DU PRÉSENT VOLUME
ONORER la mémoire de l'un des saints auxquels la France est le plus redevable de la foi chi-étienne et de sa vraie gloire, tel a été le but de tout ce livre : tel est aussi l'objet de l'illustration dont on a voulu lui donner la
Notre siècle a tellement perdu le
^^lll KlS^ffl ll^^ " ^^"^ chrétien » qu'il nous est arrivé i»VvMtJ/ai Jl pi^g (Wii^Q fois, durant les longs mois
que nous avons consacrés à ce labeur, de nous entendre dire ces étonnantes paroles : « Un livre sur saint Martin , « un livre à images! y songez -vous?
Et où trouverez -vous les éléments de cette illustration inopportune, malaisée, impossible? » Ainsi parlent d'honnêtes gens qui ne connaî-
API'ENDICE
traient rien de la Vérité, si le grand apôtre des Gaules n'avait point jadis converti leurs aïeux à la lumière du Christ. Le pis, c'est qu'ils sont de fort bonne foi et ne savent même pas en quel siècle a vécu saint Martin. Voilà où en sont les traditions chrétiennes chez un peuple qui peut passer à juste titre pour le moins traditionnel de tous les peuples.
Dussions- nous scandaliser ces ignorants et ces timides, nous leur dirons — avec des milliers de preuves en main — que l'illustration d'un Saint Martin offre aisément d'incomparables ressources. Nous ajouterons, au risque de passer pour paradoxal, que, si l'on excepte Notre Seigneur, Notre Dame et saint Pierre, aucun personnage historique n'a conquis sur notre sol une popularité comparable à celle de saint Martin. C'est le saint national, c'est le saint qui a fait la nation. Si l'on peut juger de la popularité d'un saint d'après le nombre des églises qui sont placées sous son patronage, il n'en est pas un seul peutêtre que l'on puisse, chez nous, rapprocher de ce grand destructeur d'idoles: près de quatre mille de nos églises lui sont consacrées. Un grand nombre d'entre elles sont placées sur le chemin que l'apôtre a suivi en ses étonnants itinéraires à travers les campagnes gauloises. C'est, en quelque manière, le parfum qu'a laissé son passage: In odorem ungucntorum luorutn sequemur te.
Nous avons eu l'occasion de recueillir naguère tout ce que l'art du peintre et du sculpteur a imaginé de plus original et de plus sublime pour honorer la mémoire d'un Charlemagne, d'un saint Louis, d'une sainte Elisabeth de Hongrie. Certes, ce sont là de glorieux sujets et bien faits pour inspirer les plus grands artistes comme les plus grands poètes. Et néanmoins, qui le croirait? ce n'est pas sans de longs efforts que nous avons pu composer une galerie artistique à la gloire de ce grand empereur devant lequel se taisait le monde, de ce saint roi qui moui'ut sur un lit de cendres, de cette « chère sainte » qui a pour toujours attaché son souvenir à la beauté et au parfum des roses. Devant ces figures radieuses, l'art s'est trop souvent senti impuissant et ne nous a point donné tous les trésors auxquels nous étions en droit de nous attendre.
Pour saint Martin, rien de pareil, et si nous avons eu lieu d'être effrayé, c'est de l'excès de nos richesses. Ce conquérant des âmes qui a parcouru notre Gaule sur une pauvre monture, cet homme dont l'aspect était presque vulgaire a laissé dans l'art une empreinte bien plus profonde que le grand empereur à la barbe fleurie dont le génie, égal à celui de César et de Napoléon, a sauvé l'unité du christianisme occidental. Nous n'exagérons rien en affirmant que l'on pourrait aisément consacrer à la gloire de saint Martin un album composé de plusieurs milliers de planches. Tous les pays du monde pourraient concourir à cette œuvre vraiment œcuménique : car il n'en est pas un peut-être oii n'ait pénétré cette popularité victorieuse. Et il faut bien espérer qu'un jour
viendra où la chrétienté reconnaissante élèvera ce monument à Tapôtre trop oublié sans lequel la sainte Église n'aurait peut-être eu, parmi nous, qu'une existence chétivc et mal assurée.
Cette richesse même est devenue pour nous un obstacle, un péril. « Trente grandes planches hors texte et une centaine de pclils dessins, » voilà ce qu'on mettait à la disposition de notre zèle, et il fallait nous enfermer en ces limites, dont nous avons senti plus d'une fois la douloureuse étroitesse. Que faire? Entre tant de merveilles, que choisir? 11 nous a paru sage de procéder comme nous l'avons fait pour le Charlomagne et le Saint Louis, et d'offrir seulement des types à nos lecteurs. Pour représenter tout l'effort de l'art roman, nous devrons nous contenter d'un seul tableau, et de quatre ou cinq autres pour donner une idée des différentes phases de l'art gothique; une planche devra suffire pour figurer l'école vénitienne, une autre pour la romaine, deux pour la flamande, et ainsi de suite. Pour nos frises et nos culs-de-lampe, même méthode : la vue de la seule église de Colmar représente ici toutes les églises d'Alsace consacrées à saint Martin, et celle de Pont-à-Mousson toutes celles de Lorraine; les bas-reliefs de Lucques sont le type exact de tous ceux du même temps, et, quand on connaît les belles tapisseries de Montpezat, on connaît toutes celles du xvi'' siècle. Notre lecteur est instamment prié de se placer à ce point de vue, et de ne point étudier notre illustration avant de s'être bien pénétré de notre système et de nos principes.
Gomment, d'ailleurs, nous y prendrions -nous bien pour montrer que cette surabondance de documents n'est pas sans présenter quelquefois une certaine pauvreté avec une véritable monotonie? La chose est assez délicate à exprimer; mais nous voulons tenter l'aventure, et ne désespérons pas de nous faire comprendre.
Donc il est arrivé, par un accident qui trahit l'infirmité de notre nature, que, dans la Vie des saints, les artistes de tous les siècles ont presque toujours sacrifié jusqu'ici l'histoire à la légende. Or, la légende, c'est de l'histoire condensée ; mais c'est trop souvent aussi de l'histoire défigurée, viciée, enlaidie. Qu'importe? On a préféré ce demi -jour à la vraie lumière et cet amoindrissement à la vraie grandeur : voici la quatrième fois que nous sommes condamnés à le constater. La taille du Charlemagne historique, — pour ne prendre ici que cet exemple, — dépasse de cent coudées la stature du Charlemagne légendaire : celui-ci a des traits qui touchent à la caricature, et la figure de celui-là n'a jamais été déshonorée par aucune grimace, par aucune laideur. L'affranchisseur de la vérité catholique, le dompteur de tant de barbaries menaçantes, le vainqueur des Saxons, le protecteur d'Akuin, l'inspirateur des Missi dominici, ce Charlemagne très réel est autrement majestueux, autrement beau, que celui à'Ogier le Danois et de la Chanson des Saisnes. On en peut dire autant de saint Louis et de sainte Élisa-
APPENDICE
beth; mais nous ne voulons pas nous attarder ici à en donner la démonstration , qui serait inopportune et longue.
