CHAPITRE V
oncle Evantius. C'est Refrigeriiis , appelé très saint prêtre, et toute cette pléiade de religieux que l'auteur des Dialognes fait figurer dans son auditoire : Evagrius, Aper, Sabbatius, Agricola, ^Etherius, Calupion, Amator, Saturnin, le diacre Aurelius, dans le sein duquel Sulpice épancha sa douleur à la mort de leur père commun. C'est Clair, le chef de la petite succursale de Marmoutier, qui porta en Aquitaine la règle et les vertus de ses frères. C'est Martin, abbé de Saintes, fondateur du monastère de Saujon ; un autre Martin, abbé de Brive-la-Gaillarde; Savin, qui se créa une solitude en Poitou; Félix de Smarves, Macaire des Mauges, ermites du même pays; Florent de Montglonne, venu, dit-on, de Milan pour vivre sous la direction de l'évêque de Tours dans une caverne voisine de Saumur, et célèbre pour avoir délivré la contrée d'une infinité de serpents. C'est Maxime, abbé de Chinon, qui introduisit à l'Ile-Barbe la discipline de saint Martin et qui était le frère de son compagnon de pèlerinage, saint Maximin de Trêves. C'est Caton, l'économe et l'habile pêcheur, transformé, lui aussi, par son supérieur en pécheur d'hommes. C'est Victor, l'ancien soldat, qui fut envoyé à saint Paulin de Noie comme un cuisinier précieux pour un monastère : il savait l'art de préparer les légumes sans poivre et sans aucun assaisonnement agréable ! Et Paulin lui-même n'était-il pas une des plus belles conquêtes que le monachisme eût faites par l'entremise de Martin? Et ce grand écrivain, dont le nom revient si souvent sous ma plume, le Salluste chrétien, comme on Fa si justement surnommé, ne s'efforcera- 1- il pas de prendre son héros pour modèle dans sa solitude d'Aquitaine? N'était-il pas venu recueillir ses enseignements à Tours? Tous ceux-là, on n'en peut douter, perpétuèrent les traditions du maître , les propagèrent, et par eux la première phalange des moines gallo-romains se trouve reliée à la grande armée de saint Benoît. Les autres poursuivirent l'œuvre épiscopale de
Martin, soit dans son diocèse, soit ailleurs. Brice, après l'avoir tant tourmenté, fit pénitence dans une grotte austère, voisine de la sienne, et, à son exemple, il multiplia les paroisses rurales en Touraine. Maurille, sacré par lui à Angers ; Rainon , évêque de la même ville ; Victor et son fils Victorius, tous deux évêques du Mans, avaient appris à son école à diriger une Église, à faire prospérer la vigne du Seigneur. Martin de Lyon, Lazare d'Aix, Héros d'Arles, Corentin de Quimper, Gaudence de Novare passent également pour avoir été ses disciples : son monastère était la grande pépinière de l'épiscopat, et il en conserva la réputation pendant fort longtemps. Les églises paroissiales lui durent aussi des administrateurs vertueux et capables : Demetrius, son ancien compagnon d'armes, fut appelé à régir celle de la Fontaine-Saint-Martin; Lubentius, son fils spirituel, celle de Coverna, près de Coblentz. Que de noms oubliés pourraient grossir cette listel Enfin la mission de l'apôtre fut continuée glorieusement, et par Maurille, déjà nommé, qui détruisit les idoles et les temples demeurés debout dans son diocèse, en les remplaçant, lui aussi, par des sanctuaires du vrai Dieu; et par Romain, le missionnaire du Bordelais, qui eut le bonheur de recevoir la sépulture des mains de son maître; et par le fameux évangélisateur de l'Irlande, saint Patrice, qui vint chercher le feu sacré à Marmouticr, oi^i toute une colonie de moines irlandais le suivit sous l'abbé Gualbert et ses premiers successeurs; et par Ninien, qui alla prêclier la foi aux Ecossais; et par tant d'autres, qui avaient puisé dans son grand cœur le zèle des âmes. Un seul mot sufflt à montrer avec quelle fidélité tous ces élèves suivirent sa trace : la grande majorité, sinon la totalité, a mérité comme lui d'être honorée d'un culte. 11 s'est même trouvé, dans le nombre, plus d'un martyr. Si la légende de sainte Maura est authentique, cette pieuse femme, appartenant à la nation des Visigoths, lui aurait amené ses neuf fils, appelés Loup,