‹ Saint MartinChapitre 241 sur 317 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

monastère, et, d'ailleurs, la tradition, qui a plus d'autorité sur ce point, veut que le second soit le patron véritable. L'ancienne église abbatiale est devenue, en vertu d'un décret du pape Jean XXII, l'église épiscopale : c'est actuellement la seule cathédrale de France placée sous le titre de Saint-Martin

Saint- Martin, de Limoges. Monastère fondé par Alicius, frère de saint Éloi, cl, dit-on, sur l'emplacement de la maison de leurs parents communs; dédié par le second en 647, restauré au xii" siècle par l'évêque llilduin, détruit par les calvinistes, rebâti de nouveau et donné aux feuillants, dont il a conservé le nom jusqu'à la Révolution. Il faut se rappeler que saint Éloi avait décoré le sépulcre de l'évêque de Tours et se monlrail son serviteur fidèle. Peutêtre est-ce par lui, ou en souvenir de lui, que la fontaine située dans le voisinage de l'église, et qui est un but de pèlerinage assez fréquenté, a été surnonunée le tombeau de saint Martin. Nous retrouvons chez les évèques de Limoges l'usage observé par ceux de Chartres et de Nevers, d'aller se préparer à leur consécration solennelle devant l'autel de notre vénéré pontife. Hilduin, le restaurateur de l'abbaye, avait même prescrit à tous ses successeurs d'y venir prier, après leur élection , durant huit jours consécutifs, et d'en sortir montés sur un âne; ingénieuse précaution, ayant pour but de rappeler à l'humilité chrétienne ceux que pouvait en détourner une élévation subite. Un proverbe limousin disait: « Les évêques de Limoges sont reçus à leur naissance par saint Martin, et à leur mort par saint Augustin ^ »

Ligugé. Toute la gloire du premier monastère des Gaules est dans ses origines : le lecteur n'a plus à les apprendre. Après la mort de son fondateur, il entre aussitôt dans une pénombre que viennent seuls traverser les éclairs des grands

1 Gall. christ., 11, 661. Acta SS. srpl., VI, Wi. = Gall. christ., II, 582. Mém. de la Soc. de sphragislique de Paris, an. 1851 , p. 258 et suiv. Communication de M. Leroux, archiviste de la Haute-\'ienne.

orages. Saccagé par les Sarrasins, par les Normands, par les Anglais, achevé par le fléau de la commende, puis par le passage des huguenots, il languit dans un état de dégradation lamentable jusqu'à son annexion au collège des Pères Jésuites de Poitiers, en 1606. L'abbaye était alors réduite au rang de prieuré. Son domaine fut vendu en 1793. L'église, ayant été transformée en paroisse et en salle du conseil municipal , se trouva sauvée par cette profanation : elle lui dut même d'être réparée (chose extraordinaire) en pleine Terreur. Sous la licstauration , elle vit renaître peu à peu le culte de son fondateur et le pèlerinage si fréquenté autrefois. Acheté, en 1852, par M^' Pie et confié par sa haute clairvoyance aux bénédictins de Solesmes, le prieuré de Saint-Martin est aujourd'hui rendu à son antique destination. Le nom de Ligugé est lié désormais à la restauration de l'ordre monastique en France, comme il a été lié primitivement à son introduction sur le sol de la Gaule'.

[{amenés en Poitou par la tournée circulaire que nous avons entreprise dans les pays du centre, nous pouvons partir de là pour en faire une semblable à travers les provinces méridionales. Ici nos stations seront moins nombreuses; non pas que notre grand saint ait eu peu d'autels dans cette partie de la France (il en a eu, au contraire, une quantité dans certains diocèses, comme on peut s'en convaincre par la nomenclature donnée à la fin de ce livre), mais parce que les monuments élevés en son honneur offrent moins de particularités intéressantes à signaler. Ces monuments se présentent surtout, comme il est naturel, dans les villes qui ont joui de sa présence. Mais on va voir qu'il s'en

1 Une monograpliie très intéressante, et plus d'une luis citée dans ce livre, a été publiée par dom Chamard sur Saint Martin et son monastère de Ligugé, Paris-Poitiers, 1873, in-12. Cf. la notice de Msr Cousseau, intitulée Le plus ancien monastère des Guides, dans les Mém. de la Soc. des antiq. de l'Ouest, an. 1839.

