‹ Saint MartinChapitre 136 sur 317 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

célèbre, aussi obstinée jadis dans les superstitions païennes qu'elle a été fidèle depuis aux croyances catholiques. Il a laissé, lui aussi, des traces de son apostolat, et, par la suite, il a été plus d'une fois confondu avec son devancier; certaines églises rattachent même leur origine à un saint Martin , sans trop savoir lequel des deux elles doivent honorer comme leur fondateur. Il me semble toutefois que la confusion a dû se faire plus souvent au profit de l'abbé de Vertou qu'à son préjudice. C'est, en effet, ce qui a eu lieu dans le domaine de l'histoire ou de la légende. Par exemple, un religieux de son monastère n'a pas hésité à lui attribuer, dans sa biographie, un pèlerinage à Rome en compagnie de saint Maximin, pèlerinage effectué, en réalité, par notre saint Martin'. En faisant honneur à son personnage de ce qui ne lui appartenait pas, cet auteur a pu être de bonne foi; mais il n'a pas prévu qu'il viendrait un jour des critiques fâcheux , qui se demanderaient comment un prêtre poitevin du vi'' siècle a pu voyager avec un évêque de Trêves du iv% et rendraient impitoyablement à César ce qui est à César. Un autre ancien hagiographe conduit, par le même procédé, saint Martin de Vertou dans les gorges des Alpes et dans mille pays différents ; il vante la dévotion que le monde entier professe pour sa mémoire, et cite, parmi les peuples qui le vénèrent le plus, les Allemands, les Espagnols, les Français, les Écossais, les Anglais, les Bourguignons. Malheureusement pour lui, le plagiat ou la méprise est ici de toute évidence : ces peuples sont justement ceux qui rendaient un culte particulier à notre illustre pontife, et lui seul a joui d'une notoriété aussi universelle, tandis ({ue la renommée de son homonyme n'a guère dû dépasser les limites de sa province -. L'historien de saint Vivence

1 V. Acla SS. oct., X, 811. = - V. ibid., 804. La confusion est encore plus visible quand on étudie de près la légende de S. Martin de Vertou : on y retrouve les fontaines surgissant miraculeusement, le bâton qui reverdit, et d'autres détails tirés de la légende de S. Martin de Tours.

raconte à son tour que son héros, mort vers l'an 400, rencontra dans le pays d'Herbauges saint Martin de Vertou, demeura deux mois avec lui et vint ensuite trouver saint Hilaire de Poitiers, revenu depuis peu de son exil : encore une confusion manifeste, puisque l'abbé de Vertou n'a pu être contemporain ni de Vivence ni d'Hilaire^ Ainsi, au lieu d'enlever à cet apôtre local pour donner à l'apôtre des Gaules, on faisait plutôt l'inverse. Le souvenir du saint le plus ancien se trouvant éclipsé chez les fidèles par le souvenir du plus récent, ils étaient naturellement portés à prêter au second une partie des faits et gestes du premier. Un savant ecclésiastique du siècle dernier, qui a eu l'occasion d'effleurer la question dans un mémoire édité depuis par M. Benjamin Fillon, est arrivé à peu près à la même conclusion : après avoir signalé l'incertitude qui règne sur le véritable patron des églises de Vendée consacrées à saint Martin, il déclare tenir, par prudence, pour l'évêque de Tours ^ Cette opinion est, du reste, beaucoup plus conforme aux traditions du littoral bas-poitevin, qui, dans le récit de la conversion des anciens habitants, associent au nom de Martin ceux d'ililaire et d'Ambroise, c'est-à-dire de l'illustre maître de notre saint missionnaire et d'un de ses disciples. Elle s'accorde aussi beaucoup mieux avec les découvertes archéologiques : une lampe en terre cuite de la fin du iv° siècle ou du commencement du v% trouvée à Rézé (Loire-Inférieure), atteste, en effet, par sa décoration que le christianisme n'a nullement attendu l'époque de Martin de Vertou pour fleurir dans les campagnes vendéennes ^ Et précisément l'ancienne cité de Rézé était le chef-lieu du pagus Racialensi^ (pays de Rais), habité par cet abbé; elle était peu éloignée de son monastère : de sorte que,

' Acla SS. jan., I, 807. D'autres écrivains ont mrlé l'histoire de ce saint à celle de S. Martin de Saintes ou de S. Martin do Dume. — 2 Mémoire sur l'ancienne configuration du littoral bas-poitevin , |iar C. L. Joussemet , Niort , 1876, p. 14 et suiv. - 3 V. rinti'odnction jointe au même mémoire par M. Fillon, p. ix.

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