CHAPITRE VII
put bientôt comparer le temple de Martin au temple élevé par Salomon, et qu'il passa pour le plus somptueux monument des Gaules'. Commencé vers 465, il fut terminé sept ans plus tard et dédié solennellement le 4 juillet, jour de la fête de la consécration épiscopale du saint, en présence d'une multitude de pontifes, de clercs et de fidèles ^ Ces renseignements sont les seuls que nous tenions de source authentique et à peu près contemporaine. La science archéologique s'en est emparée de nos jours pour essayer de reconstituer le plan de la basilique. MM. Lenormant et Lenoir l'ont d'abord rétabli d'une façon assez étrange : embarrassés du grand nombre de fenêtres attribué par les textes à Valtarium, ils ont imaginé une église semblable à celle du Saint- Sépulcre de Jérusalem, c'est-à-dire composée d'une nef oblongue et d'un vaste sanctuaire circulaire, au lieu de conserver la disposition ordinaire des basiliques romaines, terminées par une abside en hémicycle d'un diamètre égal à la largeur de la nef ^ Ce système les a conduits à prêter au monument deux largeurs différentes, contrairement à l'indication formelle de Grégoire de Tours. Mieux avisé, M. Jules Quicherat a rétabli dans la forme usitée alors en Occident l'édifice de Perpétue, en suivant à la lettre les données du chroniqueur et en s'aidant aussi des lumières fournies par la série des inscriptions de l'ancienne basilique, à la rédaction desquelles concoururent Sidoine, Paulin de Périgueux, Fortunat '*. Sa restitution , chef-d'œuvre de sagacité, représente une église divisée en deux parties, une nef de cent pieds, avec un transept ne débordant pas les bas cotés, et
1 Odon de Cluny , loc. cit. Sidoine, Epist., IV, 18. = 2 Grég., Virt. S. Mari., I, 6. = 3 V. Lenoir, Archil. monasl., I, 223, 384, et l'éd. de Grégoire donnée par Guadetet Taranne, I, 377. = * Bestitution de la basilique de Saint- Mar^tin de Tours, Paris, 1869, in-8". On trouvera dans le même travail le texte et l'emplacement probable de ces inscriptions. Cf. à ce sujet, Ed. Le Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, I, 243 et suiv. , les mss. lat. S32o, SS80, 5583, 5584, 10848 de la Bibl. nal., le ms. 1281 de la bibl. de Tours, le ms. 8940 de la bibl. de Bruxelles, etc.
un sanctuaire mesurant, avec l'abside, soixante pieds, surmonté d'une tour-lanterne et d'un campanile. La difficulté offerte par le nombre des colonnes est résolue par l'introduction de deux étages de portiques dans la nef. Ce plan, aussi ingénieux que vraisemblable, n'a soulevé que des objections insignifiantes, et la critique a dû rendre les armes devant une aussi heureuse alliance de l'imagination et du raisonnement. Sauf la réserve que j'ai cru devoir faire au sujet de la forme du tombeau, l'œuvre de l'éminent archéologue équivaut à une véritable exhumation. Les fouilles opérées depuis semblent elles-mêmes la justifier, si tant il y a que les substructions retrouvées jusqu'à présent offrent quelques vestiges de la construction de saint Perpétue. Les plans de M. Ratel, chez qui cette idée a pris la force d'une conviction, s'éloignent peu, en effet, de celui de M. Quicherat; ils n'en diffèrent que par l'indication de plusieurs arcosolia disposés dans l'épaisseur du mur d'abside, comme à Sainte -Constance de Rome, et dont on a cru reconnaître les traces dans les fondations. Toutefois, même en admettant que ces traces appatiennent à la basilique du v" siècle , on ne saurait demander aux fouilles des renseignements précis et complets sur la forme de l'édifice que le jour oii elles auront été continuées sous les maisons qui recouvrent encore l'emplacement de la nef.
Cette fameuse basilique, à laquelle Sidoine Apollinaire prédisait des destinées éternelles, était cependant réservée à d'étonnantes vicissitudes et à de nombreux désastres. Comme la plupart des églises des temps barbares , elle fut à différentes reprises ravagée par l'incendie, malgré les conditions exceptionnelles de sa structure. Dès 558 , Williachaire, beau-père de Chramnt, qui s'y était réfugié pour échapper à la vengeance du roi Clotaire, y mit le feu. Ce prince la fit réparer l'année suivante, de concert avec l'évêque Euphrone, lui rendit sa beauté première et la