CHAPITRE VIII
années de l'existence du pontife, sous la houlette duquel l'auteur était venu se ranger à Marmoutier, après avoir exprès quitté les écoles de rhétorique; les autres furent rédigés fort peu de temps après sa mort^ Pour le fond, l'on a pu voir déjà que, tout en professant pour son héros une admiration passionnée, Sulpice est un biographe sérieux, recourant aux témoins oculaires, contrôlant leurs dires, tenant la plupart du temps de première main les faits qu'il rapporte. Il est à regretter cependant qu'il ne se soit pas proposé un plan plus régulier, plus complet, et que son récit présente autant de lacunes. On lui a reproché l'abus du merveilleux : si abus il y a, ce n'est point sa faute; que les sceptiques s'en prennent à saint Martin. Pour la forme, son langage nerveux et concis, le tour de ses phrases, le style indirect qu'il emploie avec une certaine affectation dans les discours, l'ont fait surnommer le Salluste chrétien. 11 imite, en effet, visiblement l'historien de ce nom, et il le cite^; mais son imitation se ressent forcément de la décadence où était tombé, de son temps , le latin classique. A l'élégance un peu recherchée du lettré, il joint un grand art du dialogue et parfois une pointe de satire-^ : c'est un vrai Gaulois, et un Gaulois d'Aquitaine. Aussi le succès de son livre fut-il de toute façon mérité. Martin lui-même semble lui avoir donné une sorte d'approbation tacite, car il le tenait à la main lorsqu'il apparut après sa mort à l'auteur. Saint Paulin de Noie le propagea immédiatement en Italie et en Illyrie, Posthumien en Grèce et en Orient; il était dans toutes les mains au v° siècle, dans toutes les bibliothèques au moyen âge ; il se lisait publiquement dans les églises et les monastères ; il a été un des premiers ouvrages imprimés : aucun honneur ne lui
' La Vita est mentionnée dans une lettre de S. Paulin écrite en 397. Les Lettres furent rédigées à la fin de cette même année ou au commencement de la suivante, et les Dialogues aysnt 405. (V. Dial. II, 14.)= 2 Dial. 1 , 3. = 3 Dial. I, 21 , 27, etc.
a donc fait défaut'. Sulpice a été pour saint Martin ce que l'illustre Athanase a été pour saint Antoine, et la célébrité de son œuvre a peut-être été plus durable. L'énorme quantité de copies qu'on en a faites dès l'origine est même la cause probable de certaines altérations du texte qui ont donné bien du mal à la critique. Quelques scribes ne se sont pas gênés pour l'interpoler, pour l'arranger, ce qui est arrivé à tous les écrits extrêmement répandus. De là l'incorrection singulière des premières éditions. Celle de Jérôme de Prato, parue au siècle dernier ^ constitua un progrès notable, grâce au secours apporté par la précieuse version de Vérone, portant la date plus que respectable de 519. Mais on doit à l'Académie de Vienne et à M. Charles Halm une édition infiniment meilleure, qui, sans être définitive, est cependant la seule dont on puisse aujourd'hui se servir avec sécurité ^
1 Dial. I, 23; III, 1, 2, 17, 18. Vila ab omnibus legitur, écrivait le prêtre Uranius, contemporain de S. Paulin. (Acta SS.pmii, IV, 198.) L'indication des manuscrits conservés et connus qui renferment, en totalité ou en partie, les écrits de Sulpice Sévère relatifs à saint Martin demanderait à elle seule tout un catalogue. Je citerai seulement les plus anciens, ceux qui sont antérieurs au xu<= siècle : Paris, Bibl.nat., fonds latin, n" 28S4 ( ix= siècle) , 3831 a (x^-xi") , o32i (id.), 532o(ix«), 5326 (x«), 5327 (x«), 5359 (xi«), 5580 (x«), 5581 (x'=), 5382 (x^), 5383 (x«), 3584 fx'-xiv=), 10848 (ix«), 13759 (ix»), 15032 (x'-xi<-), 17002 (x'') et 18312 (ix»}; Tours, 1018 (xie) et 1019 (ix-'-xin-) ; Montpellier, 42 (xi--); Sclilestadt, 2 (x«); Sainl-Omer, 765 (xf); Avranches, 29 (x»); Arras, 309 (xf), et 846 (x'j; Metz, 304 (xi=); Angers, 731 (x"); Valcnciennes , 472 (x'^); Rome, Vatic, 843 et 1664 (ix«); Vérone, sans n- (vii«); Bruxelles, S-224-26 (xi') et 18207 (xi'); Rheinau, 13(x');Munich, 3711 (xr) et 63-if, ; i ■,u,>ir,l,,lii , 257(ix'); Saint-Gall , lOSet 352 (ix«) ; Dublin, Book of Arw,,,,/, ( ,i . MuMIrlull , 388 (xF-xiii"^) et 1877 (ix«). Les premières éditions sont les suivantes : incunables, sans lieu ni date, dans un recueil de la bibl. de Bruxelles (n° 18896) et dans un vol. de la bibl. de Tours provenantde M. Taschereau (n» 236); Zwollis, Petr. de Os de Breda, 1490-93, in-4''; Aides, Venise, 1501 ou 1502; J. Marchant, Paris, 1311, in-4<'; Jodoc. Clichtoveus, Paris, 1311 , in-4"; W. Lazius, Bâle, 1351 , et Paris, 1360, in-8»; Giselinus, Anvers, 1574; Surius, Vit. SS., Cologne, 1617, p. 246; Horn, Leyde, 1647; Joli. Borst, Berlin, 1668; Gel. Jo. Clericus, Leipsick, 1709. Signalons, en outre, une traduction française publiée par du Ryer (Paris, 1650. in -12), remplacée depuis avec avantage par celle de M. Richard Viot (Tours, 1861 , in-18 1. = 2 Deux vol. in-4", Vérone, 1751 et 1734.= 3 Corpus scriplorum eccles. lalin., vol. I; Vienne, 1866, in-8''. M. Ch. Halm a fait à sou tour un