CHAPITRE VIII
tionner une biographie abrégée qui nous est venue tout récemment du fond de la Bohème, composée par le docteur Riha, professeur de théologie à Budvice ^ Cet opuscule éclaire surtout Thistoire du culte du bienheureux pontife dans les pays slaves; il n'a qu'un défaut pour les lecteurs français, celui d'être écrit dans une langue familière à un trop petit nombre d'entre eux.
L'éloquence de la chaire, à peine née dans notre pays, a balbutié le nom de Martin. Nos premiers recueils d'homélies sur les saints contiennent des fragments en son honneur. Ces sermons ne sont généralement qu'un résumé biographique des plus succincts, et toujours tiré de Sulpice Sévère, avec une ou deux réflexions morales en guise de conclusion. On en attribue de plus développés à Alcuin, à Odon de Cluny; mais ce sont simplement les traités mentionnés tout à l'heure, sauf une courte homélie publiée en outre, sous le nom du second , par dom Martène^ La grande voix de saint Bernard a prononcé, pour la fête du 11 novembre, des paroles plus éloquentes. Après avoir appliqué à l'illustre évêque plusieurs textes de l'Ecriture, après avoir raconté ses principales actions, il termine en portant aux nues, dans une péroraison pathétique, sa soumission exemplaire à la volonté de Dieu. Vers la fm de son discours, il lance un trait charmant. « Sans doute, s'écriet-il en s'adressant à saint Pierre, vous avez fait quelque chose de grand en abandonnant tout pour suivre Jésus. Mais je vous ai entendu dire sur la montagne : Seigneur, dressons ici trois Lentes, parce qu'il y fait bon. Vous avez tort de parler ainsi. Écoutez Martin : Si je suis encore nécessaire à votre peuple , je ne refuse point le travail ^ »
I Zivol Sr. Marlma Tnmn^kcho, lîu.hveis, 1878, in-8». 2 A„enl.. \' , 017. = 3 s. Bern. op., dans Mipnr, 1. C.I.XXXIII, col. 498. Cefrnnun ,1,. s.mil lîcrnard, ainsi qu'un autre sur inciiic siijol, enlraient dans i;i i'uiii|Mi<iiinii des offîces céléljrés à Orense le juur di^ la l'èlo de sainl Marliii ( Cuiiiiiiuniraliun de M. l'archidiacre d'Orensc.)
Pierre Damien célèbre à son tour dans la chaire la renommée universelle du seul confesseur, dit-il, sous l'invocation duquel on ait placé des églises épiscopales. 11 rappelle les exploits du guerrier de Jésus-Christ : « L'empereur céleste est glorifié dans son soldat, le soldat dans son empereur'. » Honoré d'Autun lui applique, de son côté, ces paroles si bien justifiées : Dilectus Deo et fiominibus, et rapporte une légende inconnue d'après laquelle il aurait une fois délivré des peines du purgatoire un nombre d'âmes égal à celui des fidèles venus pour assister à sa fête^ Puis c'est Maurice de Sully, l'évêque de Paris, le constructeur de la belle cathédrale oij l'image de l'apôtre a été reproduite avec tant de complaisance par le ciseau, qui prêche ses vertus aux chrétiens de la capitale, dans une des plus anciennes homélies qui nous soient parvenues en français ^ Ce sont d'obscurs anonymes qui vantent sur tous les tons le grand coup d'épée d'Amiens (j'en ai cité deux plus haut). C'est un prêtre irlandais qui adresse à ses compatriotes, dans leur vieil idiome national, un résumé des récits de Sulpice*. 11 n'est pas une langue moderne qui n'ait été employée à la louange de Martin ; il n'est pas une époque de notre histoire où la chaire ne l'ait répétée. On peut descendre jusqu'à celle où nous vivons : après le P. Gardeau, curé de Saint-Étienne-du-Mont; après le P. Séraphin, le célèbre capucin de Paris; après l'abbé Anselme, le savant membre de l'Académie des inscriptions; après La Tour du Pin, le prédicateur ordinaire de Louis XV, et Ballet, le prédicateur de la reine, dont les sermons plus étudiés ont été récemment reproduits % on trouvera encore
1 Surius, Vit. sanct., VI, 284. = Migne, Palrol., t. CLXXII, col. 1021. = 3 J'en donne pour cette raison le texte à l'Appendice. Toutefois ce morceau pourrait être d'un continuateur des sermons de Maurice, appartenant à la même époque que lui. (Bibl. de TArsenal, ms. 2111.) = Cette curieuse homélie en ancien irlandais a été publiée dans la Revue celtique, an. 1873, II, 381 et suiv. = s Dupuy, op. cit., p. 469 et suiv. Sem. relig. de Tours, an. 1871 , p. 50.