CHAPITRE VIII
main, qui n'admet plus à cette place réservée que les deux premières catégories de bienheureux, lui faisait anciennement cette faveur Elle lui est également accordée dans deux sacramentaires du \n° siècle conservés à la bibliothèque du Vatican, et provenant, sans doute, d'une des églises de France, car ils contiennent des prières spéciales pour « l'empire romain devenu celui des Francs ^ », ainsi que dans plusieurs recueils du même genre comptés parmi les plus précieux monuments de notre bibliothèque nationale. La liturgie anglo-saxonne et d'autres encore lui rendaient le même honneur. Il a eu quelquefois une prérogative presque aussi exceptionnelle, celle de figurer dans le Confiteor après les saints Pierre et Paul. Nous voyons cet usage observé dans les rituels de Tours imprimés en 1533, et, chose curieuse, gardé jusqu'à nos jours par les paysans de quelques - uns de nos diocèses, tels que ceux de Pamiers, de Nevers et de Bordeaux'. Enfin, il a été de bonne heure invoqué dans les litanies des saints composées pour l'usage de différentes églises. Il a même eu ses litanies particulières, dont les plus intéressantes, publiées par Marteau, rappellent les principales circonstances de sa vie, en termes empruntés la plupart à Sulpice Sévère, et le surnomment le protecteur des Gaules, le refuge et le secours des rois de France, l'égal des apôtres et des martyrs, etc. ^
On ne s'étonnera pas, après cela, de voir des offices entiers écrits en son honneur et pour ses diverses fêtes depuis l'époque la plus reculée. Les sacramentaires du pai)e saint Grégoire en contiennent j^lusicurs, ainsi que les
' V. le canon édité par Ménard. Acta SS. srpl., WU , lui:;. = 2 Romanum sivc Francorum imperium. N<" 257 et 316 du Iniids lU- l,i ivinc de Suède. V. l'analyse de ces mss. donnée par M. L. Deli.-lr il.nis l^i Uihl. <!,■ n.'njlc des chartes, an. 1876, p. 475 et 481.= 3 Chevalier, Orujincs <l<- l'ÉijUsc de Tours, p. S09. Communications de M. Pasquier, archiviste de l'Ariège, et de M. le curé de Captieux. = •« Marteau, Vie de S. Martin, p. 83 et suiv. Cf. le ms. 1281 de la bibl. de Tours, f» i;il; Pascal, Dicl. de lilnrgic, p. 741 ; U. Piulin, Hist. de r Église du Mans, 111, 288, etc.
MONUMENTS ÉCRITS RELATIFS A S. MARTIN o97
anciens missels et bréviaires de l'église métropolitaine de Tours, de la collégiale de Saint -Martin, de l'abbaye de Marmoutier, et même des diocèses étrangers'. Les auteurs de ces offices sont ordinairement inconnus : ils étaient cependant pris parmi les clercs les plus lettrés et les plus saints, tels que Ratbode, évêque d'Utrecht, et Odon de Cluny. Du reste, leur part personnelle de rédaction est assez nulle : les véritables auteurs sont Sulpice Sévère et Grégoire de Tours. Ce sont les passages de ces deux écrivains relatifs à la mort du confesseur, à ses obsèques, à sa basilique, qui ont formé la matière des leçons et des parties narratives en général ; ils sont souvent reproduits littéralement, car on les respectait comme autant d'autorités ou de textes classiques. Les parties en forme de prière évoquent elles-mêmes, suivant l'usage, le souvenir des grands actes du saint, et surtout du partage de son manteau. Les plus belles sont généralement celles qu'on appelait, du temps de Grégoire, contestationes , et qu'on nomme aujourd'hui préfaces. En voici un spécimen très vénérable, édité par dom Ruinart, et qui, d'après un manuscrit du Vatican où je trouve un fragment identique attribué à saint Ambroise, aurait été composé avec les termes d'une lettre émanée de cet illustre docteur ^
Vere dignum ci justum est, omnipolens Deus, te in Martini tui laudibus honorare , qui, sancli Spiritus lui dono succensus, ila in ipso tyrocinio fidei pcrfcctus inventus est, ut Christum texissel in paupere, et vestem quam egenus acceperat mundi Dominus induis-
Il est vraiment digne et équitable, Dieu tout-puissant, de vous rendre hommage en louant votre serviteur Martin, qui, embrasé du feu de voire Saint-Esprit, se trouva, dès son apprentissage de la profession do chrétien , assez parfait pour mériter de revêtir le Christ dans la
' Les bibliothèques de Tours et de Paris en possèdent un grand nombre , à partir du i.v ou x« siècle. On trouvera l'analyse délaillée des principaux dans le catalogue des manuscrits de Tours, dressé par M. Dorange, 1875, in -A", p. Gl et suiv. Des offices modernes ont été publiés à Amiens en 1696 et en 1779, à Paris en 1712, à Rouen en 1758 et en 1792, au Havre en 1830, etc. = 2 Ms. 1188 de la Vaticane, écrit sous le pontificat de Nicolas V.