‹ Saint MartinChapitre 195 sur 317 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

d'être atteints clans leur retraite même : ils reculent, en î^G"), jusqu'à Marsat, en Auvergne, oîi ils possédaient une autre villa, traînant toujours avec eux leur précieux fardeau. Mais ce nouvel abri est incommode, éloigné : ils songent à s'en créer un autre, plus à leur portée, dans la pensée de s'y établir pour longtemps, pour toujours peutêtre; car qui sait quand finira la série de ces désastres périodiques? Dans ce but, ils se font donner par Charles le Chauve, en 867, la celle de Chablis avec l'église Saint- Loup, dans le Tonnerrois, et commencent immédiatement à y construire un monastère. L'année suivante, nouvelle alerte : les Normands reparaissent à Orléans. Les travaux sont interrompus, et l'on reste confiné à Marsat. Mais, en 871, les fortifications de la cité de Tours rendant quelque sécurité aux habitants, ils réclament leur grand saint, qui leur est encore une fois rapporté. On croit qu'une ère de tranquillité va s'ouvrir, que les envahisseurs tant redoutés sont partis pour jamais. Pas du tout : un an ne s'est pas écoulé, que l'arrivée du terrible Hasting, qui pendant treize ans devait étendre ses ravages sur la France, détermine une quatrième émigration. Cette fois, la châsse est emportée à Auxerre, en attendant que les constructions de Chablis soient terminées, et demeure quelques années dans l'église de Saint-Germain^; puis, le nouveau monastère achevé, les religieux l'y amènent, et s'installent là d'une façon presque définitive, comme si, fatigués de ces transbordements perpétuels, ils renonçaient au séjour de Tours et à leur antique établissement. Mais le puissant thaumaturge n'entendait pas que son sanctuaire officiel fût délaissé. En 882, une sanglante défaite infligée aux barbares par les rois Louis et Carloman vient délivrer la Touraine : Hasting s'embarque avec les siens pour aller piller d'autres pays. Cependant les

I V. plus haut , p. 410, On montre encore dans cette église une très ancienne crypte où la tradition veut que le corps de S Martin ait reposé.

moines allendent encore quelque temps : ils ont été tant de fois déçus! Enfin ils se décident, et, le 13 décembre 88S, les allées et venues de leur saint patron se terminent par une rentrée triomphale dans la ville qui pleurait son absence.

La joie des Tourangeaux fut si grande en cette circonstance, qu'ils instituèrent, pour perpétuer le souvenir de l'événement, un anniversaire solennel, célébré dans la suite sous le nom de fête de la Réversion de saint Martin^. Ils ne devaient plus être frustrés du bienfait de sa présence. Pourtant ils n'en avaient pas fini avec les Normands : ils revirent encore, dcu.x ans plus tard, une de ces sinistres flottilles qui apportaient avec elles la mort et l'incendie. Mais ils ne les redoutaient plus autant : leur cité était désormais entourée d'une imposante ceinture de murailles; ils étaient sûrs de pouvoir garder auprès d'eux celui dont la présence faisait leur force et leur prospérité. Ils n'eurent (ju'à le transférer, au moment du péril, de sa basilique dans l'enceinte de leurs remparts, où ils lui donnèrent pour abri l'église appelée depuis Saint-Martin de la Basoche. C'est de là qu'il protégea si efficacement les habitants lorsque deux chefs barbares, nommés par les chroniques locales Baret et Héric, les assiégèrent, en 003, et faillirent enfoncer une des .portes, comme on l'a vu plus haut. Pendant ce temps, les religieux ou plutôt les chanoines de Saint- Martin songeaient à transformer en forteresse leur propre église avec ses dépendances. Aussitôt que les ouvrages défensifs furent terminés, le corps fut rendu à sa sépulture traditionnelle, pour n'en plus sortir de longtemps-. Cette dernière et définitive réintégration n'eut lieu qu'en 919, et, d'après Mabille, elle aurait été aussi l'occasion

' C'est probablement à ce retour définitif que se rattachent les miracles et les autres détails rapportés à l'année 887 jiar le De. Reversione . dont Fauteur n"a évidemment pas inventé tout ce qu'il écrit. Je nie coiileiite de renvoyer, pour l'ensemble de ces faits, au mémoire circonstancié de MaliiUe, loc. cit. = ^ Mabille, ibid.

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