CHAPITRE VIII
set. 0 felix largitas , qua Divinitas opcritur ! 0 chlamydis gloriosa divisio, quse mililem texit et Regem!... Sic apostolica virtute sperantibus contulit medicinam , ut alios supplicationibus , alios visu salvaret. Hœc tua est, Domine, veneranda potentia, cui cum lingua non supplet meritis cxorare, operibus sancti Martini, te opitidante , mereamur imitari per Christum Dominum nosirum, etc. i.
personne du pauvre, et de voir le manteau donné à l'indigent porté par le Maître du monde. Heureuse largesse, qui devient une aumône à la Divinité! Glorieux partage, grâce auquel une même chlamyde couvre à la fois le soldat et son chef!... Telle était Tefficacité de sa vertu apostolique que, tantôt par une prière, tantôt par un regard, il sauvait ceux qui espéraient en lui. C'est vous, Seigneur, qui avez fait tout cela, c'est votre puissance redoutable; et puisque la langue humaine ne saurait l'implorer dignement, accordez aux mérites de Jésus-Christ Notre- Seigneur que nous devenions les imitateurs de Martin.
Les antiennes chantées à la louange du saint par les clercs de sa basilique étaient primitivement très courtes, suivant l'usage. Cette brièveté finit par leur déplaire, contrairement à ce qui arrive trop souvent. Ils demandèrent à Odon de Cluny de leur en composer d'autres, parce que, lui dirent- ils, ils avaient beau en chanter une après chaque verset de psaume, dans la nuit des vigiles de saint Martin, ils n'arrivaient jamais à gagner ainsi le jour, qui se lève tard en novembre. On ne pouvait être plus consciencieux. Mais Odon répondit qu'il était incapable de leur faire des antiennes comme ils les désiraient : il était vieux, et il ne lui resterait pas même le temps de les apprendre sur la terre, si quelque autre les faisait à sa place. Et puis la brièveté, ajoutait-il, est une très bonne chose; tandis que la prolixité qu'on voulait lui imposer lui donnait à l'avance des nausées. Cependant, sur les instances réitérées des
' Ruinart, éd. de Grégoire de Tours, cùI. 1361. Gervaise a donné (p. 263 et suiv.) trois autres préfaces, dont la seconde, tu'ée du missel dit gothique, qu'on fait remonter au vw siècle, est à peu près semblable à celle-ci.
ART CONTEMPORAIN ÉCOLE FRANÇAISE
(I Obsèques de saint Martin. » A peine le saint évêque était-il mort à Candes que les populations s'empressèrent autour de son corps. Les Poitevins disputèrent aux Tourangeaux cette dépouille sacrée : « C'est noi.re évêque, disaient <i les gens de Tours. — C'est notre moine, » disaient les Poitevins qui pensaient à Ligugé. Les Tourangeaux se montrèrent les plus habiles et profitèrent de la nuit pourenlever un trésor si disputé. Mais le jour approchait, il fallut se hâter. On déposa le corps de saint Martin dans une barque amarrée sur la rive de la Vienne, qui, en un clin d'œil , descendit au milieu du large lit de la Loire. Alors tout le peuple de Tours, qui suivait sa conquête, entonna des hymnes sacrées, et fit retentir l'air des louanges du Seigneur. (Voy. Grégoire de Tours, Hist., I, 43; Virt. sancli Martini, H, 45, et, dans le présent livre, la p. 367.)
Composition originale de Luc-Olivier Merson , gravée par Chapon.
chanoines, il s'exécuta : il leur écrivit douze antiennes dont les pensées et les expressions étaient, dit son biographe, soigneusement cadencées, les nota, et assortit tellement bien le chant aux paroles, qu'il paraît qu'il était impossible d'entendre une mélodie plus douce; seulement il s'obstina à ne pas les faire trop longues. Malgré cela, ou peut-être à cause de cela, elles eurent un grand succès et se répandirent dans presque toute la chrétienté. Elles consistent encore en fragments tirés de Sulpice Sévère, sauf les dernières, qui sont de simples invocations'. Plus tard on tira aussi des antiennes de l'opuscule écrit en l'honneur du bienheureux par Ratbode d'Utrecht '-.
Odon composa en même temps trois hymnes à saint Martin. Le seul de ces morceaux qu'ait reproduit le moine Jean, son biographe, commence par une strophe où éclate le goût des oppositions et de la double cadence dont il parlait tout à l'heure :
Rex Chrisle, Martini decus, Hic laus tua, lu illius.
Tu nos in hune te colère, Quin ipsum in le Iribue.
Le poète sacré a soin de donner à son héros la qualité de par apostolis; il le supplie de rendre à l'ordre des pontifes, à l'ordre monastique leur splendeur primitive. Un autre cantique appartenant à la même catégorie passe pour avoir été dicté par lui au moment de mourir ; c'est celui qui débute par les mots :
Martini renitet en speciosa (lies.
Ennodius, évêque de Pavie au vi® siècle, Robert, roi de France, et, dans les temps modernes, le fameux Santeuil
1 Bibl. Clun., col. 18, 262, 1633. La première de ces antiennes commence par les mots; Sanctus Martinus obitum suum longe anie prxscivit, etc. Cl'. Sulpice, Ep. 3. = i V. le ms. 1299 de la bibl. de Tours, f» 80.