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CHAPITRE VII

Saint-Martin-des-Champs Les papes et les princes comblèrent le prieuré de privilèges précieux : pour donner une idée de leur importance et de leur utilité sociale, il me suffira de rappeler la charte qui confère à tous les serfs de ses domaines le droit de porter témoignage en justice et d'être admis au combat judiciaire contre les hommes libres, charte rendue par Louis le Gros et valant presque une émancipation en niasse. On ne regrette pas, devant ce libéral usage d'une influence prépondérante, de voir les moines de Saint-Martin réunir successivement sous leur dépendance vingt- neuf autres prieurés, trois vigueries, six églises à Paris, vingt-cinq dans le reste du diocèse et trente au dehors ; et devant leurs larges aumônes , leurs actes de miséricordieuse justice, la sainteté de leurs mœurs, pour laquelle ils furent si longtemps connus et recherchés, on ne saurait se plaindre de l'étendue d'une juridiction qui embrassait une partie de la capitale. Réformée à différentes reprises dans les temps modernes, leur maison vit se rétablir la stricte observance de Cluny en 1044. Leur magnifique église, où le bienheureux thaumaturge guérissait autrefois les victimes du feu sacré (à son corps défendant, il est vrai, car il les renvoyait à Notre-Dame, et il fallait lui faire violence), a reçu depuis une destination profane : elle est aujourd'hui une dépendance du Conservatoire des arts et métiers. Mais peut-être doit-elle à cette circonstance même sa conservation. Son sanctuaire du xi" siècle, son chœur d'un goût si pur, quoique un peu plus récent, font, avec le réfectoire

I On a dit à tort que le remplacement des chanoines avait été dicté au roi par leur mauvaise vie. L'abbé Lebeuf a relevé cette erreur, en ajoutant qu'on ignorait le vrai motif de cette action. Une anecdote rapportée par le dominicain Etienne de Bourbon, contemporain de saint Louis, et récemment publiée, explique la chose difleremmenl : les moines auraient été préalablement envoyés par saint Hugues, à l'insu du roi, et celui-ci, les entendant chanter et prier la nuit, les voyant en même temps dans la détresse, les aurait appréciés et dotés après coup. (V. Anecdotes, légendes, apologues tirés d'Étienne de Bourbon, par Lecoy de la Marche, p. 180.)

LES ÉdLISES DÉDIÉES A SAINT MARTIN 557

des moines , radmiratiou des archéologues aussi bien que des simples curieux. Ce précieux monument offre même un intérêt particulier pour l'histoire de l'art français; car, ainsi que l'a observé M. Quicherat, il nous montre nos architectes inventant dès l'an 1067, date authentique de son achèvement, un procédé ingénieux et nouveau pour donner du jour au chevet des églises

Saint- Martin de Vincennes (Seine). Ancienne chapelle du château, bâtie par saint Louis, réunie à la Sainte-Chapelle de Vincennes au xiv^ siècle. On voyait encore dans celle-ci, à droite, un autel de Saint- Martin. Millin fait observer à ce propos que toutes les chapelles des maisons royales étaient autrefois consacrées à ce glorieux patron de la monarchie ^

Saint-Martin de Montmorency (Seine-et-Oise). Eglise du commencement du xvi"" siècle, ayant succédé à une autre du xii% laquelle en avait sans doute remplacé une plus ancienne encore. Collégiale fondée par Matthieu de Montmorency : une des prébendes du chapitre fut érigée en doyenné en 1564, à la demande du connétable Anne. On admirait là, avant la Révolution, les riches sépultures de leur famille et celles de la maison de Condé. Vitraux renommés, attribués à Jean Cousin, et dont l'un reproduit la scène du manteau. Le culte de saint Martin avait sans doute été apporté de Grolay à Montmorency. La seconde de ces localités était, en effet, un démembrement de la première, qui existait bien auparavant et dont l'église est encore dédiée au même saint

1 Archives nat., K 21 et 188, L 250, ii" 66, et LL 1373. J. Tardif, Monum. histoi-., w W et 34R. Grég., Hist., VI, 9, et VllI, 33 (note de Ruinart). Lebeuf, I, 300 et suiv.; Pertz, VI, 382. Gall. christ., VII, 51S. Longnon , up. cit., p. 336, etc. On trouvera des plans ou dessins de Saint-Martindes-Charaps dans Pernot, Le Vieux Paris, pl. Ci; dans V Univers pittoresque de Didol, France, pl. 329; dans Lenoir, Les Moninnciits des arts en France, pl. 32, Archilecture monasti,iiir , i„,ssi,n . et ShilIsUijur inoninnrntair de Paris. p. 12^i-l'i0. = 2 Arrh. liai., I. (V2ll-(;2:i. Milliii, Aiili,/. val.. X, /i7. = :i Arcli. nat., L 337, n- 0. Lel.i'uf, n/,. rii.. 111, 3r,i , 37'i et suiv. ( ;uminunicatioii de M. J. Desnoyers , de l'Institut.

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