CHAPITRE VII
autels sans que Martin ait été le titulaire de quelques-uns d'entre eux.
El quo Ckrislus habel nomen. Marlinus honorem i.
Avec ceux de Notre-Dame et de saint Pierre, son vocable est celui qui se rencontre le plus souvent dans la nomenclature des paroisses , principalement dans notre pays La France seule (y compris l'Alsace et la Lorraine) en possède actuellement, sous son invocation, trois mille six cent soixantequinze. Son nom a survécu dans celui de quatre cent quatrevingt-cinq bourgs, hameaux ou villages, dont une partie, reconnaissant un autre saint pour patron principal, n'est pas comprise dans le chiffre précédent, et devrait y être ajoutée si l'on voulait avoir le dénombrement total des lieux oîi son souvenir s'est perpétué. Que serait-ce si nous faisions entrer en ligne de compte toutes les chapelles, tous les établissements religieux qui s'élevaient autrefois sur notre sol, et dont la trace s'est conservée dans les cartulaires, dans les répertoires archéologiques ou topographiques'? I)'ai»rès rensend)le des indications qu'il est possible de recueillir, saint Martin avait, même relativement, beaucoup })lus de sanctuaires au moyen âge que de nos jours; plus on remonte vers les origines de notre histoire, plus on le trouve privilégié sous ce rapport.
Le lecteur ne peut donc s'attendre à passer ici en revue tous les monuments de pierre consacrés à la mémoire de l'apôtre des Gaules. Leurs annales formeraient des volumes; une simple énumération serait fastidieuse. Aussi je me bornerai à signaler les plus importants, et à constater successivement la propagation de son culte dans les différentes parties de l'univers. Afin de réparer, dans une certaine mesure, des omissions forcées, je donnerai à la fin de ce volume
1 Fortunat, Vit. S. Mari., in fine. = 2 C'est ce que constatait déjà Odon de Cluiiy, uu du niuiiis l'auteur du sermon qui lui a été attribué sur l'incendie de la biisiliquc ^aint-Marlin. [Bibl. Clun., p. 157 et suiv.)
une liste complète des églises paroissiales de Saint-Martin qui subsistent dans les différents diocèses de France. Mais, avant d'entreprendre une nouvelle excursion hagiographique, il convient de nous arrêter un moment à la basilique vénérable qui fut la mère de toutes ces églises et le temple spécial du bienheureux pontife.
Un premier monument fut élevé, pour abriter son tombeau, par son successeur immédiat, saint Brice. C'était un simple oratoire, aux proportions très exiguës, car Grégoire de Tours le désigne sous le nom de cellula^. Il était couvert d'une voûte en bois, d'un travail élégant, qui fut adaptée ensuite à l'église Saint -Pierre -et -Saint -Paul, et placé, paraît -il, sous l'invocation de saint Étienne, les martyrs seuls ayant primitivement droit au patronat officiel. L'affluence des pèlerins décida l'évêque Perpétue à le remplacer par une véritable basilique, longue de cent soixante pieds, large de soixante et haute de quarante-cinq sous voûte ^ Ce prélat, qui possédait d'immenses propriétés immobilières, dépensa dans cette belle œuvre, (pii fil l'admiration des contemporains, une bonne partie de sa iortune personnelle. Mais la population tourangelle le seconda, de son côté, avec un égal emprcsscnicnt : des groupes de travailleurs volontaires amenoieul juscpi'à destination les lourdes colonnes de marbre^; tels les Chartrains et tant d'autres s'attelaient plus tard aux chariots qui transportaient les matériaux de nos vieilles cathédrales. Il entra cent vingt de ces colonnes dans le nouvel édifice ; Valtarium ou le sanctuaire compta trois portes et trente-deux fenêtres; la nef, cinq portes et vingt fenêtres ^ Les murs furent revêtus de marbres de différentes couleurs; on prodigua les pierres précieuses, les mosaïques, de telle sorte que Sidoine Apollinaire
• Hist., II, \ Cf. X, 31. Grégoire appelle aussi cette chapelle primitive basi Uca, et Gervaise en conclut qu'elle était d'assez gi-amle dimension; mais ce terme s'appliquait, dans les premiers siècles, aux églises de toute espèce. = 2 Grég., ibid. = 3 Grég., Virt. S.Mart., I, 2. = -i Grég., Hisl., II, 14.