Saint Martin en est une preuve encore plus frappante. Quand je m'arrête devant la verrière de Tours ou devant la tapisserie de Montpezat, devant ces deux monuments dont les auteurs ont la prétention de nous raconter la vie, toute la vie du saint, je ne suis pas médiocrement étonné et désillusionné. Les traits historiques que ces artistes ont bien voulu adopter lie sont pas les plus importants que l'histoire nous ait laissés; les traits légendaires qu'ils ont choisis ne sont ni les plus significatifs ni les plus beaux. Ils ont travaillé l'un et l'autre d'après un de ces formulaires, ou de ces programmes oraux, ipie les artistes du moyen âge se transmettaient pieusement, et qu'ils n'ont guère modifiés. Un médaillon tout entier est donné à la légende du Diable, qui jette sous les pieds de Martin je ne sais quel obstacle vulgaire et le précipite ainsi du haut d'un escalier. Cette scène se retrouve dans un vitrail de Tours, dans ce beau livre d'heures d'Estienne Chevalier que peignit Jehan Foucquet, et en bien d'autres monuments figurés qu'elle ne contribue guère à embellir. Nous pourrions citer encore de nombreux exemples et établir facilement ijue la plupart de ces œuvres d'art sont loin de donner une idée de saint Martin qui soit adéquate à la grandeur du personnage. Presque partout ce géant est rapetissé. Lisez plutôt, et relisez les pages émues que les plus récents historiens ont consacrées aux voyages apostoliques de cet homme vérilablenicnt prodigieux, et dites- nous si elles ne vous font pas mieux connaître saint Martin que tant de bas-reliefs ou de tableaux ultra-légendaires. C'est là que vous saisirez l'apôtre, pour ainsi parler, dans le flagrant délit de son apostolat. 11 s'est mis vaillamment à la recherche de toutes les idoles pour les renverser et de tous les idolâtres pour les convertir; son bâton a brisé les derniers Jupiters et les derniers Mercures ; sa parole a ressuscité des morts et revivifié des âmes ; sous ce pied victorieux se débattent en vain l'arianisme élégant qui séduisait les Gallo-Romains des villes, et le paganisme grossier qui décevait les Celtes des campagnes. Martin est vainqueur de ces deux hydres, Martin est le Jean-Baptiste de l'Eglise catholique dans ce beau pays des Gaules qui demain s'appellera la France ; Martin est le précurseur de saint Remi, et c'est avec raison qu'un illuistre peintre de notre temps a peint le manteau, la « chape de saint Martin » flottant surnaturellement dans les airs, au-dessus du baptistère de Reims, dans ce moment solennel oi^i Clovis et la France furent baptisés. Pas de saint Martin, pas de Clovis!
Peu d'historiens ont compris, avant ces derniers temps, qu'il y avait à écrire toute une vie sociale de saint Martin, et, dans un autre ordre d'idées, peu de peintres ont saisi la profonde beauté de cette histoire que la légende a déformée et amoindrie. Nous n'avons pas tardé à nous apercevoir que les plus nobles épisodes de la vie de saint Martin
ont élé, jusqu'à nos jours, complùtenient laissés dans l'ombre. C'osl ce qui nous a décidé à modifier quelque peu le plan de notre illustration et à confier à quelques grands artistes des compositions originales destinées à combler de trop nombreuses et trop regrettables lacunes. On se refusera peut-être à nous croire quand nous affirmerons qu'aucune toile, aucun bas-relief, aucune tapisserie, aucune verrière, n'ont encore élé, à notre connaissance, consacrés à cet incomparable épisode des priscillianistes qui est le sommet de la vie de saint Martin ; ni à la conversion de sa mère par ce fils admirable, qui eut la douleur de ne pouvoir aussi convertir son père ; ni à cette nuit passée par le saint évêque au seuil d'Avicien pour sauver la vie de tant de condamnés à mort; ni au charmant apologue des oiseaux pêcheurs. Le baiser magnifique donné au lépreux qui se tenait h la porte de Paris, la mort du grand apôtre sur le cilice de Candes et ses obsèques plusieurs fois glorieuses, n'ont servi de matière qu'à des œuvres sans originalité et sans valeur. C'est pourquoi nous avons dù demander à Luc-Olivier Merson, à Joseph Blanc, à J.-É. Lafon de s'emparer de ces nobles sujets et de les traiter pour la première fois. Ils n'ont pas reculé devant celte tâche, et c'est à nos lecteurs de décider si ces beaux dessins i ne valent pas de grands tableaux. 11 nous restait néanmoins à résumer, d'une façon visible et vivante, tout le rôle historique, toute l'action sociale de saint Martin. La légende, encore ici, avait fait son office de vulgarisatrice populaire et avait condensé le saint tout entier dans l'aventure historique du manteau. C'est par milliers que nous avons rencontré sur notre chemin des « saint Martin partageant son manteau et, malgré tous nos efforts, nous n'avons pu éviter d'en reproduire ici quelques-uns. Que voulezvous! c'est net; c'est facile à comprendre; c'est à l'adresse du peuple, qui ne saisit guère les abstractions et ne s'attache qu'aux faits. Sainte Elisabeth a été , de la même manière , condensée dans le seul miracle des roses , et saint Louis dans le seul épisode de la translation des saintes reliques. Ainsi le veut le peuple; mais il nous était permis d'échapper à cette routine et de nous révolter contre ces formules. A cet artiste philosophique et fin, qui s'appelle Olivier Merson , nous avons demandé le frontispice et la dernière planche de notre œuvre. C'est, d'une part, « saint Martin conduisant au Christ les représentants des deux sociétés qu'il a évangélisées », des villes qu'il a préservées de l'arianisme et des campagnes qu'il a délivrées du paganisme 2. C'est, d'un autre côté.
I Planches XXI et suiv. — N^hw hi.ik ivi|.mrherion3 de ne pas indiquer aux sculpteurs et aux peintres d'autres sujels i|ui jn<i|n m l nnt été trop rarement abordés. Tels sont u le baiser de saint Martin et de s.mmI (|ii;imJ il- *c revoient après le triomphe de l'Église
les processions païennes intcriMiiiinir- |.. n , i iii n .u d,- ,i„-r; la résurrec-
tion d'un enfant au diocèse d- ( h, m r. -, l . i . L I I 'i- liniiir , |„.n, huit la messe, des rayons sortir des mains de sauit .Maiiiiin. ri. , i ii'. ^- i Pl. 1.
APPENDICE
« l'apôtre des Gaules renversant les dernières idoles i ». Tout saint Martin est là : c'est l'alpha et l'oméga de son histoire; c'est le résumé de ses luttes et du livre de M. Lecoy.
