CHAPITRE VII
multiplication prodigieuse de ses exemplaires; de l'autre, la multitude des pèlerins de toute langue et de tout climat ([ui rapportaient des reliques de Tours. Sans doute nous trouverons pour certains pays des raisons particulières, locales : tantôt un monastère dédié au bienheureux pontife le fera connaître et invoquer tout autour de lui ; tantôt un missionnaire français apprendra son nom à tel ou tel peuple barbare. Mais, la plupart du temps, il n'y aura pas lieu de rechercher une filière semblable, car la propagation de cette dévotion universelle s'est rarement faite par le moyen d'intermédiaires. Ce n'est pas un incendie qui a gagné de proche en proche; c'est plutôt une explosion spontanée qui a éclaté simultanément partout, déterminée par des étincelles parties d'un foyer unique : le tombeau du saint. En effet, nous en constatons les traces à une époque également reculée sur les terres les plus lointaines et dans les directions les plus diverses.
Belgique. Cette région appartenant à l'ancienne Gaule et à la catégorie de celles que l'infatigable missionnaire a très probablement parcourues, il est tout naturel d'y trouver le sol couvert de ses églises. Elles rayonnent autour de deux centres principaux : Liège et Tournai. La province de Liège, avec celle de Limbourg, en compte, aujourd'hui encore, jusqu'à soixante - trois , dont plusieurs très anciennes' : c'est, en effet, son territoire qui avait plus particulièrement reçu la bonne semence tombée de ses lèvres. Le fameux miracle qu'il opéra sur la personne de l'évêque Héraclius contribua également à étendre son culte dans ces parages. C'est à cet événement que se rattache l'origine de la collégiale de Saint-Martin de Liège, oîi le prélat fondateur fut enseveli en 971, après avoir fait, sur un avis du ciel, affilier la nouvelle église à celle de
I Quelques-unes, sur ce nombre, peuveuL avoir été originairement dédiées à S. Martin de Tongres. V. ci-dessus , p. 290.
Saint -Martin de Tours, et stipulé que les offices divins y seraient célébrés selon les rites de cette basilique mère. Honoré par la présence du souverain pontife à l'occasion du couronnement de Lothaire, roi de Germanie, et plus encore par la célébration de la première fête du Saint - Sacrement, l'édifice d'Héraclius devint la proie des flammes en 1312, au milieu d'une émeute populaire, et il écrasa sous ses ruines une partie de la noblesse liégeoise, réfugiée dans ses murs. Celui qui l'a remplacé n'a été terminé qu'en 1542. Un trait suffit à en faire l'éloge : l'architecte, Paul de Rickel, périt victime de la jalousie de ses confrères ^ Tournai, d'après la tradition locale, avait reçu la visite du vénéré pontife, qui aurait même opéré dans ses murs une résurrection, passée sous silence par Sulpice Sévère. Mais il est plus probable que sa renommée fut répandue dans cette ville et ses alentours par saint Éloi, qui en fut évêque au vu" siècle, et qui avait travaillé, comme on le sait, à la décoration du monument de Tours. C'est lui qui fonda la célèbre abbaye de Saint -Martin de Tournai, dévastée par les Normands en 880, restaurée en 1092 par l'évèque Ratbode et par l'abbé Odon , lequel y forma une bibliothèque. L'église, rebâtie en 1(371 dans un style assez terne, a été démolie en 1804 ; Louis XIV en avait posé la première pierre. Les bâtiments claustraux, refaits au xviu'' siècle, ont seuls survécu et servent aujourd'hui d'hôtel de ville ^ Aux environs, notre bienheureux est honoré dans une quantité de paroisses. Celle qui lui est dédiée à Courtrai, remarquable par sa tour carrée et son beau porche gothique, remplace une église beaucoup plus ancienne, qui, dit-on, remontait aussi à saint Éloi
1 V. Pertz, VI, 383; VII, 202; XVI, G4i. Schayes, Ilist. de Varchit. en Belgique, III, 228. Mém. de la Commission royale d'hisl. de Belgique, VII, 272, et IX, 2L Saint Martin figurait sur les monnaies de Liège aux xii« et xiu-^ siècles. V. Leiewel, Numismatique, II, 215. = 2 Mss. 8o6-4 et 9454 de la bibl. de Bruxelles. Acta SS. oct., II, 280. Schayes, op. cit., II. 124, et IV, 199.