‹ Saint MartinChapitre 260 sur 317 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

vèque l'rigidianus , reconstruite en lOGO par celui qui devait s'appeler le pape Alexandre II. Cette dernière est particulièrement riche en œuvres artistiques rappelant les gloires de son bienheureux patron. On admire surtout la statue de marbre qui surmonte sa façade, et le bas-relief du xin" siècle qui décore l'attique. La république de Lucques avait aussi placé l'effigie de saint Martin sur ses monnaies, sur ses sceaux et sur les insignes de ses corporations

Rome, ce Panthéon chrétien, où les saints de tous les pays reçoivent honneurs et prières, a voulu donner au grand évêque des Gaules quelque chose de plus : n'avait-il pas, d'ailleurs, des droits particuliers aux hommages des Romains? n'avait-il pas séjourné dans leurs murs? A peine en était-il sorti (on peut le dire) qu'un monastère, dont il avait peut-être semé les germes, s'établissait avec quelques autres auprès du tombeau de saint Pierre, dans les dépendances de la basilique de Constantin, sous le titre de Saint-Martin ad Perratam. L'oratoire de cette petite communauté eut le privilège d'abriter jusqu'au xvi" siècle la célèbre statue de saint Pierre que le pape saint Léon le Grand fit fabriquer avec le bronze de Jupiter Capitolin, en mémoire de la retraite d'Attila. La barbarie arrêtée, une idole détruite, des moines réunis pour chanter jour et nuit les louanges divines : que de relations mystérieuses entre ce simple fait et la vie du glorieux confesseur! Une coutume non moins significative, rappelant celle de plusieurs diocèses de France, voulait que les papes se rendissent, au moment de leur consécration, dans cette antique chapelle de Saint-Martin, qu'une grille seule séparait de la basilique : ils s'avançaient avec le clergé jusqu'à cette grille; ils s'arrêtaient un moment, et, après

1 Communications de MM. Cesare Cantù; Promis, bibliothécaire du roi à Turin; Carlo dell' Acqua, bibliothécaire de l'université de F'avie ; Salvatore Bongi et del Prête, de Lucques; Clémente Lupi, de Pise; Fulin, de Venise. Grég , Vin. S. Mart., I, 16 (note de Ruinart). Pertz, XVIII, 635; XIX, 30, 107. Acta SS. sept., 1, 238; ort., Il, 434, et X, 239. Baluze, Miscell., Il, 302.

LES ÉniJSES DÉDIÉES A SAINT MARTIN 587

les chants d'usage, ils entraient, on les revêtait des habits pontificaux, et ils revenaient ensuite dans l'église recevoir la bénédiction'. L'emplacement du monastère est occupé actuellement par le pilier de la nouvelle basilique vaticane dit de la Véronique, renfermant le voile où Noire-Seigneur a laissé l'empreinte de son auguste face, cette adorable effigie, si tendrement vénérée à Tours par l'homme qui devait précisément provoquer la restauration du culte de saint Martin. L'ancienne église Saint- Pierre contenait encore un autel sous son invocation , dont la place exacte est marquée sur le plan donné par les Bollandistes; cet autel avait été doté de revenus assez considérables par un évêque d'Ostie ^ Le titulaire n'a pas été complètement exproprié : son nom s'est transmis à un des oratoires du Vatican, réservé jusque dans ces derniers temps à la garde suisse. Mais un sanctuaire beaucoup plus important n'a cessé de le porter, au milieu de la ville éternelle, depuis la fin du v° siècle ou le commencement du suivant. C'est la vieille basilique des saints Martin et Silvestre, autrement dite San-Martino ai Monti, fondée par le pape Symmaque auprès des thermes de Trajan, et restaurée par saint Charles Borromée. Les deux ou trois édifices superposés dont on retrouve la trace sous les constructions modernes, les antiquités qu'on y remarque, attestent jusqu'à l'évidence son origine reculée, et le style grandiose du plus récent en fait une des plus belles églises de Rome. Quelques personnes ont cru qu'elle avait été consacrée, non à saint Martin de Tours, mais à saint Martin pape,