Toute l'illustration du Saint Martin se divise fort naturellement en trois parties principales : les planches hors texte; les têtes de chapitres ou bordures; les culs-de-lampe. Or, à l'exception de ces dix compositions originales dont nous venons de signaler la nécessité et d'indiquer le plan , toutes ces images ne sont que l'exacte reproduction des œuvres du passé. Celte illustration est historique; elle est scientifique autant que celle du Charlemagne , de la Sainte Élisabeth et du Saint Louis, et la fantaisie n'y tient que peu de place. Les trente grandes planches hors texte nous font connaître, si nous osons ainsi parler, les rapports de Tarfavec la physionomie de saint Martin, et telle est, en effet, l'idée que se sont faite de notre saint les peintres et les sculpteurs de tous les temps, de toutes les écoles. Nos cinquante culs-de-lampe complètent ce merveilleux ensemble ; mais ils sont moins consacrés au grand art qu'à l'iconographie de l'évêque de Tours et à sa représentation traditionnelle dans les petits monuments figurés, miniatures, sceaux, monnaies, gravures sur bois, images populaires. Quant aux têtes de chapitres ou bordures, tout autre est leur objet, et nous avons voulu faire avec elles une sorte de voyage martinien à travers le monde catholique : voyage en cinquante étapes , que l'en prendra plaisir à entreprendre avec nous. Ne pouvant reproduire les milliers d'églises qui sont dédiées à saint Martin, nous avons choisi les plus célèbres ou les plus typiques, et les avons fait passer sous le regard de notre lecteur. A l'illustration intérieure du Saint Martin , à la carte , aux plans et aux fac-similé, dont l'auteur a eu besoin pour justifier quelques-unes de ses propositions historiques, nous ne saurions donner ici que quelques mots 2; mais nous prendrons la liberté d'insister plus longuement sur les « lettres ornées » qui forment la parure initiale de chacun des chapitres et sous -chapitres d'un livre si nettement divisé. Ces lettrines sont de véritables compositions, dont M. Ciappori a très scientifiquement emprunté le dessein général et les détails précis à la décoration des catacombes. Les éléments de cette ornementation appartiennent, pour la plupart, au siècle même de saint Martin, et rien n'était, au reste,
1 Pl. XXX. — s Nous Juvons sip-iu-ilfr l.i railc ilu pnys natal de saint Martin (p. 59) ; la restiluliiiii , .liir :i .M. . ilii tnnil.r n -1, -.uni M.ulin du v» au xi» siècle, d'après le texte
de sailli .M- -1 ri I.- i..f ..->..,.■ ji. .'i.'iS) ; lëpitaphe de Fœdula (p. 328);
(p. 'j-lo'i , i:W. vW. Il y a la tnulo iiiio illii-ir.iii'.ii on la science prend plus de place que l'art , et que les crudits sans doute tiendront en bonne estime.
plus naturel et plus logique que de placer ces souvenirs des premiers siècles de l'Église dans une œuvre qui a pour objet les victoires d'un grand apôtre sur le paganisme celtique et gallo-romain. Les chrétiens des villes qui étaient contemporains de saint Martin comprenaient fort bien ces symboles que des pinceaux naïfs exprimaient encore de leur temps sur les murs des catacombes ou dans Vopus musîvum des basiliques, et saint Martin n'avait rien tant à cœur que de les apprendre aux habitants des campagnes.
« L'art dans ses rapports avec la figure de saint Martin ; l'iconographie du saint; la géographie martinienne : » tels sont les trois principaux objets d'une illustration dont nous voudrions faire saisir tout l'esprit et tout le plan. Il importe de revenir sur chacun d'eux.
HT
Il y a cela de grand dans l'art, qu'il ne lasse jamais l'esprit de ceux qui lui donnent leur vie, et que l'habitude n'en déflore point le charme. Quelque accoutumé que nous soyons à étudier à travers les âges la destinée artistique d'une seule et même figure historique, nous avons éprouvé le plus vif plaisir à suivre ainsi la figure de saint Martin sous le pinceau, sous le ciseau des peintres et des sculpteurs de tous les siècles. C'est qu'en effet chacun de ces artistes a eu son idéal ; c'est que chacun d'eux a eu sa théorie particulière de la forme, de la lumière et de la couleur; c'est que chacun d'eux a vécu dans un milieu spécial. Voyez cette mosaïque, précieuse et médiocre, qui orne encore aujourd'hui l'église Sanl'Ambrogio à Milan i : c'est la raideur byzantine,
1 Mosaïque de Sant'Amurogio de Milan. I. Date. « La tradition (dit M. Muntz en une excellente dissertation manuscrite qu il nous a communiquée avec une rare oblieeance et que nous ne voudrions pas déflorer) attribue au diacre Gaudentius 1 exécution de la mosaïque absidale de Sanl'Ambroaio , » de cette œuvre qui prouve si eloquemmcnt la popularité de saint Martin en Italie, o Le nom de ce personnage (Gaudentius) paraît être également contenu dans l'inscription monoirrammatique si compliquée qui figure dans 1 anïle droit de 1 abside : Angilberio , Karoli LmlDiurn. /mi /rater Gaudentius ( .-■). S il en était ainsi et si cette lecture était sûre, la mu- n ui r m mi' rwnire a 81O. date de la mort de Louis le Débonnaire. (1 La science mrHlri , . . \] ilmiU, n a rien ajoute a ces renseignements, et le style de l'œuvre ne sauroii < 1 ,1 1:1 . m l secours : 11 car cette malheureuse mosaïque a cte 1 objet d'altérations et 'tr 1 -1 ui 1 n 1. m- hK^i[iie sans nombre. Nous ne serions pas cloiarno . quant a nous (et nous nnin I r u iiiii, in .lu srnliment de M. Muntz) de la rajeunir d un sici lc et rliMiii . et d'en attribuer 1 1 .\ rn; ion .m . oininencement du xi» siècle. L église, très probabb^mcit , i si de cette date (cc-L InpiiiiMH M. .]. Quicherat). et il resterait a démontrer, si I 011 veut vieillir la mosaïque, qu rllr a fuit partie d'un édifice antérieur (?). 7= U. Exfxution. C'est avec raison que M. Muntz juge fort sévèrement le style de cette œuvre. <i Elle na non. dit-il, de la netteté et de la simplicité des mosaïques absidales romaines du ix« siècle... L'effet qu elle produit est des plus médiocres... Pas d ensemble vigoureux, pas de grandes masses, pas d action fortement concentrée; mais un certain nombre de petits motifs sans unité apparente, sans lien pittoresque... On ne saurait imaeiiier de décadence plus profonde. » — UL Inscriptions. 1° Sur le livre ouvert du Christ : Ego suin lux inundi. 1» Au-dessus de la tête du Christ, il faut lire, d'après Ferrari et Muntz. en corrigeant le texte et en corn-
c'est la majesté froide, c'est l'immobilité des mosaïques carolingiennes. Quelques nobles vêtements bien drapés, quelques beaux plis, une certaine dignité, une certaine grandeur hiératique. Rien de vivant, et il n'y a pas de sang dans ces corps figés. Je préfère encore cet art roman , très naïf, dont un manuscrit de Tours nous oiïre un type assez correct i : les personnages ne sont pas cloués : ils marchent, ils agissent, ils vivent. L;i l)iMut(' i-c|irMiilaiil , l'indispensable beauté est encore absente. Palii'iicc : llalii'Ms Miiil là, et ils en i)réparent le règne déjà prochain. Dans li's deux IVcsques de Simone Memmi 2, on sent les approches du grand art, et plusieurs figures y sont absolument belles. C'est un antique , c'est véritablement un antique que la slatue de la cathédrale de Lucques : le cheval est lourd, je le veux bien, et les jambes n'ont rien de « marchant » ; mais la tête du saint n'est pas loin d'être sublime 3. La France, que l'on a jusqu'ici beaucoup trop méconnue dans l'histoire de l'art; la France, qu'il est temps do réhabiliter, va désormais lutter victorieusement avec l'Italie. Ce vitrail do Tours ^ est encore bien naïf, bien pri-
Il I 0\I'1MI1II\ la 1
i\ -, \r,iir,-,|riiirnl ; S. l'HuTASIVS r[ S. O 1 1 V ASl VS .
