‹ Saint MartinChapitre 258 sur 317 · ESPAGNE, ETC · texte numérisé non relu

ESPAGNE, ETC

ous n avons encore parcouru que la moitié de l'Europe, et déjà nous avons pu reconnaître qu'il faudrait, pour approfondir un si vaste sujet, autant de volumes que de pays.

Continuons cependant avec patience à marquer les grandes étapes du pèlerin de saint Martin à l'étranger.

Elles ne sont pas moins nombreuses dans les contrées qu'il nous reste à visiter, et leur raison d'être ne remonte pas moins haut dans le passé.

Autriche- Hongrie, pays slaves. L'Autriche, la Croatie, la Styrie renferment quelques églises érigées peut-être en

CIIAriTRE VII

mémoire du passage de l'apôtre, quand il se rendit de Poitiers à Sabarie par Milan. La Hongrie, de son coté, s'est montrée pleine d'enthousiasme envers son illustre fils. Elle l'honore dans plus de cent temples et a donné son nom à près de soixante villages. Au milieu d'eux domine, comme un roi sur son trône, le grand monastère du Mont-Sacré de Pannonie ou Martinsberg, dont il a été parlé. Ce lieu, vénérable entre tous par les souvenirs de la naissance et de la première enfance du saint, fut de très bonne heure habité par une colonie de moines bénédictins. Le duc Geysa leur bâtit une abbaye en 987; saint Etienne la termina et l'enrichit, dans un temps où son royaume ne possédait encore ni évêchés ni couvents. Elle obtint de lui son indépendance complète, la liberté de ses élections, la dîme des biens, des revenus et des hôtes d'un territoire considérable, privilèges confirmés depuis par saint Ladislas et d'autres rois de Hongrie. Son église, dotée parles papes d'indulgences spéciales pour la 'fête de saint Martin et pour l'octave, eut le titre de cathédrale, et le rang épiscopal fut reconnu à son archiabbé. Une ville forte se forma autour du monastère, et longtemps opposa une barrière infranchissable aux ennemis du dehors : les Turcs , repoussés plusieurs fois du pays par le secours de son puissant patron, ne purent la prendre qu'assez tard. Rendue tout récemment à son antique splendeur, la basilique de Martinsberg a reçu du cardinal primat de Hongrie une consécration nouvelle, le 27 août 1876, en présence de l'archiduc Joseph, représentant l'empereur d'Autriche ^

En Bohême , le culte de saint Martin pénétra , pour ainsi dire, avec la foi chrétienne; car, bien que ce pays reconnaisse pour ses premiers apôtres les saints Cyrille et Méthode, venus d'Orient, il est certain que des mission-

• Conimunicalion du P. Reinigius Sztachovics, archiviste de l'abbaye. Acla SS. sept., I, 49o. Cf. le diplôme de S. Étienne publié à l'Appendice, et ci-dessus p. 56-62.

naires francs ou germains l'avaient abordé avant eux. Saint Adalbert, évêque de Prague, qui avait fait un pèlerinage à Tours et séjourné à Mayence, passe pour avoir été le principal propagateur de cette dévotion dans son diocèse. Mais des sacramentaires bohémiens écrits au vn° ou au vni" siècle, c'est-à-dire deux ou trois cents ans plus tôt, portent déjà la mention du bienheureux Martin, confesseur et pontife. Une église lui fut, d'ailleurs, dédiée antérieurement à l'épiscopat d'Adalbert dans le bourg de Klenc. A Prague même, on lui en éleva trois du temps de ce prélat, qui, de plus, déposa des reliques de son tombeau dans l'autel de la crypte située sous la cathédrale. L'empereur Charles IV, les religieux de Saint-Norbert et de Prémontré multiplièrent ensuite ses sanctuaires à tel point qu'on les rencontre, en moyenne, à neuf kilomètres les uns des autres dans la province de Bohème, où ils sont, en tout, plus de soixante. La Moravie n'est pas moins riche : elle le doit sans doute aussi au saint évèque de Prague, car elle dépendait de son diocèse. La Pologne est encore dans le même cas : Adalbert, ayant été forcé par la barbarie des Bohémiens d'émigrer dans cette contrée, y porta avec l'évangile la renommée de l'apôtre des Gaules. Jusqu'aux temps modernes, les Polonais l'ont vénéré en quantité de lieux et l'ont invoqué avec succès dans les combats Enfin, si les autres pays slaves ne nous offrent pas d(; monuments à signaler, nous devons observer du moins que, dès l'origine des églises russes, il a figuré sur leurs ménologes. Les Grecs eux-mêmes, quoique assez difficiles pour les saints occidentaux, ont introduit son nom dans la liturgie presque aussitôt que les Latins, en lui décernant la qualité de thaumaturge -.

Italie. Deux centres naturels s'offrent à nous en Italie : Pavie, où le fils du tribun pannonien fut élevé; Milan, où

1 Communication du docteur Martin Riha, de Budvice. Acta SS. apr., III, 185. = 2 Communication du P. Marlinov.

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