1 Ancien ordo romain, dans les M^tsei italici, Paris, 1689, in-'i", II, 91. On voit par ce même document que le monastère de S. Martin ad Perralam était situé sub tegna ipsius ecclesise fS. Pétri). Une lettre du pape Étienne II nous apprend qu'au viii» siècle il tenait extérieurement à des maisons et à des jardins dont le souverain pontife pouvait disposera son gré. (D. Bouquet, V, S92.) Pour le reste, voy. Torrigi , Instr. pro peregrin., et la notice publiée dans la Semaine religieuse de Tours, an. 1878, p. 220 et suiv. = 2 Aeta SS.junii, VII, 102.

CHAPITHK VI [

dont elle a reçu, en eflet, les restes rapportés de Constanlinople en Gljlj : il suffit d'observer, d'une part, qu'elle est mentionnée sous son titre séculaire dans des documents bien antérieurs au règne de ce pontife, et dès le temps de Synimaque; et, de l'autre, que sa fête patronale a toujours été fixée au 1 1 novembre. Il y a un intérêt majeur à faire cette remarque , et à bien constater que notre apôtre national, depuis une époque très rapprochée de la sienne, a eu son temple dans la capitale du monde chrétien '.

De Rome, son culte a rayonné dans les provinces circonvoisines : à Spolète , à Orvieto , à Viterbe , à Faenza, etc. Il a été implanté au sommet du mont Cassin, par le grand saint Benoît, sur les ruines du temple d'Apollon; hommage bien dû au père de nos premiers moines et au destructeur de nos dernières idoles. L'oratoire qui lui avait été consacré dans cette célèbre abbaye devint au xi" siècle, par les soins de l'abbé Didier, une élégante et spacieuse basilique ^ L'Italie méridionale n'a point échappé à cette heureuse contagion. Il faudrait même croire qu'elle l'a subie avant le reste de la Péninsule, d'après un fait qui serait de la première importance s'il était mieux prouvé : saint Sévère, évêque de Naples et contemporain de saint Martin, lui aurait dédié dans cette ville un monastère, aussitôt après sa mort par conséquent^. On sait, du reste, que son nom s'est conservé dans un autre couvent napolitain, celui des Chartreux, et que le célèbre fort Saint-Elme, qui le domine, s'appelait encore sous Ferdinand I^"" le château de San-Martino. Mais le séjour de saint Paulin de Noie dans la Campanie nous

1 Communication de M. l'abbé Duchesne, ancien membre de l'Ecole française de Rome. Acta SS. maii , Propylxum, p. 57. Pertz , V, 85. Semaine religieuse de Tours, an. 1878, p. 220 et suiv. = 2 Acla SS. oct., III, 90, 117. Pertz, VII, 725, 763. = 3 II est cependant douteux que S. Sévère ait survécu à S. Martin. Les Bollandistes concilient les faits en disant que le monastère de Naples a pu être fondé réellement par le premier, et consacré à l'évêque de Tours par un de ses successeurs. {Acta SS. jan., I, 754.)

donne à lui seul la preuve et l'explication de l'empressement témoigné envers la mémoire de son vénérable ami par les habitants de toute cette contrée. Gaëte, Aquino, berceau de saint Thomas, et bien d'autres lieux ont gardé longtemps des traces de cette dévotion traditionnelle Enfm elle a franchi de bonne heure le détroit de Messine, et s'est affirmée auprès de Palerme par la fondation de

Pig. 81. — Italie. — Cloître de San -Martine à Naples.

l'abbaye de San-Martino délie Scale, due au pape saint Grégoire le Grand. Occupée d'abord par des religieuses, détruite au ix" siècle par les Sarrasins, rétablie en 134G dans sa splendeur première, cette maison abrite depuis 1862 une colonie agricole composée de trois cents jeunes gens orphelins ou abandonnés, placés sous la conduite des religieux et sous la protection de leur patron sécu-

• Vers 1080, une église Saint-Martin sise à Aquino fut donnée au Mont- Cassin par un habitant de cette ville. En 1097, Pandulfe, comte d'Aquin , en céda une autre au même monastère. (Pertz, Vil, 746).

Page 1