et lui envoyèrent en ambassade, sans doute au moment de son passage dans le pays, l'ancien préfet Auspicius, une des principales victimes du fléau. Martin, avec sa condescendance habituelle, se rendit à leurs vœux : il vint, il pria, et la grêle disparut de leur territoire pour ne plus y reparaître que Tannée de sa mort, comme si le ciel eût voulu montrer que c'était bien à son intervention et à sa présence sur la terre qu'ils devaient le salut de leurs récoltes. « Et si l'on me demande des preuves de ce fait merveilleux, ajoute l'historien, j'invoquerai le témoignage du Sénonais tout entier'. » Cette région entendit donc certainement la parole féconde du bienheureux pontife.

En se rendant de Poitiers aux Alpes afin d'aller revoir sa famille, alors qu'il n'était encore que le clerc de saint Hilaire, Martin avait déjà dii traverser la Bourgogne. C'est aussi à cette époque, et non, comme le veulent quelques auteurs, dans un de ses voyages à Trêves, qu'il eut l'occasion d'évangéliser cette partie de l'antique Séquanie qui a formé plus tard la Franche- Comté. Toutefois, ici encore, ses stations ne sont désignées que par les traditions locales. Il paraît s'être quelque peu détourné de sa ligne directe pour gravir le mont Roland, près de Dôle, soit dans le but d'aller prier dans un sanctuaire vénéré, qui s'élevait dès lors sur la cime de cette montagne, soit avec la pensée de balayer encore quelques-uns de ces vieux vestiges du paganisme, si fréquents sur les hauteurs. C'est du moins l'opinion accréditée dans le pays et consignée dans certains écrits d'un âge assez récent, comme les mémoires sur la ville de Dùle, composés au xvi*^ siècle par Louis Golut, maire et jurisconsulte , lequel se fondait, paraît-il, sur plu-

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sieurs titres du prieuré de Jouhe, aujourd'hui disparus. Martin passait de plus pour avoir consacré un autel au même lieu : or, précisément dans un ancien autel de l'église du mont Roland, détruit au moment de la guerre des Espagnols, en 1646, on a trouvé une bandelette de parchemin contenant ces mots : Martinus episcopus me consecravit. Il y a donc lieu de croire tout au moins à l'antiquité de la tradition'. Du reste, Févêque de Tours a été de tout temps honoré par la Franche- Comté comme un des apôtres de la Séquanie, avec saint Lin, saint Ferréol et saint Ferjeux. Là encore nous retrouvons à chaque pas des églises et des fontaines portant son nom

De cette province, Martin gagna probablement la Sapaudia, qui comprenait une bonne poi'tion de la Suisse française, et de là, comme nous l'avons vu plus haut, Tiin des passages du Saint-Bernard; car le chemin du Saint-( Inlliard , par oîi certaines légendes le font passer, no fut prati(pie que vers le xn'^ siècle. Plusieurs historiens anciens lui attribuent révangélisation des cantons d'Uri, de Schwitz et d'Unterwald. Son culte est demeuré très populaire dans toute cette région, et une inscription du vi*^ siècle nous le montre établi à cette époque au fond de l'Argovie^ A la rigueur, il peut avoir poussé jusqu'au centre de l'Helvétie en se rendant en Italie ou en en revenant. Toutefois nous ne sommes pas en état de l'affirmer, et la marque de ses pas offre beaucoup moins de consistance dans ces montagnes reculées que dans le Valais et la Tarentaise, ofi j'ai déjà eu l'occasion de la signaler. En tout cas, l'on peut dire d'une manière générale qu'il a prêché la foi en Suisse, et le peu que nous savons sur l'état de ce pays au iv'' siècle nous

' Communication du P. Biron. Cl', la Notice Insloriqtic sur le jiclerinage de N.-D. du mont Roland, Dôle, 18S8, p. 8-11, = 2 Cuiiiinuniraiion (1(3 M. le curé de Moncey (Doubs). = ^ Communication du P. Meir, Idlilndliu. miiv de Pabbaye d'Einsiedeln. Cf. Hartmaii, Comment, rer. Helvel., ms. 'liO d'Ilinj^icdeln , p. 12. Fassbind, Hist. du canton de Schwitz-, 1, 16.

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