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CHAPITRE VII

Saint-Martin de Luxeuil (Ilaute-Saône). Saint Colomban, qui avait visité le tombeau du grand thaumaturge, propagea son culte avec empressement dans toute la Franche- Comté. Partout oîi il établit des monastères, on trouve des églises dédiées à saint Martin. Ses disciples suivirent son exemple : saint Déicolc, notamment, créa sous ce vocable le monastère de Lure, dont il partagea plus tard le patronage avec l'évêque de Tours. A Faucogney, non loin de la grotte oii le fameux moine irlandais fit quelque temps sa demeure , et au-dessus d'Annegray, où il réunit sa première colonie, exista de très bonne heure une paroisse placée sous l'invocation de notre bienheureux, réduite aujourd'hui à l'état de chapelle. A Luxeuil, l'église Saint-Martin était une collégiale dépendant de l'abbaye et distraite par le pape Nicolas V de la juridiction de l'ordinaire. La Révolution l'a détruite. En 1868, on a découvert sur l'emplacement du chevet des sarcophages de grès affectant la forme dite « en caisse de violon » qui caractérise les tombeaux de l'époque mérovingienne : ils renfermaient des ossements d'hommes de haute taille ; les dents avaient conservé tout leur émail et n'offraient aucune carie, ce qui, d'après le témoignage des médecins, prouve qu'elles appartenaient à des personnes se nourrissant exclusivement de végétaux. On en a donc conclu avec assez de raison que cette église avait servi de sépulture à des moines du vii^ ou du vin° siècle ; et ainsi se trouve confirmée par l'archéologie la tradition qui fait remonter son origine jusqu'à saint Colomban

Ainay , Vile-Barbe, Savigny (Rhône). Cette trinité monastique, qui a si longtemps fait la gloire du Lyonnais, est trop connue pour qu'il ne suffise pas de la nommer. Ici encore, l'antiquité de la fondation et le vocable de Saint-Martin vont de compagnie. La noble et insigne basilique d'Ainay remonte par sa crypte au temps de sainte Blandine, qui fut

1 Communirotiun de M. Finot, arcliivislc de In Haute-Saône.

enfermée dans ce lieu souterrain, c'est-à-dire au premier âge du christianisme. Détruite par les invasions barbares, elle fut rebâtie vers la fin du v"" siècle et consacrée alors à révèque de Tours. Quoique réédifiée de nouveau du au xn% elle offre encore un des types les plus curieux et les plus vénérables que la France possède, à tous les points de vue. Le souvenir de son glorieux patron est rappelé principalement par d'anciens bas-reliefs et par les peintures de l'abside, dues à Flandrin. Jusqu'au siècle dernier, elle a vu célébrer sa fête avec une grande solennité. Les nombreux villages portant le nom de Saint-Martin dans le Lyonnais et le Forez dépendaient la plupart de l'abbaye d'Ainay. Celle de l'Ile-Barbe, qui le dispute en ancienneté à Ligugé, fut d'abord dédiée à saint André, et très peu de temps après à saint Martin , dont un disciple du même nom apporta en ce lieu l'esprit et la règle de Marmoutier, et devint plus tard évèque de Lyon. Un autre compagnon de l'illustre pontife, saint Maxime ou Mesme, gouverna les moines de l'Ile-Barbe et passa ensuite à Chinon. Savigny rattache son origine à saint Maur, disciple de saint Benoît. Ce monastère emprunta aussi un directeur à Marmoutier, sous le règne de Lothaire. Comme le précédent, il n'est plus qu'un souvenir

Saint-Martin de Tulle. La tradition locale fait remonter l'établissement de cette abbaye à saint Martin lui-même, qui l'aurait mise d'abord sous l'invocation de saint Michel. Mais son passage dans le Limousin n'est nullement démontré, comme on l'a vu plus haut. Baluze et Mabillon, en critiques prudents, placent cette fondation au vii° siècle, ce qui lui donne déjà un âge fort respectable. Il ne paraît pas que le vocable du monastère soit dû à saint Martin, abbé de Brive : la renommée du disciple n'a jamais égalé celle du maître, même dans la région voisine de son

1 GaU. christ., IV, 221 , 234, 239. Comimnury|i„iis de M. l'abbé Cundc , secrétaire de l'archevêché de Lyon, et de M. X'ingtrinier, directeur de la Revue du Lyonnais.

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