‹ Saint MartinChapitre 26 sur 317 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

conservait, et un synchronisme certain fourni par Suljiice Sévère, le biographe contemporain du saint, s'accordent sur ce point capital : or cet heureux accord est trop rare pour que Ton n'y ait pas égard , et il doit inspirer confiance à la critique. On pourrait peut-être préciser davantage, et circonscrire l'intervalle dans lequel a dû se produire l'événement entre le 8 novembre ;!1(] cl le 25 juillet 317'; mais il serait inutile d'en demandei' i)lus long aux sources trop avares que nous possédons : le jour et l'heure sont demeurés le secret de Dieu. A cette époque, l'ère des persécutions était close; la paix était rendue à TEglise. 11 y avait dix ans que le grand Constantin était arrivé à l'enqiire; il y avait quatre ans qu'il avait écrasé son conqjélileur Maxencc en arborant sur ses étendards la croix, qui devait désormais gouverner le monde. Assez de martyrs avaient versé leur sang pour établir le règne du Christ : après ces glorieux vainqueurs il fallait à la société nouvelle des organisateurs puissants. L'heure des grands pontifes avait sonné ; le siècle des Athanase, des Ambroise, des Augustin venait de s'ouvrir. En répartissant ces lumières de l'Église entre les différents peuples. Dieu ne pouvait oublier la Gaule : c'est pourquoi venait au monde, à ce moment même, un enfant ignoré, qu'elle devait bientôt saluer comme un soleil levant

Cet enfant n'était pourtant pas le sien. Il naissait en pays étranger, bien loin derrière la chaîne des Alpes et ses ramifications multiples, sur la terre généreuse qui devait produire un jour les saint Etienne et les sainte Elisabeth, et d'où étaient sortis déjà les empereurs Aurélien, Probus, Claude le Gothique, Constance Chlore. La Pannonie était surnommée, pour ce motif, le berceau des Césars : la Hongrie pourrait s'appeler le berceau des héros chrétiens. Cette contrée appartenait à l'empire romain depuis Tibère. Sa

' \'. I Trliiircissement chronologique publié à l'appendice. == ^ Tune jain cl liiiiirfi iinsh-iiiii exorilur, novisque lampadum radiis GaUia peiiuslralur . ((jivy..iro (le Tours, Hist., I, 36.)

population était assez hétérogène. Elle se composait principalement d'une partie de la grande tribu des Slaves illyrieus, établis depuis un âge reculé sur les rives du Danube. Aussi les historiens des pays slaves ont-ils revendiqué avec un légitime orgueil saint Martin pour un des leurs. La Pannonie et la Dacie, disent-ils, étaient couvertes, avant la conquête romaine, des rameaux de celte race innombrable. Auguste et surtout Trajan y envoyèrent des armées romaines, des colons romains, mais qui ne se fondirent pas avec la population indigène; car le nom de Trajan, qui ailleurs éveille des idées de clémence, est demeuré jusqu'à nos jours chez les Slaves, particulièrement en Serbie et en Bulgarie, le synonyme de monstre inhumain, et n'évoque que le souvenir d'une lutte nationale. Les Suèves aussi auraient appartenu à cette race, et c'est pourquoi le culte de saint Martin de Tours, apporté chez eux par saint Martin de Braga, son compatriote, y fut adopté avec empressement. Le nom même de Braga (Portugal) serait l'équivalent de Praha ou Prague (Bohême). D'autres vocables intimement liés à l'histoire de l'évêque de Tours semblent d'origine slave : la difficulté d'expliquer ' à l'aide des seules racines celtiques les mots Ligugé (Locoleiacum), Andeliham ou Andelhanna, disparaît si l'on a recours à la langue des anciens Pannoniens, dans laipielle Luzice signifie un pays agréable et fertile, et Andeltkani, un lieu où l'ange est apparu; ce qui se rapporterait parfaitement au site du monastère fondé en Poitou par notre grand saint et à l'endroit où un ange est venu le consoler à sa sortie de Trêves. Enfin (dernier argument) Martin, durant sa longue carrière, a montré dans son extérieur comme dans sa conduite le caractère slave. Les auteurs anciens dépeignent les hommes de cette nation comme des gens simples, pacifiques, pieux, habitant des cabanes et cultivant les champs, honorant les dieux sous le ciel et n'ayant pas de sacrifices sanglants : tous ces traits conviennent également

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