;li.\a
SATIRVS. SCA CANUIDA.
\ \M 1 ()( lOi, (uon
11 Condidit Ami in = Nempe illis ul
le grand iguïté de notre reproexactement dans notre : Il Marlinus moritur-, = Mors sua digna hono n. » Rétablir, dans notre ■lalum, fertum, famula- ,111 xie siècle. — 8o Qua- - l'i' l'l'i martyrio pro- I iviliii. uii.xilium, jure et
.Milan, 18; planche n
(|uelques portions de feuillets q voulu que notre planche offrît li
Album, etc. Nous av
\lr llT, lHlldi(
. di Sant'Ambrogio.
)« série, pl. XIX. Notre ;xactement la mosaïque ns envoyé a Milan un it installé dans la basi- ; que notre chromoli-
■ 1018) contient à la fois des ilii X16 avait laissé en blanc 1' siècles après. Nous avons ti-nvail (pl. 111). = 2 Pl. VI un-; i-Tiirralcinent employé la -il -.111- iilief : une mosaïque i.ihiiv pl. XI). On ne devrait 11- iivi.115 été forcé de lui de-
mitif, et ne vaut guère que par la couleur; mais ces tapisseries d'Angers sont très savamment composées, très harmonieusement colorées, pleines de mouvement etde viei. La tapisserie française a précédé, comme elle a surpassé toutes les autres tapisseries : nous le constatons ici une fois de plus. Mais quelle perfection de coloris dans ces deux miniatures de Jehan Foucquet et du Livre d'heures d'Anne de Bretagne 2 ; dans ces tapisseries de Montpezat 3 ; dans ces vitraux de Saint-Florentin 4. Décidément la France a fait ses preuves, et nous pouvons maintenant lui comparer sans crainte les œuvres des autres peuples. La Renaissance se fait partout sentir. Ces personnages aux tons chauds, n'en doutez pas, ce sont des Flamands, et saint Martin offre ici l'aspect d'un bon évêque de Flandre au xv^ siècle 5. La couleur locale est encore bien loin, et ce n'est certes pas à Holbein qu'il la faut demander 6 : c'est bien assez qu'il ait consenti à nous peindre, près de saint Martin, une vierge si divinement souriante. Un grand seigneur allemand à cheval, faisant l'aumône à un éclopé, à un gueux : voilà bien Albert Durer, avec son rude trait si avant enfoncé dans le métal, avec ses tailles brutales, avec sa sauvagerie superbe . J'aime mieux cette admirable et chaude miniature de Libérale de Vérone, dont nous offrons la primeur aux lecteurs du Saint Martin^: la nudité du pauvi'e est ici d'une anatomie magnifique, et je la mets bien au-dessus de ce diable très maigre qui appartient à la première manière de Raphaël, et dont la gravure n'a jamais reproduit les traits 9. Il est vrai que le saint est jeune et tout charmant, et qu'il ressemble à Raphaël lui-même. Mais quel est ce beau cavalier en pourpoint, la tête couverte de cette toque gracieuse, sur ce cheval fringant? C'est notre saint Martin tel que l'a compris Rubens 10. Lui préférerezvous ce grand évêque froid et à haute mitre que Jordaens a représenté près d'un possédé si admirablement musclé HV Ou bien cette « Messe de saint Martin » de Lesueur, correcte, classique, mais glaciale, et copiée sans doute d'après nature sur quelque messe de chartreux 12? Pourquoi ne dirions-nous pas qu'en dépit de leur génie tous ces peintres du xvii*^ siècle ne nous paraissent pas avoir compris la grandeur de saint
1 Pl. .VIII et IX. =2 Pl. X et XI. = 3 Fig. 54, 56, 58, 60, 62. Voici les vers qui sont écrits sur les banderoles qui ornent la partie supérieure de chacune des pièces de cette tapisserie, et que nous avons été dans l'impossibilité absolue de reproduire sur nos gravures : a. Le Songe de saint Martin. Luy n^pos.Tiil cnme transv, — Dieu se aparul avironné — De Angels ausquels disoit ainsy : — " M uim < mmul iu ma donne. » = b. Saint Martin et les voleurs. Alpes dep[assant]? lari") i n luirent quelque arestement, — Voeillanz rober, mais l'un
de eulx — Mcrrv h i . i i i iM nt. = c Sacre de saint Martin. Luy baptisé suppedita — Diable, chair, niniide ol laulx tours; — Pour ce que en vertus proufita, — Sacré
fut evesque de Tours. =; d. Guensons miraculeuses : Martin à Trêves fist miracle — Sauvant une parahtique; — Puis guerist une demoniacle. — Dont Tetrad se fit catholique. (Ici le peintre verrier n'a pas, ce semble, bien compris son sujet.) = e. Destruction des idoles. Ydoles Martin destruisoit, — Quant pour le occir ung paien vint; — Mais, corne fraper le cuidoit , — Ne sceut que son couteau devint. = * Fig. 68 et suiv. ; pages 551 , 568, 580, 594, 609. = S Pl. XII. — 6 Pl. XIV. - v PI. XIII. = « Pl. XV = 9 Pl. XVI. = 10 PI. XVII. = 11 Pl. XVUl. = 12 P1. XIX.
APPENDICE
Martin? Est-ce que Rubens avait seulement lu la Vie de ce saint, dont il n'a connu qu'un épisode? Est-ce que Jordaoïis s'en était sérieusement inspiré? C'est avec joie que nous descendrons jusqu'au xix'' siècle; c'est avec fierté que nous contemplerons ces fresques d'ilippolylo Flaudriii à Saint-Vincent-de-Paul : fresques radieuses et qui donneront xww lrr,> Ii.hiIc idée de l'art français, si, d'ici à quelques siècles, on les retrouve au milieu des ruines de Paris t; ce n'est pas, enfin, sans quelque enthousiasme que nous parcourrons du regard ces œuvres de Laugée, de Claudius- Lavergne, de J.-É. Lafon, de Blanc et d'Olivier Merson 2. Ces artistes chrétiens de notre temps ont commencé par lire l'histoire de saint Martin ; ils n'ont pas été elTrayés par le latin de Sulpice Sévère et ont voulu s'en pénétrer intimement; ils ont étudié l'architecture et la statuaire d'un siècle si éloigné du nôtre, et ne se sont mis à l'œuvre qu'après s'être assimilé toute une époque. Ce sont bien là les porliqiies, les temph.'S, les costumes du iv<' siècle. Nobles et courageux artistes, vous avez approché la vérité de plus près que les génies des grands âges; le saint Martin que vous peignez est le vrai ; c'est celui qu'un nouvel historien vient de nous raconter si exactement; c'est celui que la sainte Église propose à notre imitation et à nos hommages. On a dit tant de mal de l'art contemporain, que je crois équitable de lui rendre ici la justice que certains lui refusent et à laquelle il a tant de droits.
