‹ Saint MartinChapitre 181 sur 317 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

que cet usage était alors une nouveauté'. Souvent ils lui faisaient hommage de leur personne même. Des objets de toute espèce lui étaient également présentés ; car c'est au seigneur Martin personnellement, à sa châsse ou à son tombeau, qu'étaient offerts la plupart des cadeaux destinés à embellir son église, comme la maiznifique chasuble tissée d'or donnée par la reine Adélaïde, femme de Hugues Capet, ornée des images du Pontife éternel, des Chérubins, des Séraphins, de l'Agneau divin et des quatre animaux prosternés devant lui, et les trois chapes brodées d'or et d'argent provenant de la même princesse - , et les ornements sacerdotaux apportés de Provence par le bon René d'Anjou, les plus riches qu'il y eût dans tout le royaume ^ et le relief en orfèvrerie du château du Piessis, et celui de la forteresse de la Guierche, témoignages de la reconnaissance de Louis XI , et la statue d'argent de ce monarque, et le fameux treillis de même métal dCi à sa générosité, et les douze cents écus d'or envoyés par lui après la victoire remportée par ses troupes à Perpignan , et les cierges et les lampes entretenus perpétuellement par

1 NFabille, Pancarte noire , n» 37. Cf. Labbe, DM., p. 419. = 2 Helgaud, dans D. Bouquet, X, 104. = ^ Voici ce que le chapitre écrivait au roi René à propos lie ces ornements : <i Très excellent, très hault, très puissant prince, et nouslre très redoubté seigneur, nous nous recommandons très et si humblement que plus povons à voustre bonne grâce, en vous remerciant très humblement des grâces, faveurs et biens que avez faiz et faites chascun jour à ceste voustre église et à nous, vos chappellains d'icelle. Et vous plaise savoir que nous avons sceu de naguères que avez fait apporter de voustre pays de Provence les aournemens et vestemens d'église pour lesquelsx de voustre libéralité parlastes aulresfois bien favorablement ausdits vos chappellains, pour la dévotion que vous avez tousjours eiie audit glorieux saint monseigneur saint Martin; et, comme nous a esté dit, ils sont les plus beaulx et riches qui soient en ce royaume, et n'en y a aucuns pareils. Par quoy de plus en plus cognoissons évidentement le bon vouloir, affection et dévotion que avez eus de tous temps au corps monseigneur saint Martin, noustre glorieux patron, et à la dite église. Et pour ce, nous vous suplions très humblement que, en continuant voustre bon vouloir et plaisir, vueillez avoir les affaires de l'église tousjours en toute faveur et recommendalion , » etc. (Lettre originale conservée à la Bibl. nat. dans les mss. de Baluze, vol. LXXVI, f» 127.)

les fidèles '. Toutes ces oirraudes faisaient de la demeure du saint un palais brillant. Les présents en nature ou en espèces, nombreux aussi, recevaient une destination soigneusement réglée à l avancc. Un diplôme de Louis le Débonnaii'e en attribuait la tierce part à Tentretien des moines de Saint-Martin, défalcation faite des ornements, de la cire, de l'huile qui pouvaient servir à la décoration du temple , et Charles le Chauve renouvela cette sage disposition-. Au XY" siècle, les hauts dignitaires du chapitre s'en partagèrent la principale portion; les oblations d'or, d'argent et de cire faites à la châsse du corps appartinrent au trésorier, au chambrier et au chevecier, excepté les espèces monnayées données pour être attachées à cette châsse et les cierges destinés à brûler devant ; les oblations faites au reliquaire du chef appartinrent moitié aux mêmes, moitié à la fabrique ^ La part des pauvres se trouva ainsi réduite au profit des chanoines, chez qui le désintéressement diminuait à mesure que leur richesse augmentait.

Enfin d'autres pieuses habitudes, longtemps observées, se rattachent également à la vénération profonde et à la déférence universelle professées envers le tombeau de saint Martin. L'abbé de Cormery, par exemple, venait y prendre le bâton abbatial aussitôt après son élection, et on le rapportait à sa mort, afin que son successeur tînt sa dignité pastorale du fondateur de nos premiers monastères ^ Un usage encore plus touchant voulait que tous les époux mariés à Tours se présentassent, le lendemain de leur mariage, à celui qui avait si bien parlé de la chasteté conjugale : ils étaient admis à baiser ses reliques, faveur réservée aux plus hauts personnages, et ils emportaient pré-

1 Regislres capit., mss. de Baluze, LX.WTI, 372, 374. Ms. 128'. de la bibl. de Tours, f» 60. Archives d'Indre-et-Loire, G 521. Dom Housseau , n" 'ilOfi. Gcrvaiso, p. 425. De Laborde, Renaissance des arts, I, o8, etc. = 2 D. Bouquet, VI, .582; VIII, 453. = a Archives d'Indre-et-Loire, G 421. = " iVIartène, Anliq. mon. ril., col. 622.

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