CHAPITRE V
au sud de Tours. Le Poitou, notamment, fut sillonné par lui, mais surtout à répoquc où il n'était encore que le moine de Ligugé. Dans le cours de son épiscopat, il ne dut le traverser que pour se rendre au concile de Bordeaux, et c'est à ce voyage qu'il faut aussi rattacher son apparition dans le pays de Saintes, mentionnée par Grégoire'. La voie romaine qui conduisait de Tours à Poitiers faisait un détour par Loches et Ligueil - : elle touchait , entre autres, le territoire des Ormes (autrefois les Ormes- Saint-Martin) et celui de Cenon, deux paroisses dédiées au bienheureux pontife. Celle qui continuait de Poitiers à Saintes effleurait Vivonne , Couhé, Vançais, Sepvret : tous ces villages sont également placés sous son patronage. Il y a donc lieu de penser que ces différentes localités ont entendu sa prédication, comme l'a déjà fait remarquer dom Chamard ^ Un peu à droite de la seconde voie, on laissait la ville de Melle, déjà connue par son atelier monétaire. Peut-être le saint missionnaire se dérangea-t-il de sa ligne directe pour aller la visiter, car on trouve autour d'elle un groupe de noms de lieu ou de vocables d'églises assez significatif: l'Enclave-de-la-Martinière, Saint-Martin-lez- Melle, Saint- Martin de Montigné, Saint-Martin de Paizayle-Chapt, Saint- Martin de Thorigné, Saint-Martin d'Entraigues. Mais c'est à peu près tout ce que l'on peut accorder sans scrupule au savant bénédictin. Lorsque, poussant jusqu'au bout les conséquences d'un système trop absolu, il croit reconnaître la trace positive du fondateur de Ligugé dans toutes les paroisses du Poitou qui l'honorent comme patron ou qui possèdent une fontaine portant son nom, par exemple à Anché , à Joussé , à Brion , à Usson , à Saint- Martin-l'Ars , à Bignoux, à Lavoux, à Pouillé, etc. etc.'',
' Virt. S. Mari., IV, 31. D. Chamard la i)lace cependant à Tépoque où il liabitail, Ligugé. = 2 Bibl. de l'Éc. des chartes, an. 1863, p. 419. = 3 S. Martin et Ligugé, p. 53. — i Ibid., 66, 57. Cf. VHisl. ecclés. du Poitou, par le même, p. 344 et suiv.
il est vraiment difficile de le suivre aussi loin. Sans doute, la plus grande partie de cette province, et surtout les environs de Ligugé, retentirent de la parole de l'apôtre; sans doute, une quantité de lieux conservèrent de précieux souvenirs de son passage. Mais vouloir désigner, sur la foi d'un vocable ou d'une légende, tous ceux où il gagna quelques âmes à Dieu, lorsque nul indice plus i)récis ne nous y autorise, c'est, il me semble, forcer quelque peu le sens et la portée du canon de Garthage qui sert de base à cet ingénieux système.
Un ensemble assez imposant de traditions locales fait venir saint Martin jusque dans le bas Poitou (Vendée) et dans les îles voisines. Le bourg de Ghaix, près du Pèlerin, et plusieurs paroisses des environs ont gardé religieusement sa mémoire. Vers l'autre extrémité de cette région, au Guéde-Velluire, à la Pommeraie, à Saint-Martin-de-Fraigneau , à Saint-Martin-Lars en Sainte-Hermine, au Bernard, etc., son culte s'est également perpétué, et presque toujours à côté de ruines gallo-romaines, de débris celtiques, de voies anciennes'. Gette curieuse coïncidence, fréquente partout, est ici très accusée. On n'en peut, sans doute, rien tirer d'absolument certain. Il ne faut cependant pas oublier que, si la Vendée ne se trouva point, comme le haut Poitou, sur le passage du bienheureux pontife dans un des voyages authentiques mentionnés par ses historiens, son long séjour à Ligugé, la grande étendue de l'ancien diocèse de Poitiers, où il prêcha d'abord la foi sous la direction de saint Ililaire, et qui allait jusqu'à l'Océan, prêtent une certaine force aux traditions répandues dans tous ces parages. Ge qui pourrait plutôt leur enlever de l'autorité, c'est que l'on se heurte, pour le territoire vendéen, contre un écucil semblable à celui que nous avons rencontré dans le diocèse de Liège. Un homonyme de l'évêque de Tours, saint Martin de Vertou, a évangélisé de nouveau, au vi° siècle, cette contrée
' Cummunications de dom F. Ph.ine et de M. l'abbé Baudry.