CHAPITRE VI
du Heuve un peu au-dessous do la cilé, et là le corps, arrivé le 0 novembre au soir% fut déposé provisoirement, pendant les préparatifs de ses funérailles solennelles, qui n'eurent lieu que le surlendemain. Une chapelle fut érigée à l'endroit môme de ce séjour momentané; elle a conservé très longtemps le nom de Station de saint Martin, et les pèlerins la visitaient encore au siècle dernier-. Le 11, le grand évoque fut porté, avec toute la pompe décrite plus haut, en terre chrétienne, dans un des cimetières publics situés hors des remparts''. Ce n'est pas qu'il n'eût tous les droits possibles à reposer au milieu de sa cité, sous le toit de cette église métropolitaine qu'il avait rendue à jamais célèbre. Le temps n'était plus où les rigueurs de la loi romaine et de la persécution religieuse faisaient enterrer les pontifes dans le champ commun, où leur tombe, envahie par les ronces ou la vigne, disparaissait bientôt, entraînant avec elle dans l'oubli le nom qu'elle portait''. La mesure qui interdisait de donner la sépulture dans l'intérieur des villes commençait déjà à tomber en d(''suétude, au moins pour ces hauts personnages , puisque IMartin lui-même avait rapporté dans sa cathédrale les ossements de saint Catien et que saint Lidoire y avait été directement ensevelit Mais, s'il faut en croire la lettre écrite par les chanoines de Tours à l'archevêque de Cologne en 1180,
1 s. Marlin était mort au milieu de la nuit du dimanche, c'est-à-dire la nuit du samedi 7 au dimanche 8, la journée commençant autrefois le soir. Les Tourangeaux el les Poitevins s'étaient disputé le corps ce même dimanche, et l'avaient l'ait garder par leurs délégués respectifs la niiil suivante. I,rs premiers l'avaient enlevé à l'aurore , et, par conséquent, étairnl Cimli's le matin
du lundi 9. = ^ Grég., éd. Ruinart, II, 14, note. Celle rl,,i|H l|.' rxislc encore dans la rue du Pelit-Saint-Marlin, nom qu'elle a porté ensuile, cl sert actuellement de magasin. = ^ In polyandro publico, dit Alcuin [Vila S. Mari. ), reproduit par la grande chronique de Tours et par celle de Pierre Béchin. Mais ni Sulpice Sévère ni Grégoire ne parlent de l'ancien cimetière des chrétiens, comme Mahille l'écrit par erreur [Dibl. de l'École des Charles, an. 1864, p. 349). = i V. l'his- Inirc (le ri. Ursin, premier évêque de Bourges, dans Grégoire, Glor. Conf., 80. = s \". 1». 226.
le bienheureux apôtre avait choisi par humilité le lieu de son repos dans le cimetière des pauvres'.
Où se trouvait au juste ce cimetière? Faut- il, a¥ec Mabille -, le placer près du monastère de Saint -Médard, qui s'élevait en face de l'église actuelle de Notre- Damela-Riche, c'est-à-dire à plus de douze cents mètres de l'ancienne cité? Non, car, si telle était effectivement la situation du cimetière primitif des chrétiens au temps des persécutions, il est naturel de penser qu'après le triomphe de leur religion ils en avaient établi un autre beaucoup plus près des remparts, dans un endroit plus commode, et Mabille lui - même est forcé de reconnaître qu'ils en possédaient plusieurs ^ Il me paraît hors de doute que ce lieu sacré, où le corps de saint Martin fut pour la première fois confié à la terre, n'est autre que celui où se sont élevés depuis son tombeau , sa basilique , celui où les pèlerins vont encore se prosterner, et qui était alors à cinq cent cinquante pas seulement des murs de la ville. Cette opinion contredisant quelques idées reçues, je dois la justifier. Aucun texte n'indique que le tombeau du glorieux apôtre ait été déplacé ultérieurement. Le témoignage de Grégoire de Tours, le seul que l'on puisse invoquer jtour les temps anciens, nous apprend, au contraire, qu'il ne le fut pas, et, en effet, l'extrême vénération inspirée par ce monument imposait à toutes les générations le devoir d'en garder l'emplacement primitif. Le chroniqueur dit positivement qu'à son retour de Candes le corps fut enseveli au lieu où on le vénérait encore de son temps ^ Il nous affirme ailleurs que. lorsque saint Brice, le successeur immédiat de saint Martin, fit bûtir une petite basilique en son honneur, il l'érigea « sur son corps »; le contexte ne
1 Publicnm pobjandrum in tisu pauperum ante concessum paitper elegil, Ms. 89'i0 de la bilil. de Bruxelles. = 2 Vol. cité, p. 323 et suiv. = 3 Ibid., p. 3-'i9. = • De qao vico navigio suhlatus Turonis est sepuUus , in loco quo nunc adoralur sepukriDii cjus. [Hist., X , 31.)