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CHAPITRE VU

trouvé récemment un habile historien dans la personne de M. Lepage, archiviste du département de Meurthe-et- Moselle. Dévasté deux fois encore dans les guerres soutenues par la ville de Metz contre les ducs de Lorraine, en 1429 et en 1444, il obtint sa revanche bientôt après. Le duc Nicolas ayant attaqué de nouvèau la puissante cité en arborant le grand étendard lorrain, brodé de soie rouge et représentant saint Martin à cheval, avec différentes devises, on pouvait se demander auquel des deux adversaires le patron des guerriers donnerait l'avantage : l'un marchait sous sa bannière, l'autre l'entourait d'une vénération spéciale dans son antique abbaye. Il couvrit cette dernière de son bouclier, et les Messins eurent gain de cause. Richer, abbé de Saint-Martin devant Metz, a célébré dans un poème inédit la grandeur du pontife et l'éclat de son culte. Une bible fameuse, connue sous le nom de bible de Charles le Chauve, ornée de riches enluminures, fut exécutée dans cette communauté par l'ordre de l'empereur Lothairc, qui s'était fait recevoir au nombre des religieux afin de participer au bénéfice de leurs bonnes œuvres \

Saint-Martin d'Yvoy ou Carignan (Ardennes). Vers le vi° siècle, saint Wulfilaïc ou Walfroi, revenant de Tours avec des reliques du tombeau, érigea cette basilique au sommet d'une montagne, où il se retira lui-même pour extirper de la contrée le culte de Diane , très répandu dans les Ardennes, comme le prouvent d'antiques monuments. Cette église vit s'opérer des miracles, et les accusés y venaient prêter serment pour se purger. Un monastère s'était formé à côté d'elle; mais il a disparu d'assez bonne heure ^

Saint-Martin de Colmar. Les sanctuaires de saint Martin, fort nombreux jadis en Alsace, lui ont été enlevés en par-

' Lepage, l'Abbaye de Sainl- Martin (h;v<iul Mriz. X:incy, 187S, in -8". Digo\,mst. de Lorraine, III, 196. D. Bouqucl , \ ll , 307. Ms. 330 de la l)ibl. de Tours. Communication de M Ch. Abel. = 2 drég., HiM., VIII, lo, 16.

lie, surtout ceux qui dépendaient d'établissements monastiques, par l'influence d'un autre Martin, plus célèbre sous le nom de Luther. Il en a cependant conservé un certain nombre, notamment la belle église des xiii" et xiv^ siècles qui fait l'ornement de la ville de Colmar. Les populations du moyen âge se pressaient dans son enceinte, attirées par le bruit des merveilles qui s'y accomplissaient. Les anciennes monnaies de Colmar portent l'effigie du pontife ou du cavalier romain, avec la légende S. Martinvs patronvs. Dans la même province, et dans le diocèse de Strasbourg, sainte Odile avait élevé sous l'invocation de l'évêque de Tours une chapelle et un hospice, destinés à recevoir les pèlerins qui ne pouvaient monter jusqu'au monastère d'Hohenburg; de là le nom de Nieder- Munster (Inferius Monasterium). Les fondateurs de maisons hospitalières aimaient, nous l'avons déjà vu, à placer leur œuvre sous le patronage de celui qui avait donné de si hautes leçons de charité

Il n'est pas, en somme, une seule région de l'ancienne Gaule qui n'ait honoré l'apôtre national, et cela dès les temps qui ont suivi sa prédication. La rapide tournée que nous venons de faire nous en fournit suffisamment la preuve. Que serait-ce, encore une fois, si nous pouvions étendre notre exploration à toutes les églises de campagne dédiées à l'évangélisateur de la classe rurale? La nomenclature qu'on trouvera plus loin ne donnera elle-même qu'une idée fort incomplète du nombre qu'elles atteignaient. Il faut tenir compte des furieux orages qui ont passé et repassé sur notre malheureuse patrie, des ruines qu'ils y ont amoncelées.

Si, après toutes ces secousses et malgré toutes les ombres accumulées, le nom de notre glorieux saint brille

1 Periz, XVII, 206. Atmal. hcial.. I, 492. Gn,ll. chrif^l., V, 8'i2. Coiiimunicatioii de M. Raestf, curé de Roslieim (Basse- Alsace).

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