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trouve dans beaucoup d'autres localités, et que, par conséquent, son culte s'est établi souvent pour des raisons toutes différentes.

Saint-Martin de Bordeaux. Basilique bâtie par l'évêque saint Léonce, au vi*" siècle, et déjà mentionnée par Grégoire de Tours. Pèlerinage fréquenté de son temps par les habitants de la Biscaye; des miracles s'y opéraient le jour de la fête du saint. Fortunat a vanté dans ses vers la beauté de l'édifice et son admirable site, au sommet d'une colline. On a longtemps ignoré la place qu'il occupait, et M. Longnon lui-même n'avait pu la déterminer. 11 ressort des fouilles pratiquées à Bordeaux, ainsi que des recherches de MM. Léo Drouyn, Braquehaye et d'autres érudits du pays, qu'on doit l'identifier avec l'église Saint- Martin du Mont Judec ou Judaïque, connue sous ce nom durant tout le moyen âge, et située dans l'ancien quartier des Juifs, à l'endroit oii se trouve actuellement un des réservoirs d'eau de la ville (rue Mériadeck). Une coïncidence curieuse me paraît confirmer tout à fait ce résultat : Grégoire raconte qu'un prêtre, voulant aller, un jour, implorer sa guérison à la basilique, fut accosté, au moment d'y entrer, par certain juif qui chercha à l'en détourner en lui disant qu'un mort ne pouvait soulager des vivants. Ce juif devait être un médecin, comme beaucoup de ses congénères, et le Ghetto bordelais devait occuper dès cette époque les alentours de l'église Saint-Martin. Le département de la Gironde est, du reste, particulièrement riche en sanctuaires du même nuui, et la plupart ont été érigés à une date très reculée. Leur origine se lie évidemment aux missions entreprises dans ces parages par l'évêque de Tours et ses disciples, notamment saint I^omain de Blaye. Il est à remarquer qu'ils se trouvent presque tous entourés d'églises consacrées à saint Pierre, plus anciennes encore et situées sur des voies romaines ou sur des chemins de traverse gaulois: il y a là, sans doute, la

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trace d'un double réseau de cliristianisalion qui serait très curieux à étudier '.

Saint-Martin d'Auch. Frondé par Clovis durant son séjour en Aquitaine, s'il faut en croire la tradition recueillie au xiii" siècle dans le Cartulaire noir du chapitre métropolitain d'Auch et dans d'autres documents. Forlunat parle, de son côté, d'une basilique de Saint- Martin bâtie par Faustus, évêque de cette ville, qui assista au concile de Màcon en 58o; il composa même des vers à son sujet. 11 y a tout lieu de croire que ces deux monuments n'en faisaient qu'un : le roi put en jeter les fondements, et le prélat en achever la construction. L'édifice portait, en effet, au moyen âge le titre d'église royale. Ruiné vers 1170 par Bernard, comte d'Armagnac, ainsi que le monastère adjacent, résidence de l'archevêque, il existait cependant encore au xv" siècle, et servait alors de paroisse. Des marbres, des mosaïques, découverts sur son emplacement, attestent sa magnificence primitive. Un moulin voisin a seul conservé le nom du grand apôtre ^

Saint-Martin de Canigou (Pyrénées-Orientales). Abbaye érigée l'an 1001 par Geoffroi, comte de Certaine, lequel y prit l'habit. Curieuse église romane, avec des détails de style vénitien (Orseolo, doge de Venise, fondateur de la basilique de Saint-Marc, se retira dans un monastère voisin, à Saint-Michel de Cuxa). Belles ruines, offrant encore des colonnes monolithes en marbre blanc, r'enflées vers le milieu. Les plans et dessins du monument, publiés plusieurs fois, ont brillé sous une forme nouvelle à l'exposition des monuments historiques faite au palais de l'Industrie en 1876 ^

1 Grég., Virt. s. A/ar/., m, 50; IV, 40,47. Forlunat, coll. Migne, t.LXXXVIIl , col. 69. Communications de M. Léo Drouyn et de M. Gouget, archiviste de la Gironde. = 2 Archives du Gers, G 16 (communication de M. Parfouru, archiviste). Fortunat, ibid., col. 67. D. Bouquet, XII, 389, etc. = i Gall. christ.. VI, 1110. Lenoir, Archit. monast., II, 109, 299. Guénebault, Dict. iconogr., 1, 203. Anthyme Saint-Paul, A travers les monuments historiques, p. 45.

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