CHAPITRE VI
nouveler les tristes scènes des grandes invasions et sévit particulièrement sur les rives de la Loire. De nouveaux barbares, plus terribles que les anciens Germains, car ils ne cherchaient pas un établissement, mais uniquement le pillage, remontèrent ce fleuve et portèrent la désolation jusqu'au cœur du royaume. Les Normands parurent pour la première fois en Touraine dans l'été de 853, brûlèrent le monastère de Saint- Martin avec toutes les églises des environs, et revinrent coup sur coup ravager le pays pendant une période d'une trentaine d'années. Chaque fois, les religieux durent sauver à la hâte leur plus cher trésor, et, à l'exemple de tous ceux qui gardaient dans leur église un dépôt semblable, s'en aller avec lui à travers champs, jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé une région inaccessible aux farouches pirates du Nord. A chaque instant, dans ces jours de deuil, on rencontrait sur les grandes routes de longues fdes de moines émigrants, qui, pareils aux fugitifs d'Ilion, emportaient leurs pénates sur la terre étrangère. On a cru longtemps, sur la foi d'un traité attribué à saint Odon, abbé de Cluny, que le corps de l'apôtre des Gaules n'avait été transféré qu'une seule fois hors de sa province, en 856, et qu'après un séjour de trente et un ans en Bourgogne il avait été ramené d'Auxerre à Toiu^s par Ingelger, comte d'Anjou, et son armée. Mais il a été récemment démontré par Mabille, avec une sûreté de critique et un luxe de détails qui me dispensent de revenir sur la question, que l'on ne pouvait se fier à ce récit, du moins pour la chronologie et les pérégrinations de la précieuse relique'. En 853, le saint, enlevé respectueusement
I f.i'n Invaaions normandes dans la Loire , etc., Bibl. de l'Ecole des chartes, an. IsiV.», 11. 149 et suiv. La base principale sur laquelle Mabille établit les dillereiilc.< lr;iii.-;l,-ilious du rorps S. Martin ne serait peut-être pas très solide si elle ii'i'iiiil i |i;ir iliiiiircs arguments. Elle consiste dans l'absence ou
dans 1,1 |iiv-,'iM (', di s diploinesde l'époque, de la (ovmule in monastcrio
Sanct.i Miiiiiiii, iiln vniéranildsvm ejusdem confessoris corpus rcquiesril , ou de toute autre semblable. Cette pierre de touche peut être bonne en beaucoup
de son tombeau, fut transporté à Cormery, et de là à Orléans. Les Normands s'avaneant sur cette dernière ville, on songea à l'emmener plus loin : un asile fut demandé pour lui à l'abbaye de Ferrières, dans le Gâtinais; mais l'abbé répondit que la situation de son monastère, ouvert de tous côtés, dépourvu de tout moyen de défense, faisait de ce lieu le moins sûr des refuges. Sur ces entrefaites, les Normands se retirèrent, et la ville de Tours put rentrer, dans le cours de l'année suivante, en possession de son palladium. En 856, retour offensif des barbares, qui, plus hardis que dans leurs incursions précédentes, remontent jusqu'à Orléans. Cette fois, le corps est emporté à Léré, villa située auprès de Cosne, sur les bords de la Loire, et qui avait été donnée depuis peu aux clercs de Saint-Martin, pour leur servir de retraite en cas d'invasion. L'année d'après, il revient encore à sa place habituelle, et reste ensuite quelque temps sans être déplacé. Mais, en 862, de vives apprt'liciisions font fuir les religieux de tous les pays environnants, avec leurs reliques. Ceux de Montglonne se réfugient en Berry avec la châsse de saint Florent, ceux de Glanfeuil dans le pays de Séez avec la dépouille de saint Maur, ceux de Saint-Philibert dans un village du Poitou. La maison de Léré reçoit de nouveau son hôte vénérable; et il n'était que temps, car les dévastations recommençaient, et les ruines s'amoncelaient sur les ruines dans les provinces occidentales. Malgré l'énergique résistance de Robert le Fort, les Normands s'avancent plus loin que jamais : ils dépassent Orléans et viennent brûler la célèbre abbaye de Fleury, à sept lieues en amont de cette ville. L'épouvante se met parmi les Tourangeaux réfugiés à Léré, qui se voient près
de cas. Cependant il existe des diplômes qui , bien fine [lortunt une date où le corps reposait certainement dans son tombeau, par exeriplo celle de831 ou de 844, ne contienneiil .■nininc rminulc d.;. L'ciiir. (\-. D. li-Miqurf , \1,;573; VIIÏ, 452 et
suiv.) Mais d'uulivs r,i|i|.rurlir nis, fl miiIcuI ](-•= iiii|M.>>iliililés, les anachro-
nismesrclcvoi.ar rii.d,dc ,iiii,|uo d,in> \f lr.nl,' De i;,-n;-^tnne, ne laissent pas de doute sur la l'ausselc îles indications do ce dernier et do ceux <jui le reproduisent.