‹ Saint MartinChapitre 185 sur 317 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

permet pas de supposer un déplacement'. Et quand, un demi-siècle après, l'évêque saint Perpet ou Perpétue construisit un sanctuaire plus vaste, que fît-il? Il « ôta », pour employer l'expression dont Grégoire se sert à deux reprises, l'édifice de Brice, et mit à sa place une grande église ^ De plus, ne voulant pas détruire la voûte de bois qui recouvrait la première, il l'employa dans un autre temple, qu'il éleva en l'honneur de saint Pierre et de saint PauP. Quel indice plus formel? L'historien ajoute, il est vrai, qu'il transféra la relique sainte dans l'abside de la nouvelle basilique ^; mais cela veut dire simplement qu'il l'avait, comme fit plus tard le trésorier Hervé, déposée dans un autre lieu pendant la durée des travaux, qui demandèrent un certain nombre d'années, et qu'il la rapporta lorsqu'ils furent terminés. Mabille se fonde, pour avancer que la construction de Brice était située à une certaine distance de celle de Perpétue , qu'elle subsista même fort longtemps concurremment avec elle, sur un passage de la grande chronique de Tours, disant qu'on distinguait au moyen âge, dans le cloître attenant à l'église, par conséquent en dehors d'elle, quelques fondations se rapportant à la basilique primitive. On pouvait croire, à cette époque, qu'elles s'y rapportaient; mais elles devaient provenir d'un autre édifice, peut-être d'une chapelle provisoire élevée lorsqu'on entre-

' Hic xdificavit basilicam parvulam mpcr corpus bcali Martini. ([Iis(.,X,3l.] Chalmel dit que le corps fut transféré par Brice dans un oratoire de Sainl- Étienne, qui devint ensuite l'oratoire de Saint-Martin. Cette conjecture est gratuite et contredit, d'ailleurs, le fait de la construction de la chapelle primitive par S. Brice. L'historien local est encore plus inconséquent lorsqu'il confond tour à tour la première sépulture du pontife avec la Station de saint Martin et avec le préau renfermé dans le cloître de son monastère. (Ms. cité, p. 11 et suiv.) = 2 Qua submota, marjnam ibi basilicam, qux usque hodie permanet , fabricavit. {llist., II, 14.) Ilic, submota basilica quam prius Driccius episcopus xdificaverat super S. Martinum, œdificavil aliam ampliorem. {Ibid., X, 31.) Et ailleurs encore : Fundamenta templi ampliora quam fuerant super beata membra loc.are disposuit. ( Virt. S. Mari., 1 , 6.) = ^ Grég., Hisl.. II , 14 ; X , 31. = ■*/«. cujus absida beatum corpus ipsius venerabilis sancli transtulit. [Hist., X, 31.)

prit de rebâtir la basilique'. C'est là, en tout cas, une autorité bien insuffisante pour infirmer les textes précis de Grégoire Le même savant allègue encore une charte de 1184 mentionnant le « pré du cloître, où le corps du bienheureux avait reposé quelque temps ». Ces expressions ne se réfèrent pas nécessairement, comme il le croit, à la basilique primitive; elles ne sauraient désigner davantage, comme il l'ajoute, le lieu où le saint fut déposé en arrivant deCandes, car ce lieu était situé, on Ta vu, sur le bord de la Loire : ils font, au contraire, allusion, et une allusion assez claire, au déplacement momentané de ses restes opéré pendant la reconstruction de son église; le préau du cloître était l'endroit le plus convenable pour les recevoir temporairement, parce qu'il était le plus rapproché et qu'il n'était pas un lieu profane. Ainsi donc, le véritable tombeau ne fut changé de place ni par Brice ni par Perpétue ; et à partir de l'épiscopat de ce dernier, il ne put l'être non plus, tout le monde en convient. Les écrivains anciens nous parlent toujours de la sépulture, et nullement des sépultures de saint Martin. Il n'y en eut jamais qu'une, dont la forme seule a varié, et sur laquelle sont venues se superposer successivement plusieurs basiliques; car on élevait les églises pour le tombeau , et non le tombeau pour telle ou telle église.

Le jour où Perpétue voulut remettre le corps à sa place, le sarcophage, enfoncé assez profondément dans la terre, opposa à ceux qui voulaient l'enlever une vive résistance. Tout un jour se passa en efforts inutiles, qui le lendemain n'eurent pas plus de succès. Sur le conseil d'un clerc, on

1 Salmon, Chroniques , p. 70. V. Bourassé et Chevalier, Recherches sur les églises romanes en Touraine , p. 13. Longnon , op. cil., p. 2S5. = 2 Mabille, lac. cit. Cette erreur a déjà été signalée par M. Longnon {op. cil., p. 254). Mon regretté confrère, trompé par le double sens du mol eellula, qui signifiait quelquefois une petite église, a encore confondu avec la basilique de 3. Brice la cellule habitée autrefois par S. Martin et les inscriplions qui s'y rapportent. {V. ci-dessus, p. 209.)

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