‹ Saint MartinChapitre 271 sur 317 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Saint Grégoire, évêque de Tours, qui écrivait cent cinquante ans plus tard, put cependant, grâce aux diptyques de son église et aux souvenirs demeurés vivants dans le pays, ajouter quelques traits à la biographie de son prédécesseur'. Mais il n'entreprit point de la refaire, et se contenta de la continuer, pour ainsi dire, par le récit des miracles posthumes du saint. Il en forma quatre livres, composés au fur et à mesure avec un enthousiasme sincère, mais parfois peut-être avec trop peu de discernements Après lui, les éléments vraiment historiques de la vie de saint Martin ne reçoivent plus aucun accroissement. Les écrivains du moyen âge reproduisent avec plus ou moins de servilité le texte des deux précédents, et surtout du premier. Ils le mettent en vers, à l'exemple de Paulin de Périgueux ^ et de Fortunat ^ ; ils l'abrègent, comme Alcuin et Vincent de Beauvais ; ils le farcissent d'éléments légendaires, comme Péan Gastineau et Jacques de Voragine ; ils remettent en prose française les traductions rimées, comme l'auteur des Enquestes de Posthumien et des Beaux Miracles de monseigneur saint Martin. D'autres se bornent à enregistrer

usage plus heureux du manuscrit do Vérone, exécuté au vii= siècle sur l'exemplaire de 519, et s'est servi de plusieurs autres avec une égale intelligence; on peut cependant lui reprocher de n'avoir pas utilisé les précieux manuscrits que nous possédons en France.

> Hisl. Franc, 1 , 43; II , 1 ; X , 31. Virt. S. Mari., I, 1-6. = 2 De Viriulibus ou de Miraculis sancH Martini libri quatuor, édités notamment avec les œuvres de Grégoire par dom Ruinart, Paris, 1699, in-f», et avec les Operaminora du même par M. Bordier, qui en a donné en même temps la traduction , Paris, 18o7-64, 4 vol. in-8°, tome II (coll. de la Soc. de l'Histoire de France). = 3 De Vita S. Martini libri sex, éd. dans la Bibl. Pair, noviss., t. VI, dans Migne, t. LXI, etc. Cet auteur, longtemps confondu, et dès le vi' siècle, avec son homonyme S. Paulin de Noie (erreur reproduite encore par Potthast), écrivait vers 465. Son poème est une version fidèle de Sulpice Sévère, mais où les faits sont plutôt délayés qu'éclaircis. Dans les trois premiers livres, il suit pas à pas la Vita; dans les 4° et 5« , il versifie les Dialogues II et III ; dans le 6'^ seul , il raconte quelques faits nouveaux arrivés de son temps, et qu'il tenait de Perpétue, évêque de Tours. = * Vita S. Martini, éd. dans la Bibl. Patrum, Paris, 1624, t. VIII, dans Migne, t. LXXXVIII, etc. Poème écrit avant 576. Les deux premiers livres correspondent à la Vita de Sulpice, les deux derniers aux Dialogues. C'est l'œuvre de Paulin relaite avec moins d'exactitude et parfois calquée.

les miracles récents venus à leur connaissance, comme Héraclius de Liège, Ratbode d'Ulrecht, et les écrivains qu'on a pris pour Odon de Cluny et pour Herberne Aucun ne compose une œuvre originale et complète; aucun n'introduit dans ce vaste sujet la critique et la méthode qu'il comporte, et qui manquent, du reste, à la plupart de leurs contemporains. Une curieuse tentative est cependant faite dans ce sens par Guibert de Gemblours, dans la seconde moitié du xii^ siècle. La longue tournée entreprise par ce moine brabançon, qui avait sans cesse à la bouche la louange du bienheureux confesseur, à tel point que tout le monde l'appelait Guibcrt- Martin, n'est pas seulement un voyage de dévotion, mais un voyage d'étude et de recherches historiques ; il semble accomplir une véritable mission scientifique. Il apporte avec lui des lettres de Philippe de Ileinsberg, archevêque de Cologne, le recommandant aux religieux de Marmoulier ainsi qu'aux chanoines de Tours, et leur demandant, par son entremise, des renseignements sur certains faits miraculeux, sur l'état de leur église, sur le sang de saint Maurice apporté d'Agaune par saint Martin. 11 séjourne un temps considérable auprès d'eux, se fait admettre dans leur sein, visite Candes, Ligugé et les autres lieux illustrés par la présence

' Alcuin, Liber de Vila ou Homilia in Nalakm S. Martini, dans Duchesne , Aie. op., I, 1937, et dans l'éd. de Froben , II, 159. Vincent dcBeauvais, Specul. hislor., XIII, 13; XVII, 10-19; XVIII, 19-34; XX, I:i7. Péan Gastineau, Vie de monseignor S. Martin, éd. Bourassé, Tours, 1860, in-8". Jacques de Voragine, Légende dorée, éd. de 1846, p. 741 etsuiv. Les Enquestes de Posthumien, version en prose de P. Gastineau , éd. Bourassé, Tours, 1863, in-8°. Les Beaux Miracles de monseigneur S. Martin, version en prose du même, éd. Chevalier, Tours, 1874, in- 8°. Ratbode, Libellus de quodam S. Martini miraculo, éd. Salmon, Suppl. aux chron. de Tourainc , p. 1-13. De Reversionc elde Adu^tione ecelcsix S. Martini, attribués à Odon de Cluny, éd. Bibl. Clunlnc, y. 1 1:; d suiv. Miracula S. Martini post translationem , attribués à llerluTiic, :uvli('\ (}i|uo de Tours, mais dus, au moins en partie, à un auteur postérieur; éil. ISaki/o, MiscelL, Vil , 169. Signalons encore des abrégés anonymes et inédils de la V ie de. S. Martin dans quelques mss. français de la Bibl. nat. de Paris : n»» 818, 1" 286 (xiii<^ siècle) ; 7019, f" 129 (.MV); 7019^ (xm«); 7023, f" 83 (.xiu"); 23112, 1° 23'. (xii<^-xiiiO. Ce sont encore, pour la plupart, des traductions ou des résumés de Sulpice.

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