‹ Saint MartinChapitre 254 sur 317 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Sa flèche, incendiée il y a quelques années, fut construite à Anvers et transportée par eau, démontée, à Gand d'abord, puis à Courtrai. Une vieille chanson du pays fait allusion à cet événement dans deux vers qui veulent dire : « La veille de la Saint- Martin, on transporta la tour à Gand » L'évêque de Tours était représenté sur plusieurs sceaux de la ville de Courtrai , non pas seulement sur ceux de son église, ce qui n'avait rien que d'ordinaire, mais sur ceux des prévôts et des échevins -.

Non loin de là se trouve la perle des Saint- Martin de Belgique, Tex-cathédrale d'Ypres, monument grandiose, érigé vers la fin du xi'^ siècle j)ar Robert le Frison, comte de riandre, sur les ruines d'une chapelle bâtie dans une prairie par le roi Charles le Gros, en 890. Le chœur actuel, de 1221 , la nef, de 1254 , sont justement célèbres, et le porche du midi, avec la magnifique rose qui le surmonte, la tour de la façade occidentale, reconstruite en 1434, ne leur cèdent en rien. Au-dessus du maître-autel se voit une statue équestre du saint, exécutée vers l'an 1600 par un artiste d'Anvers. Là, dans une chaire vendue depuis à l'église de Nieuport, saint Bernard a prêché; là aussi, contraste bizarre, Jansenius a reçu la sépulture. Celte église contenait jadis, chose à noter, une chapelle de Saint-Éloi. Mais la ville d'Ypres possédait dès 558 un monastère de Saint- Martin, fondé par Clotaire I" et dévasté ensuite par les Normands : pai- conséquent, le grand artiste mérovingien n'y a pas importé le premier ce vocable si répandu. Une légende charmante, publiée plus loin, raconte comment cet établissement primitif mérita la déchéance et la ruine, et comment, au contraire, la basilique du Pré acquit la prééminence : les clercs de l'abbaye avaient refusé l'hospitalité à deux étudiants écossais revenant de l'université de Paris ;

1 Mém. de la Soc. de. spliragisl. de Paris, an. 18.51, p 238 et siiiv. Communication de M. l'abbé Duclos, de Bruges. = - Demay, Sceaux delà Flandre, no 391 1 .

LES Ér.LISES DÉDIÉES A SAINT MARTIN 573

le pontife, outragé dans une de ses vertus favorites, apparut à ces jeunes étrangers et les hébergea royalement dans un palais improvisé, dont l'emplacement, qui était resté couvert de fleurs, fut consacré par l'érection de la seconde église. Cette légende, ajoutée par Guibert de Gemblours à sa vie du saint, lui avait été envoyée d'Ypres même, et se lisait dans les couvents aux vigiles de la Saint-Martin '.

Hollande, Luxembourg. La Hollande compte actuellement soixante-seize sanctuaires sous l'invocation du grand évêque de Tours. Le plus important est la cathédrale d'Utrecht, fondée vers 690 par saint Willebrord, réédifiée en 1024 par révèque Adalbold, brûlée en 1131, puis en 1148, et rétablie vingt-cinq ans après. L'église actuelle est en majeure partie du xiii" siècle, hormis la nef, refaite après un écroulement arrivé en 1674. La légende de son titulaire est sculptée dans un cloître du xv°, et la statue du saint à cheval a été hissée jusque sur le sommet de la tour. Il y avait, en outre, dans la même ville un monastère et un hospice de Saint-Martin; la chapelle de ce dernier servit quelque temps de paroisse. Les fidèles du pays ont gardé l'habitude de célébrer des neuvaines en l'honneur du patron de leur diocèse et de fêter son anniversaire par des réjouissances publiques. Telle était la ferveur de leurs pères, qu'ils ajoutaient à leurs qualités officielles celle d'hommes ou de serviteurs de saint Martin, et que leur cité s'intitulait ellemême Mariinopolis , terra sancti Martini; aussi faisait-elle également figurer l'effigie ou le nom du bienheureux pontife sur ses sceaux et ses monnaies. Cet attachement inviolable à la mémoire d'un évêque étranger devait tenir aux causes générales qui ont rendu son nom populaire dans toute la vallée du Rhin. Quant au grand-duché de Luxem-

1 V. le texte à l'Appendice. Pour le reste, voy. les Mcni. des antiq. de la Moi-inie, I, 115 et suiv., les Annales de la Soc. hist. d'Y'pres, II, 236, ainsi que les excellentes notes de M. Cordonnier, tirées par lui des archives de cette ville, et communiquées à l'auteur avec un rare empressement.

bourg, nous avons vu plus haut quels souvenirs ce nom vénérable a laissés sur son territoire, et dans quelles localités s'est principalement perpétuée la trace de la visite du saint