Telles sont nos grandes i)lanches : telle en est la disposition, tel en est le sens.
Il ne faudrait pas demander à nos culs-de-lampe la même « philosophie artistique » ; mais nous prions nos lecteurs d'en faire une sérieuse étude à l'effet de se convaincre jusqu'à quel point l'idée de saint Martin était devenue familière à nos pères. Elle était dans leur air ambiant; ils la respiraient. Sur les murs de leurs cathédrales ou de leurs paroisses, ils sculptaient, à Milan comme à Paris, à Lucques comme à Vendôme et à Vic-en-Bigorre, comme en mille autres lieux, comme partout, l'image vénérée de ce jeune cavalier qui partageait en deux son manteau de soldat, ou quelque autre épisode d'une vie si féconde en merveilles 3. Dans ces mosaïques transparentes, dans ces vitraux qui laissaient tomber sur leurs églises un jour si délicatement tempéré, ils peignaient en couleurs vives cette même histoire, cette histoire miraculeuse : les verrières de Tours, de Chartres, de Bourges et du Mans sont là pour attester l'effort naïf des peintres très coloristes du xiii" siècle ^ , et celles de Saint-Florentin pour montrer comment les artistes de la Renaissance surent transformer chaque vitrail en un véritable tableau où triompha l'art du dessins. Mais, aux yeux de nos pères, les vitraux
1 Pl. XX. = 2 Pl. XXI -XXX. = 3Fig. 4, 19, 21 , 23, 101 , Hl. = * Fig. 131 et pl. V, déjà citée. Le vitrail de Tours a été copié sur place par M. Danibourgez. = S M. Édouard Garnicr a passé un assez long temps à Saint-Florentin pour copier ces admirables verrières, qui sont ici reproduites pour la première fois.
ne suffisaient pas à bien parer une église, et les tons éteints des tapisseries devaient s'harmoniser avec les tons clairs des vcrrirrcs. Nous avons eu le bonheur, pour les tapisseries comme pour les vilrrs peintes, de pouvoir, à côté de la naïveté d'un type gothique, ollVir la perfection d'un type de la Renaissance. Certes, le canevas du Louvre i, qui est du xiii« siècle, est encore bien rudimentaire ; mais les tapisseries d'Angers, qui sont du xv«, ne paraîtront pas barbares 2, si on les compare à ces
chefs-d'œuvre de Montiiezat . (jui peuvent passer pour inédits et dont il sera bon d'ollrir plus tard une reproduction intégrale aux érudits et aux artistes. LependanL on peignait dans les couvents de splendides missels, bréviaires et livres d heures, et l'imago de saint Martin se présentait d'elle-même au regard des niiniaturisles ravis : on trouvera dans le présent livre de nombreux spécimens de cet art merveilleux, dont personne encore n'a entreiiris d'écrire l'histoire. Pour le xi"' siècle, c'est le manuscrit 1018 de la bibliothèque de Tours ^ ; pour le xii", c'est le manuscrit 193 de la même bibliothèque 5; pour le xiii", ce sont les
1 Fig. 25 et 27. Les deux compartiments que nous en donnons ont été ropi.'^ pnr M. Édounrd Garnier d'après l'original. = 2 Pl. VIlI et IX. Nous avons cnvoyi- ii An-ns M. Ii,nnl,niirgcz pour dessiner ces tapisseries trop peu connues, que le custode de l.i >-:iilir<lr.il'- ■ M. r:ilil>i' Macliefer, nous a communiquées avec une complaisance dont nous in' ^jinhuii ,i--.v, 1." remercier. = 3 Fig. 54, 56, 58, 60, 62. = 4 Pl. III. = 3 Fig. 8.
miniatures d'un célèbre manuscrit de Saint-Martin-des-Cliamps i ; pour
le XIV", c'est le manuscrit 1023 de la bibliothèque de Tours 2; pour le xv", c'est encore le manuscrit 1018 3, et c'est surtout le Bréviaire de Salis-
1 Fig. 15 et 17. Ce manuscrit est aujourd'hui à la Bibliothèque nationale. (Nouv. acq , lat. 1359.) Les deux miniatures que nous avons reproduites y sont expliquées par les vers suivants : (( Rex pius Henrichus , Martini dulcis amie«s . — Templum Martmo fecit sub nomine triwo. » Et plus loin: « Rex erat ecce cinis; sic est do corpore finis. — Liberet a ^enis animam Deus atque cathen/s, — Ut, duce Martireo, letetur in ordine qui«o. Amen. " Dans le cul-de-lampe de la p. 97, le livre que saint Martin porte ouvert offre ces mots : n Tibi , Domine, commendamus animam famuli tui Henrichi , régis de F... » = 2 Fig. 31. = 3 Fig. 33.
bury 1 avec le livre d'heures de M. de Paulmy 2. Mais , dès que l'imprimerie pénètre chez un peuple, la calligrapliie en disparaît, et avec elle l'art délicat de la miniature. Voici les premières gravures sur bois 3, qui sont des images au trait et un tantinet grossières ; voici les images, plus étudiées peut-i'tre, qui ornent les livres populaires ou pieux du xvii'' siècle''.
Un Callot n'a pas dédaigné di; travailler pour celte humbl(3 clientèle On s'étonnera encore moins de voir la figure de saint Martin briller au haut de la crosse des évêques et des abbés 6; dans l'ivoire des diptyques 7 ; dans les broderies des aumônières, où elle est le symbole naturel et vivant de la charité 8; et jusque dans ces « fers à hosties » où l'on ne tolère, en général, que la seule image du Christ 9. Partout, elle est partout, et les nations la mêlent à leur vie publique. Nous ne
I liihl. nat. I.it iTJ'J'i. Fi-. :i7 .-t li'.i. Los i-ndres oui ,'■{(- ajoutes par M. Toussaint: mais il
( I I 1 1 I d z ne le 1 1 s t
loi -1 1 1 -1 jjl} — r37— 61 JDjr
le livre de Bocli. Les Trésors sacrés de Cologne: tradiintion de Suckau. Pans. 1862. in-f".
Cf. une crosse onpiée. d'après un tableau du Mans, dans les Caractéristiques des saints du
dr-Hii ■ M >>,;, . , I -, ,: i ,1 r.ivons dit. appartient à la collertion Maillot
du l;-Hh i I .jiM Init partie de la collection Duniont-.Auber-
II I I 1 1 I I f p r pe te 1 t
Martin. C est pouni i ^ ijnm- i i. i ' i ,.i no vniil..iis nous dop^ir-
tir ici d'aucun do i,n, .1.11,1 •] ,i . : -i . .,v,-,it dojà ot6 ropn„luit
par M. Hucher, dans |o liullrUn de .M. do i ..minoni . ,\lll , :;r,7.
