‹ Saint MartinChapitre 159 sur 317 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Bénigne, Béat, Spain, Marcellien , Messarius, Genitor, Principin, Tridorius; il les aurait baptisés, instruits, et tous, sommés par le roi de leur pays d'abjurer la foi catholique, auraient péri par son ordre : quelques-uns d'entre eux sont même vénérés comme saints dans la Touraine et le Berry. Aucune couronne ne devait manquer à notre glorieux apôtre; celles qu'il ne remporta point par lui-même durant sa vie terrestre, il les remporta par ses disciples, qui étaient euxmêmes son œuvre, et une de ses œuvres favorites'.

Mais ne peut-on pas dire d'une manière générale, et cependant avec autant de vérité , que tous les hommes de foi et de dévouement qui travaillèrent après lui à établir dans les Gaules l'unité de religion, un seul pasteur et un seul bercail, à civiliser et à fusionner dans le creuset du christianisme les éléments disparates appelés à former la nation française, ont été ses continuateurs? que ceux qui ont dépensé leur sang ou leurs forces à dompter les envahisseurs barbares, dernière réserve du paganisme , les saint Remi , les saint Vaast, les saint Éleuthère, les saint Avite, les saint Colomban, les saint Riquier, les saint Valéry, les saint Germain, les saint Aignan, les saint Loup, l'ont eu pour père et pour initiateur? que tous ceux, en un mot, qui ont contril)ué à fonder la France catholique, cette grande et magnifique institution du suprême organisateur des sociétés humaines, procèdent directement de lui? C'est là, en effet, son œuvre capitale, celle qui surpasse toutes les autres par la puissance de la conception et l'importance des résultats. Et n'aurait-il pas soupçonné l'immense portée de sa mission, il n'aurait pas moins la gloire d'avoir

• Pour ce qui regarde les disciples de S. Martin , voyez principalement Sulpice, Dial. II , l'I ; III , 1 , 3 , 15. Grég., Glor. Conf., 22, S7, et Vila S. Maurilii. Acta SS.jan., II, 417; mari., 11,519 etsuiv.; maii, VII , 22; .scp<., 1 , 220; IV, 65; V, 146; VI,412et suiv.; oc/., IV, 1003; IX, 338; XI, S79; XII, 701. Martène, Hist. de Marmoutier, 1 , 61 et suiv. D. Piolin, Hisl. de l'Église du Mans, I, 69, 75, 85, 91, etc. D. Chamard, S. Mavlin cl Ligug'^ , p. 00-69. O'Conor, Rcr. Hibern. script., 11 , 83. Cusack , Life of S. Patrick , p. 141 et suiv., etc.

été le principal et le plus actil' des coopérateurs choisis par la Providence pour l'exécution de ses mystérieux desseins sur notre patrie. Il s'est donc survécu également, il se survit encore dans la France.

Que dis-je? avait-il besoin de se survivre? Était-il perdu pour son pays, pour l'univers chrétien? Non, au contraire; son dernier soupir lui ouvrait sur la terre une existence nouvelle, existence longue, agitée, glorieuse, qui remplit notre histoire tout entière. L'homme disparaissait, et le grand protecteui' de la nation française, son bienfaiteur, son palladium, surgissait dans tout son éclat. 11 mourait, et il commençait à vivre.

C'est cette vie posthume qui va maintenant se dérouler sous nos yeux.

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