Iles Britanniques. Saint Ninian et saint Patrice, disciples de saint Martin, le firent connaître en Angleterre, en Écosse, en Irlande, de son vivant même, ou fort peu de temps après sa mort. Le premier lui dédia la cathédrale qu'il bâtit chez les Pietés, à Whithorn, ville appelée jadis Candida Casa, et quelquefois aussi Urbs sancti Martini. A peu près à la même époque, une autre église sous le même vocable se voyait déjà près de Gantorbéry : saint Augustin, qui vint évangéliser les Bretons cent ans plus tard, la trouva debout et en fit le siège de son évèché. Une autre s'élevait un peu plus tard à Lincoln, et n'a été démolie qu'assez récemment; on possède une monnaie anglo-saxonne frappée dans cette ville au nom de l'évêque de Tours. Six autres encore ont existé dans la capitale de l'Angleterre. L'origine de la plus importante, Saint-Martin-le-Grand, est rapportée par les historiens locaux au règne de Withred, roi de Kent, et aux environs de l'an 700; mais le collège de chanoines qui la desservit jusqu'au triomphe de l'hérésie n'y fut installé qu'en 1056. Les protestants la pillèrent et ne craignirent pas d'ouvrir un cabaret sur l'emplacement du maître-autel. Son nom seul subsiste aujourd'hui; les derniers vestiges de l'ancien édifice ont fait place aux bâtiments de l'hôtel des Postes. Plus fameuse encore était l'abbaye de Saint-Martin de la Bataille, non loin d'Hastings. Guillaume le Conquérant, en abordant les rivages bretons , avait fait vœu de fonder un monastère s'il remportait la victoire. Aussitôt après la mémoral)le journée

1 Voelius, Dispid. IhcoL, III, m. Pertz, VI, 384; XVI, 456; XXIV, 23. Communication de M. Muller, archiviste d'Utrecht. Cf. Tadelijn, Disserlalio de S. Martini vasallis , vulgo S. Martens-mannen , Trajecli, 17S6, in-4'>. V. ci-dessus, p. 268, 291.

OÙ périt son adversaire, et sur les lieux mêmes, il accomplit sa promesse. Un religieux de Marmoutier, qui l'accompagnait, lui conseilla de placer son établissement sous le patronage de l'illustre père du monachisme gaulois; ce qu'il fit avec empressement. Marmoutier fournit aussi à la nouvelle maison ses premiers habitants, et contribua par là, comme par les nombreux prieurés qui lui échurent dans la Grande-Bretagne, à faire vénérer sur cette terre le nom de son fondateur. Alcuin ne fut certainement pas sans y travailler de son côté ; et voilà comment les ancêtres de nos modernes anglicans en arrivèrent à invoquer un moine et un missionnaire catholique dans un tel nombre d'églises, qu'il en reste encore debout, après toutes les suppressions et toutes les destructions dues à la Réforme, cent soixantetrois pour la seule Angleterre '.

Pour les pays Scandinaves, nous n'avons aucun monument à signaler; mais un calendrier qui en provient, composé de figures rudimentaires gravées au couteau sur un bâton, et remontant, par conséquent, à un âge très reculé, nous apprend, par des emblèmes placés en regard de la date du 11 novembre, que le saint évoque de Tours était honoré jusque dans ces régions glacées '\

Allemagne. L'Allemagne rhénane est encore pleine de sa mémoire. Ici toute explication serait superflue. Son séjour prolongé et répété dans la métropole de Trêves a laissé des vestiges ineffaçables dans toute la région circonvoisine ^

' Communications de MiM. Parsons, de iMalvern ( W'urcestershire), T. Wilson, de Londres, E. Venables, de Lincoln. Acta SS. frl,,-.. IIL .'iTS; sept., V, 318. D. Bouquet, XI, 313; XII, 402, etc. Une |i:iri hnl.n iir ml. iv--;,,,ir noter, c'est que la nation d'Angleterre, dans l'Universili' de l'mi-, pris saint Martin

pour patron, et gravé sa légende sur son sceau. (Douet d'Arcq, Coll. de sceaux, w lOlG.) = 2 V. les Caractéristiques des saitits, par le P. Cahier, p. 107. Ces emblèmes sont une mitre, une oie et un ier à cheval; la corrélation des deux derniers avec le culte de S. Martin se comprendra après la lecture du chapitre suivant. = 3 C'est ce que disent assez les noms des villages de Mertesdorf (Martinsdorl'), Tinsdorf (abréviation du même), Merz-Kirchen ou Stadt-Martins- Kirchen {Statio sancti Martini), Marlinstein , Morzlich, Merzweiler, etc.

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