APPENDICE
saurions être surpris de la voir tout à l'heure sur les sceaux de ces grands établissements religieux qui sont consacrés au grand évoque i ; mais il nous semble plus curieux do rencontrer le souvenir do notre grand saint sur l'une des monnaies les plus populaires de la France du moyen âge 2. L'Alsace et la Suisse, plus saintement hardies, frappent leurs monnaies à l'effigie du grand évèque 3. Les nombreuses corporations ouvrières, qui se glorifient de l'avoir pour patron, fondent en
plomb sa représentation luuvo''', que l'on retrouve aussi dans les « enseignes des pèlerinage-, 5 ». M,ii> elle a servi à dos usages encore plus familiers : les jeux à la mode 6; les enscignos dos marchands et l'imagerie populaire 7 ont usé et abusé do ce nom glorieux, et nous retrouvons cette figure connue, cette figure aimée, jusque sur le dessus d'un soufflet du xvi" siècle 8, jusque sur une assiette 9 et sur un broc à cidre du xviii" lo. Nous avons réservé pour la fin son emploi le plus historique et le \)\us auguste : on sait que la bataille de Lépante résolut superbement la question d'Orient, telle que le moyen âge se l'était
1 Fig. 11 (Prieuré de Saint-Martin-iIrs-Cliniii|,s à Pnrisl, fig. 29 ( Saint-Marlin de Tours), fig. 100 (Saint-Martin de Rodera), fig. 75 (Hucnu des an-hcvcques de Mayence xiii» siècle). = 2 Fig. CG. Les nos 3 et 4 représentent également le type u au cliâtel ».= 3 Fig. 47 : Colmar ; fig. 9.5 ; Uri , Scliwylz et Unterwalden. = * Fig. 49. V. Forgeais, Plombs historiés, I , pp. 76, 77, 79, 445; II, 182, 183. Nos dessins ont été e.\écutés d'après les originaux. = 5 Fig. 107. L'enseigne ci-contre se rapporte sans doute au pèlerinage d'Amiens. = 6 Fig. 6 : Pion pour le (I jeu de tables » ou pour le jeu de daines. =t 7 pjg. 108. = 8 Fig. 90. Collection Gavet, travail allemand. = 9 Fig. 109. Collection de M. Berlhet. = 10 Fig. 113. Appartenant à l'abbé Guiot. Reproduit par M. Edouard Garnier, à qui nous devons le plus grand nombre de nos culs- de - lampe , et qui, plus d'une fois en cette partie de notre illustration, a été pour nous un véritable collaborateur.
posée; on sait qu'elle délivra l'Europe de l'Islam. Eh bien , sur l'un de ces drapeaux qui Ilotlaient à Lépante, sur une bannière à la fois militaire et religieuse qui est aujourd'hui conservée à VArmeria real de Madrid,
Fig. 100. — Sceau de JiicqueS d'Arfcuillc , iirévôt de Saint-Mailiii ilc Rntlera ( xv sicclel.
figure l'image de ce soldai héroïque et charitable qui s'appelle saint Martin L Cette imago était à sa place, et la représentation de ce vain-
queur du paganisme romain cl celtique était bien faite pour enflammer les courages de ces vainqueurs de la barbarie musulmane.
Fig. 93.
APPENDICE
Nous venons de mettre en lumière la première signification de nos culs-de-lampe; mais ce n'est pas la seule, et, sans négliger nos planches hors texte, le lecteur érudit pourra facilement reconstituer avec eux, depuis les bas-reliefs de Milan jusqu'au broc à cidre du dernier siècle, toute une iconographie historique de saint Martin.
Il ne nous reste plus (ju'à iiuiiif de nos tètes de ch ap i très ; mais notre tâche ici devient facile, et rien n'est plus aisé que de faire le plan d'un voyage. Donc, nous partons de Marmoutier, comme du lieu sacré qui fut le point de départ des courses apostoliques du grand moine et du grand évêque, etnous venons ensuite nous agenouiller pieusement devant le tombeau du saint en cette cité de Tours qu'il a tant aimée, et qui l'en récompense aujourd'hui en refusant de lui refaire son sanctuaire et en élevant une statue... à Rabelais. La basilique future, celle pour laquelle les catholiques ont déjà réuni plus de deux millions, étincelle à côté des ruines de la basilique antique', et c'est là un contraste que nous avons
1 Fig. 5 cl 7. C'est à M. B.iillir^r, ;iiv liil.>rir , qiril a|i|i;irlon,iil de nous offrir ici la vue
exlérieure du futur monu nt. CI I inh i n m- |,i h;i-ilh|ii,' i li.. n:! \ et le nouveau cibo-
rium (fig. lis). A cell.- .uvlnirri ,,,v iIm um,,,, v ii ,, -,n,^ r,rer le plan de la
belle église que la revolnihin ,i h.-, iij , ri -mi., ni l, n. -rn-i iiution ingénieuse et
liardie de la basilique de -.nul l'rriiclui' 'lont nuiis ;ivoiis [lu li;iul î lig. 51 et p. 437 ).
Cette reconstitution est l'o/uvre de M. liatel.
cherché, que nous avons voulu. Puis, après une excursion à Candes, après un voyage en Poitou et une halte dans ce cher monastère de Ligugé où la pensée de saint Martin a eu sa première éclosion i, nous prenons à nouveau notre élan et parcourons en pèlerin , à pied , le bourdon à la main et la piété au cœur, les principaux sanctuaires martiniens de la France et du moiTde. On voudra bien nous excuser d'avoir ici varié nos points de vue : tantôt nous présentons à notre lecteur le spectacle imposant d'une grande cathédrale, tantôt le tableau modeste d'une église rurale qui a été choisie à dessein. Quelquefois nous donnons la vue intérieure, et d'autres fois la vue extérieure des basiliques et des cathédrales. Ici, c'est un simple portail ; ailleurs, c'est toute une ville que domine le clocher
de « Saint-Martin » ; plus loin , c'est un paysage étendu, avec de grandes montagnes et de vastes horizons. Nous avons tout fait pour éviter la monotonie, et espérons y avoir réussi. Aussi notre lecteur ne se refusera-t-il pas à faire le voyage avec nous; aussi voudra- t-il visiter avec nous ce vieux Paris qui a été si profondément martinien , le prieuré de Saint- Martin-des-Champs, qui fut longtemps le premier de tous les prieurés du monde, et l'antique porte Saint-Martin, telle qu'elle apparut au regard de Charles V et de ses contemporains. Nous parcourrons l'Ile-de- France avec sa baronnie de Montmorency, qui est la plus française de toutes les seigneuries, avec sa ville de Laon, qui fut un jour le siège de la royauté nationale. A la Picardie nous regretterons de n'emprunter quesa charmante église de Saint-Martin-aux-Bois ; mais nous ne traver-
