‹ Saint MartinChapitre 273 sur 317 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Les premières presses qui s'établirent en Europe livrèrent bien au public quelques-unes des œuvres dont je viens de parler. Mais il faut descendre jusqu'au xvn'' siècle pour voir l'histoire s'occuper enfin sérieusement d'éclairer la noble figure de l'évèque de Tours. Tandis que de timides essais se faisaient jour en France et en Allemagne ' , la colossale entreprise du P. Bollandus amenait la réunion de matériaux assez considérables, pouvant servir de base à une biographie largement conçue. Malheureusement, les auteurs des Acla sanclorum s'ctant décidés à suivre l'ordre du calendrier, et le tour de saint Martin n'arrivant qu'au mois de novembre, ce travail préparatoire est demeuré perdu pour plusieurs générations. Le recueil de documents dont il se compose est venu échouer à la bibliothèque royale de Bruxelles ; mais le zèle des nouveaux Bollandistes nous fait espérer qu'il sera complété avantageusement, et que bientôt le monde entier pourra jouir du fruit de tant de labeurs. Vers la même époque, parut l'ouvrage de Gervaise, qui fit le premier lire aux Français une histoire à peu près complète de leur apôtre national^ Malgré l'étrange parti pris de l'auteur au sujet de la profession monastique du saint, et bien qu'il ait laissé dans l'ombre certains côtés de sa physionomie, cette publication rendit de grands services et en rend même encore. Sans doute, elle ne répond plus aux exigences de la critique moderne; mais les érudits et les martinophiles seraient ingrats s'ils oubliaient que Gervaise a ouvert un domaine jusque-là inexploré, et surtout transmis à la postérité des renseignements précieux sur les événements

' Jean d'Assignies , Recueil de la vie et des vertus cl perfections de S. Martin, tiré desplus graves auteurs , Douai, 1623, in-16. Petrus Menander, Vie de S. Martin, écrite en 1656, impr. dans Maan , Hist. des archevêques de Tours, Tours, 1667, in-f». Marteau, Vie du prélat apostolique, aie, Paris, 1660, iu-'i°. Bechmanu, Di'sputatio inaug . deMartino, ep. Tur., lenee, 1697, in-'i^jelc. Je passe sous silence quelques dissertations sur des points spéciaux. = ^ La Vie de S. Martin, cvcque de Tours, avec l'histoire de la fondation de son église, etc., Paris, 1699, in-4°.

ART CONTEMPORAIN ÉCOLE FRANÇAISE

<i Baptême de Clovis. " Le centre de cette scène historique est le manteau , c'est la pensée et le souvenir de saint Martin. On a dit avec raison que saint Martin est le grand saint national de notre première race, saint Pierre celui de la seconde, saint Denis celui de la troisième. Il est certain que la chape de saint Martin nous a tenu lieu de drapeau national pendant les vi", vii" et viii» siècles, et c'est devant elle que se prêtaient alors les serments solennels. C'est également sur le tombeau du grand thaumaturge de Tours que Clovis alla se prosterner, au moment de se faire baptiser. Le roi des Francs était bien inspiré. Sans l'efTort de saint Martin et s'il n'avait pas déblayé le sol gaulois du paganisme qui le déshonorait, cette conversion de Clovis eût peut-être été impossible, et c'est par là qu'on peut dire que saint Martin, avec saint Remi, a été le « baptiseur » de la France.

Peinture murale de Laugée en l'église Sainte- Clotilde à Paris.

Dessin d'Edouard Garnies, gravé par Pannemaker père.

rapprochés de son époque, par exemple sur les ravages des huguenots. Par sa fin héroïque, d'ailleurs, le prévôt de Saint-Martin de Tours a mérité plus que l'indulgence : après de longues années consacrées à l'étude, il alla déployer son zèle dans une mission lointaine et périt de la main des Caraïbes, en 1729, le lendemain de la fête du confesseur dont il avait retracé la vie.

Le xvni° siècle et la première moitié du nôtre n'ajoutèrent au bilan des précédents que des travaux sans importance ; cependant la quantité de petites biographies édifiantes publiées dans cet intervalle eut au moins l'avantage de maintenir, au milieu des temps les plus troublés et les plus injustes à l'égard de nos vieilles gloires, la popularité d'un nom que le rationalisme essayait d'effacer de la terre. Cette popularité s'accrut, en 1853, par l'apparition du livre de M. l'abbé Dupuy écrit principalement dans le but d'alimenter la piété, mais néanmoins rempli de faits et de détails intéressants, que les esprits difficiles voudraient seulement voir distribués avec un peu plus d'ordre. Sept ans après, l'Allemagne entreprenait de payer son tribut à la mémoire de l'un des hommes qu'elle a le plus vénérés autrefois : le docteur Reinkens publiait une nouvelle vie de saint Martin % et, en dépit des opinions malheureuses que sa conduite a manifestées avec tant d'éclat, faisait ressortir par d'ingénieux aperçus la grandeur du héros catholique. Toutefois , il faut le dire , son travail, très approfondi sur certains points particuliers, complètement nul sur beaucoup d'autres, ne répondit qu'imparfaitement à ce qu'on était en droit d'attendre de l'érudition allemande. 11 y a moins d'inégalité et peut-être plus de nouveauté dans l'étude courte, mais attachante, consacrée au même sujet par dom Chamard, bénédictin de Ligugé, en tête des annales de ce monastère ^ On doit enfin men-

1 Hist. de S. Martin, Tours, 1853, in -8". = 2 Martin von Tours, der tvimderthxtige Mœnch und Dischof, Breslau, 1866, m-8°.== 3 Saint Martin et son monastère de Ligugé, Paris, 1873, in -12.

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