1 Nous devons à l'obligeance de M. Perlai, photographe, la communication d'une excellenle vue du monastère actuel.
APPENDICE
serons pas la Brie sans entrer dans celte belle basilique de Saint- Martin de Champeaux qui a des allures de cathédrale. Sur les confins de la Beauce voici Saint- Martin d'Étampes, et dans l'Orléanais Saint-Martin de Vendôme. Que la Normandie soit représentée ici par trois sanctuaires, aucune autre province n'en saurait être jalouse, et elle a bien quelque droit à cet honneur exceptionnel : deux églises citadines, Latgle et Argentan; une petite église rurale quasi perdue dans la verdure, Saint- Martin de Bienfaite : ce n'est pas trop pour une si vaste et si pieuse région. En route maintenant, en route pour la Champagne, où nous nous arrêterons, le crayon à la main, pour ébaucher le croquis de Rumilly-lez- Vaudes. Pèlerin de saint Martin, nous nous avançons ainsi vers le centre de la France. Première halte dans le Nivernais, en face de Saint-Martin de Clamecy ; seconde halte dans les montagnes d'Auvergne, devant le portail de Saint-Martin de Valmeroux. Inclinons au nord et à l'est. A la riche Bourgogne nous demanderions volontiers l'abbaye « près de Tonnerre, » si les Champenois n'y avaient pas autant de droits que les Bourguignons i ; à la Savoie nous ne prenons que Saint-Martin près de Sallanches; mais ce n'est pas sans émotion que nous entrons en Lorraine et en Alsace. Notre plus vîf désir eût été de reproduire ici la façade de Saint-Martin de Metz, de cette église où, durant plusieurs siècles, se sont pressés tant de fidèles qui parlaient français et non pas allemand ; mais l'art a réclamé en faveur de Pont-à-Mousson , et Colmar, qui frappait ses monnaies à l'effigie de saint Martin, Colmar a su nous retenir. Arrachons- nous à cette verte Alsace qui nous rappelle trop de souvenirs douloureux, et précipitons - nous vers le midi. Le Qucrcy nous offre son église de Souillac, le Languedoc son Saint-Martin de Londres, la Provence son Saint-Martin de Marseille, et le Roussillon son Saint-Martin du Canigou, qui est tout entouré de montagnes et en pleine beauté pyrénéenne. C'est l'heure de quitter la France : car nous ne sommes pas envieux de notre gloire martinienne, et aurions voulu la partager plus largement avec tous les autres peuples chrétiens. Pourquoi faut- il que nous ne puissions nous reposer en Belgique qu'à Saint-Martin de Liège et devant la belle flèche de la cathédrale d'Ypres, et en Hollande que sous le cloître ombreux d'Utrecht? Que ne pouvons -nous parcourir plus lentement cette incomparable Suisse, où nous ne faisons, hélas! que trois étapes : la première à Zug2, la seconde en vue de Schwytz la catholique, et la troisième sous la tour de ce Saint- Martin de Vevey qui est bellement planté au bord du Léman! Traversons les Alpes, qui sont pleines du souvenir de notre saint. Au moyen âge les pèlerins se divisaient surtout en deux grands groupes : il y avait les pèlerins de Rome, les Romicux , et ceux de Jérusalem, qui, comme souvenir de leur pieux et rude voyage, rapportaient des palmes de la terre sainte
1 Tonnerre a successivement fait partie de l'antique province de Bourgogne et du gouvernemenl de Cliampagne. = - Fig. 76.
et s'appelaient des paumiers. A Jérusalem, hélas! il ne reste plus rien de cette antique église Saint -Martin que les croisés y avaient fait construire au xii" siècle; mais à Rome les édifices chrétiens se conservent
plus sûrement, et voici la basilique des Saints-Silvestre-et-Martin i. A Ravenne, nous sommes jetés en plein vi'' siècle, et c'est à croire que nous allons rencontrer dans les rues des hommes en toges antiques et des
1 C'est bien de notre saint Martin qu'il s'agit, et non pas (comme on l'a trop répété) de saint Martin pape.
APPENDICE
matrones à longues robes semblables aux orantes de ses étonnantes basiliques; restons plusieurs heures en esprit dans cette belle église Saint- Apollinaire in classe, qui s'appela jadis Saint-Martin m cœlo aureo. Nous descendrons au midi jusque dans le cloître de San-Martino de Naples 1, jusque sous les murailles fleuries de San-Martino-delle-Scale en Sicile; puis, revenant au nord, nous contemplerons cette noble façade de Lucques, dont le soleil a jauni le marbre blanc 2, et cette petite église de Magenta 3, près de laquelle ont coulé tant de flots de sang français. Les pèlerins ne craignent pas la mer : embarquons-nous. L'austère et silencieuse Espagne s'est passionnée, elle aussi, pour saint Martin, pour ce Français d'adoption : ces fiers chrétiens, qui ont un jour inventé Bernard del Carpio pour effacer la gloire de notre Roland , n'ont rien voulu opposer au grand évéque de Tours, et ont généreusement pris le parti de l'honorer autant que nous : un pont de Tolède porte le nom de notre illustre thaumaturge; Composlelle lui a fait une place à côté, tout à côté de saint Jacques; Orense a consacré sa gloire ^, et Ségovie l'ensoleillée lui a dédié une de ses églises 5. Il y a loin de Ségovie aux bords du Rhin; mais notre imagination chemine rapidement et à peu de frais. Saluons de loin Saint- Martin d'Oberwesel et Saint- Martin de Cologne, et disons-nous qu'il ne nous reste plus que deux voyages à faire avant de secouer à notre foyer la poussière de nos pieds. L'Angleterre nous appelle, et c'est en vain que son protestantisme guindé se révolte contre l'esprit de notre pèlerinage et contre le souvenir de saint Martin : le plus ancien peut-être de ses sanctuaires chrétiens s'appelle encore aujourd'hui Saint-Martin de Cantorbéry, et quant à Saint-Martin-de-la-Bataille, cette église disparue nous rappelle, à nous autres Français, un souvenir dont nous pouvons être fiers : le souvenir de la bataille d'Hastings, en 1066; le souvenir de la conquête normande, c'est-à-dire française. Et maintenant tournons -nous vers le pays qui fut le berceau de saint Martin, vers la Hongrie, vers Marlinsberg. Nous avons commencé notre course par le théâtre des luttes et de la mort de l'apôtre : nous la terminons en visitant le lieu de sa naissance 6. A moins toutefois que nous n'ayons assez le goût des longs voyages pour aller jusqu'en Amérique mettre le pied sur le sol de cette île qui, dans l'archipel des Antilles, porte encore le vocable de notre grand évangélisateur, et que nous ne cherchions dans la Louisiane la rivière qui fut jadis connue sous le même nom. Mais, pour le coup, c'en est fait, et nous avons terminé notre tour du monde 7.
1 Fig. 81. = -2 Fig. 79. ' Fig. 80. = '» Fig. 82. = s Fig. 83. = 6 Ce pays n'est représenté que par la carte de la page 59. = 1 Sauf quelques exceptions que nous avons signalées dans les notes précédentes, ces cinquante bordures occupent la tête de tous les chapitres et sous -chapitres de ce livre. (Fig 3, 5, 7, cec. ) La plupart ont été dessinées d'après des photographies que nous avons fait venir de toutes les provinces de France, de tous les pays de l'Europe. Plusieurs autres ont été exécutées d'après les documents conservés à l'£,coie aes beaux-arts, et quelques-unes enfin , comme o Magenta», ont été esquissées d'après nature.
Nos lecteurs maintenant connaissent aussi bien que nous toute l'illustration du Saint Martini.
l Notre reliure « avec fers spéciaux d entre également dans cette illustration comme un élément qui n'est pas sans importance. Nous l'avons composée avec des éléments du iv« siècle. Le Labarum y occupe la place d'honneur, et nous l'avons reproduit d'après les documents les plus certains. Autour du Labarum éclatent les monnaies des empereurs chrétiens et, symbole des conversions opérées par saint Martin, le Christ sous la figure d'Orphée, dont le type a été emprunté aux saintes cryptes de Rome. Ces deux mots qui peuvent passer pour la devise de saint Martin : Non recuso laborem, et cette magnifique épithète que la Gaule lui a décernée : Bellator Domini , ces paroles forment le cadre de ce tableau, entrelacées avec des feuillages que nous avons copiés d'après des monuments romains ou gallo-romains. Au revers, la magnifique croix de la catacombe de saint Pontien fait pendant à l'épisode du manteau que nous avons, cette fois, demandé au crayon de M. Merson. Le monogramme du Christ est partout répété avec une certaine obstination que nos lecteurs comprendront, et ils voudront sans doute y voir comme nous le résumé de cette conversion du monde romain , à laquelle saint Martin a pris une si grande , une si noble part. = Nous regrettons bien vivement de n'avoir pu doubler ou tripler la richesse de notre illustration et de nous être vu dans la nécessité de sacrifier un grand nombre d'éléments très précieux. A nos trente grandes planches nous aurions voulu en ajouter vingt autres représentant l'ensemble de la verrière du Mans, le vitrail de Bourges et celui de Chartres; une magnifique chape brodée, du xv» siècle, conservée à Courtray ; la verrière de Metz (1470); l'ensemble de toute la tapisserie de Montpezat, dont nous avons fait connaître les cinq plus beaux compartiments; des tableaux du Pordenone et du Bramantino, dont l'un se trouve à San- Rocco de Venise et l'autre à Milan, dans la pinacothèque de Brera; un vitrail de Blosseville ( Seine- Inférieure ) et un autre du Mont- aux - Malades , près de Rouen; la peinture murale de Steinheil au Conservatoire des arts et métiers; la chapelle de Mettez à Saint -Sulpice de Paris; les vitraux de Maréchal de Metz à Saint -Vincent -de- Paul , à Saint- Augustin et à Saint - Ambroise ; la statue de Jean Duseigneur à Saint- Séverin et la chapelle de Saint- Martin à Notre-Dame de Paris, où brille d'un doux éclat un triptyque de M. Viollet- le - Duc. — A nos cinquante culs - de - lampes nous aurions souhaité joindre les suivants : un célèbre flabellum de l'époque carlovingienne (?) ; les miniatures de CCS manuscrits du xi° siècle qui ont été consacrés au seul saint Martin et qui sont aujourd'hui conservés à Metz, à Boulogne et à Épinal; un bien plus grand nombre de miniatures du manuscrit 1018 de Tours et des manuscrits 153, 193, 209, 185, 127 et 1023 de la même bibliothèque (xi«-xv« siècle); le bas-relief d'une porte romane delà cathédrale deMayence; la reproduction des monnaies de Lucques; le jubé du Faouet (xiii»- xiv» siècle], qui eiit représenté le groupe si peu nombreux des monuments martiniens de la Bretagne ; le basrelief de Saint- Séverin de Bordeaux (xivo siècle); le retable à vingt -sept compartiments de Chioggia (1349); les marques des imprimeurs Denis Rose et Bernard Aubry; les gravures de la Vie et les Miracles de monseigneur saint Martin ( premier livre imprimé à Tours, 1496; réimprimé à Paris, chez la veuve Trepperel, vers 1500); le bas -relief de Crouy en Blaisois; la statue polychrome d'Utrecht, et les miniatures admirables du Missel du cardinal de Tolède (xv» siècle); les statues d'Angoulême, de Fribourg en Brisgau, de Lophem au diocèse de Bruges, de Solesmes, d'Écommoy; tes armoiries de la ville de Burano; la statue d'argent de Schwylz ; le buste de la Parla nigra à Trêves; le basrelief de l'église Saint-Martin de Brème , etc. etc. etc. = Enfin c'est avec le plus vif et le plus sincère regret que nous avons dii renoncer à faire un plus grand nombre d'étapes en notre voyage à travers le monde martinien et que nous n'avons pu faire halte en Flandre à Cambrai ; enBeauce, à Chartres, à Troô ( Loir-et-Cher) ; en Anjou, à Saint-Martin-de-la-Place , à Saint- Martin -d'Arcé, à Martigné-Briant, à Saint-Martin de Beaupreau; en Champagne, à Saint- Martin de-Bossenay; dans l'ile de Ré, à Saint-Martin-de-Ré, dont M. Gaucherel avait eu l'obligeance de nous envoyer plusieurs vues photographiques; en Lorraine, au Mont-Saint-Marlin, dans l'arrondissement de Briey; en Bourgogne, dans la chapelle récente qui est élevée sur les ruines de l'antique sanctuaire de Saint-Martin au mont Beuvray ; dans la Guyenne, à Saint- Martin- de- Sescas; en Languedoc, à Saint- Martin -des -Arènes , à Nîmes; en Belgique, à Courtrai; en Bohême, à Prague; à Lincoln, en Angleterre; en Espagne, à Saint- Martin de Burgos, où l'on prétend que le Cid fut baptisé; en Portugal, à Porto, ptc. etc. etc. Pour un grand nombre de ces éléments de notre illustration, c'est la place qui nous a fait défaut, et pour un certain nombre d'autres, nous n'avons pu, malgré tous nos efforts, nous procurer les documenls rigoureusement nécessaires , photographies , dessins ou plans. On voudra bien nous tenir compte de ces difficultés de notre lâche.
APPENDICE
Nous ne voulons plus les prier que de deux choses : qu'ils se montrent indulgents pour ceux qui ont assumé le rude fardeau de cette illustration difficile et y ont consacré, pendant de longs mois, des efforts souvent impuissants, mais toujours consciencieux. Et puissent ces images, parlant à leurs cœurs encore plus qu'à leurs yeux, dilater en eux cette piété pour saint Martin qui caractérisait les Français du moyen âge , et qui est peut-être appelée à nous sauver. Durant la première race de nos rois, tous les serments solennels se prêtaient sur la chape de saint Martin. Devant le tombeau retrouvé de ce grand apôtre, nous promettons à Dieu de ne jamais laisser se refroidir notre amour pour l'Église, que nous ne séparerons jamais de notre amour pour la France.
TABLE DES MATIÈRES